Qui est Tarik Jadaoun, djihadiste belge actuellement détenu en Irak?

Qui sont ces djihadistes belges toujours détenus en Irak et en Syrie? Notre correspondant en Irak, Wilson Fache, est tombé sur ses traces d'un Verviétois de 29 ans, parti rejoindre les territoires sous contrôles du groupe Etat Islamique en 2017. Dans le cadre d'un article sur le magazine Medor, il s'est penché sur son parcours... qui se termine dans les geôles irakiennes. Au micro de La Première, il nous dresse son portrait.

Quel a été son rôle au sein du groupe État islamique ?

"En Irak, Tarik Jadaoun se fait appeler 'Abou Hama al-Belgiki'. La justice irakienne l'accuse d'avoir entraîné au combat des enfants soldats, ceux qu'on appelle les lionceaux du Califat. Il a aussi activement pris part a la machine de propagande de l'organisation terroriste. Il apparaît dans plusieurs vidéos de propagandes extrêmement bien produites, bien filmées. On sait aussi qu'il tentait de recruter sur les réseaux sociaux des jeunes de sa ville natale, Verviers. A ce sujet la police belge note que de nombreux mineurs semblent être séduits par ses appels a rejoindre le groupe État islamique. Et son message évolue. Au départ, Tarik Jadaoun les incite à venir le rejoindre en Irak, puis finalement, il appelle plus a faire le voyage mais à directement commettre un attentat sur le territoire national. Et il a presque réussi. Il avait su convaincre plusieurs jeunes d’assassiner un imam de Verviers. Tarik Jadaoun le connaissait personnellement et le trouve trop modéré. Heureusement la police arrêtera ces jeunes recrues avant qu'elles ne passent à l'acte."     

"Celui qui, à Verviers, avait la réputation d’être 'un homme à femmes', est décrit à Mossoul comme 'un fanatique très strict'. Là bas, dans le quartier du 17 Juillet, Tarik Jadaoun suscitait la crainte chez les résidents. 'Quand je le voyais dans la rue, je changeais de trottoir', raconte un habitant. On le décrit en fait comme un petit chef. Dans ce quartier, il avait un peu un rôle de policier. Un résident irakien me raconte qu'un jour Tarik Jadaoun avait débarqué chez lui , avait fouillé sa maison parce qu'il le soupçonnait de vendre des cigarettes, chose interdite par l'Etat islamique."

Les forces irakiennes surveillaient aussi ses activités, via des informateurs?

"Oui. Un informateur m'a d'ailleurs raconté qu'en pleine bataille de Mossoul, au fur et à mesure que les forces irakiennes avancent vers le quartier du 17 Juillet, les frappes aériennes se multipliaient et Tarik Jadaoun a pris peur. 'Je l'observais attentivement, se souvient celui qui a transmis les coordonnées GPS du QG de Jadaoun. Il ne restait jamais au même endroit plus de trente minutes donc je n'ai jamais pu commander de frappe aérienne directement sur lui car elle ne serait arrivée que deux heures plus tard'.

"Le 21 mars, la coalition décide de frapper la base du 17 Juillet. Au moins six missiles transpercent le toit du bâtiment mais le bombardement ne fait aucune victime dans les rangs du groupe État islamique : Jadaoun et ses hommes avaient évacué le QG quelques jours plus tôt, prévenant les commerçants aux alentours que le bâtiment allait bientôt être visé."

Ce n’était pas la première fois que le groupe État islamique avait su prédire un bombardement, à la grande stupéfaction de leurs ennemis. En s'emparant de radios et en infiltrant des réseaux d'informateurs, ils étaient régulièrement parvenus à neutraliser des frappes aériennes. Tarik Jadaoun s'enfuit alors vers la vieille ville, le long de la rivière Tigre, où aura lieu l’épilogue de la bataille de Mossoul. "

Il sera finalement arrêté le 13 juillet. Vous avez rencontré le soldat qui l'a capturé. Qu'est-ce qui s'est passé?

"Trois jours plus tôt, le premier ministre irakien Haider al-Abadi avait annoncé la victoire des forces armées a Mossoul. Mais en fait la bataille faisait toujours rage dans la vieille ville de Mossoul. Surgit alors des tréfonds de la vieille ville trois combattants ennemis. Le premier est immédiatement abattu, le second se précipite alors vers le corps et retire de ses mains une carte mémoire. Il s'avance vers le groupe de soldats irakiens le bras tendu : Tarik Jadaoun propose d'offrir une liste reprenant l’identité et le rang de nombreux djihadistes en échange de sa vie. Les Irakiens acceptent de l’épargner."

"Il est alors emmené en voiture jusqu'à une base occupée par les Américains dans la périphérie sud de Mossoul. J'ai pu visionner une vidéo de son arrestation. Jadaoun est rachitique, pâle et sale. Une barbe hirsute mange son visage creusé par la faim. Dans la voiture, il est assis sur la banquette arrière, les mains liées dans le dos."

"Aujourd'hui, le Verviétois est en détention à Bagdad. Celui que l'on décrit, dans sa ville natale, comme 'une petite frappe, très con mais gentil', risque la peine de mort. L'analyste irakien Hisham al-Hashimi, spécialiste du terrorisme et des djihadistes francophones, l'a rencontré dans sa cellule le 29 décembre dernier. Selon lui, 'jusqu’à présent, il considère que le djihad était la seule voie, mais qu'il n'a pas choisi le bon groupe. Il dit qu'il aurait du combattre sous un autre drapeau ". Il pourrait être exécuté avant la fin de l’été.'

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