Présidentielle américaine 2020 : qui est Kamala Harris, la première femme vice-présidente ?

Après plusieurs jours de comptage et d’appels juridiques en tout genre, la présidentielle américaine a finalement délivré son verdict ce samedi en fin d’après-midi : c’est Joe Biden qui devient le 46e président des Etats-Unis.

Cette élection est historique à plusieurs égards. Premièrement, Donald Trump est le premier président depuis George Bush "père" en 1992 à ne pas être élu pour un second mandat. Deuxièmement, pour la première fois de l’histoire des Etats-Unis, une femme va endosser le rôle de vice-présidente. Mais pas n’importe quelle femme ! Kamala Devi Harris, une Afro-Américaine et Afro-Indienne. Tout un symbole dans ce pays divisé par le racisme.

"Un bon choix pour Biden" selon Donald Trump

Kamala Harris a grandi à Oakland, dans la Californie progressiste des années 1960, fière de la lutte pour les droits civiques de ses parents immigrés : un père jamaïcain professeur d’économie, et une mère indienne, aujourd’hui décédée, chercheuse spécialiste du cancer du sein. La candidate démocrate suivra un cursus en science politique à l’université Howard, fondée à Washington pour accueillir les étudiants afro-américains en pleine ségrégation, et rappelle régulièrement son appartenance à l’association d’étudiantes noires "Alpha Kappa Alpha".

Après avoir été diplômée, elle s’inscrit à l’école de droit de Hastings, une entité de l’université de Californie. A la suite de ce nouveau cursus, elle intègre le barreau de Californie en 1990.


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Mariée depuis août 2014 à un avocat père de deux enfants, Kamala Harris met en avant sa famille : elle avait choisi sa sœur Maya pour diriger sa candidature malheureuse à la primaire.

D’ordinaire plus acerbe envers ses opposants, Donald Trump avait dit d’elle en juillet qu’elle ferait "un bon choix" pour Joe Biden. Le tempétueux milliardaire "n’a absolument aucune idée de comment gérer ou qualifier Kamala Harris", avait réagi son porte-parole lorsqu’elle était candidate, Ian Sams. "Il est déconcerté par les femmes fortes comme elle."

Un rêve de présidence

Kamala Harris s’était porté candidate à l’investiture démocrate pour cette présidentielle 2020. Une procédure extrêmement coûteuse que devra abandonner celle qui rêve de devenir la première femme noire présidente des Etats-Unis. "Ma campagne pour être élue présidente ne dispose tout simplement pas des moyens dont nous avons besoin pour continuer" avait écrit Harris. "Je ne suis pas une milliardaire. Je ne peux pas financer ma propre campagne"

Rapidement après cet abandon, on l’a désignée comme la parfaite colistière pour Joe Biden. Une femme Afro-Américaine et Afro-Indienne, dans un moment où les tensions raciales sont au plus fort et où le mouvement Black Lives Matter connaît un soutien mondial. L’humour que dégage Kamala Harris plaît également aux Américains. Avant que Joe Biden n’entre en campagne, elle avait plaisanté que l’ancien vice-président ferait, si elle remportait la Maison Blanche, un "excellent" bras droit pour elle.

C’est finalement le 11 août dernier que Joe Biden a annoncé avoir choisi Kamala Harris comme colistière pour cette présidentielle 2020 qui les aura donc menés jusqu’à la Maison Blanche.

Suite à cette première victoire, nul doute que Kamala Harris gardera un œil attentif sur la présidentielle de 2024 et l’espoir de briser, alors, l’ultime plafond de verre. "Ma mère me disait souvent : Kamala, tu seras peut-être la première à accomplir de nombreuses choses. Assure-toi de ne pas être la dernière", aimait à répéter Kamala Harris lors de sa campagne malheureuse pour l’investiture démocrate.


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Depuis les débuts de sa carrière, cette fille d’un père jamaïcain et d’une mère indienne accumule les titres de pionnière.

Après deux mandats de procureure à San Francisco (2004-2011), elle avait été élue, deux fois, procureure générale de Californie (2011-2017), devenant alors la première femme, mais aussi la première personne noire, à diriger les services judiciaires de l’Etat le plus peuplé du pays.

Puis en janvier 2017, elle avait prêté serment au Sénat à Washington, s’inscrivant comme la première femme originaire d’Asie du Sud et seulement la deuxième sénatrice noire dans l’histoire américaine.

Antiraciste et antisexiste

Kamala Harris connaît bien le candidat démocrate à la Maison Blanche, qu’elle appelle parfois simplement "Joe" en public, car elle était proche de son fils Beau Biden, décédé d’un cancer en 2015. Mais elle avait surpris en l’attaquant avec virulence lors du premier débat démocrate, en 2019, sur ses positions passées concernant les politiques de déségrégation raciale dans les années 1970.

En racontant comment, petite fille, elle était dans l’un des bus amenant les écoliers noirs dans les quartiers blancs, elle avait ému, et bondi dans les sondages. Mais malgré des débuts de campagne en fanfare, elle était vite retombée, peinant à définir clairement sa candidature.


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Certains alliés de l’ancien vice-président ne lui avaient pas pardonné de ne pas avoir montré de "remords" après ses critiques lors du débat, et avaient mis en garde le vieux lion de la politique contre une colistière trop "ambitieuse". De quoi faire bondir les soutiens de Kamala Harris, qui ont crié au sexisme.

Forte d’expériences dans les branches législatives, judiciaire et exécutive du pouvoir, et d’une personnalité mêlant éclats de rire communicatifs et interrogatoires serrés d’ex-procureure, elle a finalement vaincu ces doutes.

Une réputation de dure à cuire

Au Sénat, elle s’est fait connaître pour ses interrogatoires serrés, au ton parfois glaçant, lors d’auditions sous haute tension. Candidate à la primaire, elle avait d’ailleurs promis de "mener le réquisitoire" contre Donald Trump. Mais son passé de procureure pèse aussi contre elle.

Depuis la Caroline du Sud jusque dans le Michigan, des électeurs noirs et progressistes déplorent sa réputation de dureté. En cause, notamment, ses initiatives passées de procureure pour punir durement de petits délits qui ont, selon ses critiques, affecté surtout les minorités.


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A la rencontre des électeurs, son image chaleureuse contraste aussi avec une certaine rigidité, fleurant parfois le manque d’authenticité.

"Elle est perçue par certains, surtout chez les jeunes noirs, comme faisant partie du problème, pas de la solution", met en garde David Barker, professeur en sciences politiques à l’American University.

Reste à voir si elle parviendra désormais à mobiliser cet électorat potentiellement clé pour entrer, aux côtés de Joe Biden, à la Maison Blanche.

Archive : JT de 19h30 du 7 novembre 2020

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