Qui sont les cibles privilégiées d'Anders Breivik ?

Anders Breivik, l'auteur des tueries en Norvège, à la sortie du tribunal lundi 25 juillet
Anders Breivik, l'auteur des tueries en Norvège, à la sortie du tribunal lundi 25 juillet - © EPA / Jon Are Berg

Nombreux sont ceux qui s’interrogent sur les raisons qui ont poussé Anders Breivik à s’attaquer à ses propres compatriotes, alors qu’il s’est donné pour objectif de combattre "l’invasion musulmane de l’Europe". La réponse se trouve dans son épais ouvrage justificatif : car ce sont des traîtres.

Contrairement à d’autres "loups solitaires", qui avaient prix pour cible des personnes d’origine étrangère - à l’instar de Hans Van Themssche à Anvers en 2007- Anders Breivik s’en est directement pris à des symboles du pouvoir norvégien et aux militants d’un parti politique, sans distinguer parmi eux entre les personnes d’origine étrangère et les Norvégiens de souche.

Il s’en explique en long et en large dans le document de 1500 pages qu’il a rédigé avant de commettre son massacre : selon lui, un très large réseau "multiculturaliste", à tous les niveaux des politiques européennes, a "développé un plan délibéré pour détruire la cohésion, l’identité et la culture européennes en installant des doctrines multiculturalistes et en autorisant l’immigration musulmane de masse". 

"Tous des meurtriers"

Peu importe, dit-il encore, que les "multiculturalistes" de tout poil aient agi par conviction sincère de faire le bien, "ce sont tous des meurtriers de masse et ils doivent être traités comme tels". Et le traitement qu’Anders Breivik leur réserve, c’est la mort.

Le tueur norvégien dresse même une typologie des "traîtres". Une typologie qui a pour objectif, ajoute froidement le tueur, "d’identifier plus facilement les cibles prioritaires" et de servir de base pour de grand procès, de type Nuremberg, qu’il imagine dans le futur.

Les traîtres de catégorie A et B sont évidemment à ses yeux les plus dangereux. Au niveau A, il place les chefs d’Etat et principaux leaders politiques, voire des patrons de grandes entreprises ou des responsables d’ONG. Ce sont les gens les plus influents et donc à ses yeux les plus coupables. Pour ceux-là, dont il établit le nombre à 10 pour un million d’habitants, la peine de mort accompagnée de l’expropriation de tous les biens est la peine qui s’impose.

Même chose pour les traîtres du niveau directement inférieur : la grande masse des cadres des partis politiques traditionnels, les militants des organisations non gouvernementales, les cadres d’entreprises…  Mais aussi des individus comme des journalistes, des artistes, des professeurs d’université, voire des publicitaires ou même des responsables religieux. Bref, tous ceux qui de près ou de loin ont été ou sont encore directement ou indirectement impliqués dans le "marxisme culturel, le multiculturalisme, l’humanisme suicidaire et le globalisme". Pour eux aussi, la mort et la confiscation des biens. Grand seigneur, Anders Breivik considère toutefois que leur peine pourrait être réduite dans certaines circonstances. A ce niveau, ils sont quelque 1000 personnes par million d’habitants.

Les catégories C et D sont celles des supporters ou des facilitateurs des actions des catégories supérieures. Les sanctions qu’ils encourent sont plus "légères" : amendes, prison, expropriation… Ils n’en demeurent pas moins des gens à surveiller pour le "théoricien" norvégien.

400 000 "cibles prioritaires"

Un rapide calcul lui permet de fixer le nombre des "cibles prioritaires" pour les Chevaliers Justiciers à environ 400 000 à travers toute l’Europe. 400 000 personnes qu’il s’agit pour lui d’éliminer, soit dans des actions de guerre soit à l’occasion de procès ou de "célébrations" qui prendraient la forme de "procès de Nuremberg".

A l’intention de ceux dont il imagine qu’ils prendront son relais dans l’action, Anders Breivik ajoute de singulières mises en garde : "Beaucoup de professionnels comme par exemple des journalistes, des sociologues influents, ou des professeurs d’université sont considérés comme des traîtres de catégorie B dans la mesure où nous les considérons comme des activistes politiques et non principalement comme des professionnels. Bien sûr ils clameront leur innocence et diront qu’ils sont a-politiques. Cette stratégie pourrait fonctionner pour eux, jusqu’au jour où un Chevalier Justicier leur rendra visite. Leur juge, jury et bourreau."

Et pour que les choses soient bien claires, l’auteur de cet invraisemblable manifeste ajoute : "La guerre n’est pas agréable. Elle ne l’a jamais été. Il est essentiel de savoir qu’approximativement 60 à 70 % de tous les marxistes culturels ou humanistes suicidaires sont des femmes, et que jusqu’à 20% des policiers et des militaires (protègent le système). Être un Chevalier Justicier implique de tuer nos cibles ou tout protecteur du système qui tenterait de nous arrêter, sans distinction. Vous ferez face à des femmes dans cette bataille et elles n’hésiteront pas à vous tuer (…). Si vous hésitez ne serait-ce qu’une seconde en raison du fait que votre ennemi est une femme, vous échouerez."

Pour la Belgique, Anders Breivik évalue le nombre des traîtres à éliminer à 10 807, très précisément.

 

T.N.

 

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