Quels sont les pouvoirs réels de Donald Trump ? Le président des Etats-Unis est-il l'homme le plus puissant du monde ?

Quels sont les pouvoirs réels de Donald Trump ? Le président des Etats-Unis est-il l'homme le plus puissant  du monde ?
Quels sont les pouvoirs réels de Donald Trump ? Le président des Etats-Unis est-il l'homme le plus puissant du monde ? - © JIM WATSON - AFP

Vu d’ici, on a le sentiment qu’il est omnipotent. Mais qu’en est-il vraiment ? En cette année d’élection présidentielle, tentons de mieux comprendre les pouvoirs réels de l’occupant de la Maison Blanche, où réside celui qui incarne la première fonction de l’Etat le plus puissant du monde…

1. Un régime présidentiel

Un président élu au suffrage universel directement par les citoyens, c’est loin d’être rare. Mais ce qui fait l’originalité du système américain, c’est que le président incarne à lui seul la fonction exécutive.

Pas de Premier ministre aux Etats-Unis : le chef du gouvernement c’est le président alors que dans beaucoup de républiques, comme par exemple l’Allemagne, l’Italie ou la Pologne, celui qui détient réellement le pouvoir c’est le chef de gouvernement, le président jouant un rôle de symbole, d’arbitre et d’autorité morale, un peu comparable au souverain des monarchies constitutionnelles comme la nôtre.

Seule exception : la France, où le général De Gaulle refusait que le président soit uniquement là pour "inaugurer les chrysanthèmes" et où le Premier ministre est une sorte de "premier collaborateur" comme le disait de manière peu diplomatique Nicolas Sarkozy à l’égard de son Premier ministre François Fillon.

Pour revenir aux Etats-Unis, Donald Trump a ses secrétaires, comparables à des ministres, sous sa seule autorité ; il a donc tout pouvoir pour les nommer et pour les limoger… il ne s’en est d’ailleurs pas privé ! Et puis, comme en France, il dirige la politique étrangère et il est le chef des armées.

A ce titre, il contrôle donc le feu nucléaire, ce qui n’est pas rien. Au plan judiciaire, il a le droit de grâce sur les crimes fédéraux et puis il dispose aussi, vis-à-vis du congrès d’un droit de veto qui lui permet de bloquer une loi qu’il n’approuve pas.

2. Un premier contre-pouvoir : le Congrès

Symbole de la démocratie, le Parlement américain dispose d’importantes fonctions comme celle de faire les lois et de lever les impôts. Il est d’ailleurs assez symbolique que la constitution des Etats-Unis commence par énoncer les pouvoirs du congrès avant ceux du président.

En fait, pour le président, c’est une sorte de mariage de raison qui ne peut pas être rompu sans qu’il puisse obtenir de divorce : le président n’a pas le pouvoir de dissoudre le parlement. Quand son parti perd les élections de mi-mandat, comme ce fut le cas pour Donald Trump en 2018 (ce qui est d’ailleurs assez fréquent), il doit faire avec une majorité qui lui est hostile.

A l’inverse, le Congrès, lui, peut révoquer un président : c’est le fameux "impeachment" qui n’est toutefois pas facile à obtenir puisqu’il faut une majorité à la chambre et une majorité des deux-tiers au Sénat. La procédure a été utilisée sans succès contre Donald Trump en début d’année.

Reste que le Congrès a le pouvoir de contrecarrer l’action du président. C’est également lui et seulement lui qui peut déclarer la guerre, ce qu’il fit pour la dernière fois le 8 décembre 1941 quand l’Amérique avait été attaquée par surprise à Pearl Harbour. Mais cela n’empêche pas les présidents de décider seul d’opérations militaires, comme ce fut le cas au Vietnam, en Afghanistan ou en Irak.

3. Un second contre-pouvoir : la Cour suprême

Au président l’exécutif, au congrès le législatif, à la Cour suprême le judiciaire. Les 9 juges, nommés à vie, ont, ensemble, un sacré pouvoir : celui d’annuler des lois qu’ils jugent contraires à la constitution des Etats-Unis.

Dernière instance de recours au plan judiciaire, elle peut faire évoluer le droit comme ce fut le cas dans les années 50 dans l’affaire Brown, du nom du père d’une élève noire qui porte plainte contre le système scolaire de son Etat parce qu’une école blanche refuse d’inscrire sa fille. En lui donnant raison, la Cour suprême a établi le caractère inconstitutionnel de la ségrégation raciale. Quoi qu’en pense le président, il ne peut rien y changer.

Par contre, il a le pouvoir important, mais avec l’aval du sénat, de nommer les juges quand l’un d’entre eux décède ou décide de prendre sa retraite. Donald Trump est parvenu à faire nomme deux conservateurs à ce poste, histoire d’empêcher que la Cour ne décide un jour en faveur du mariage homo ou contre les armes à feu.

Mais cela n’a pas empêché cette même cour de juger qu’on avait le droit de réclamer à Donald Trump ses déclarations d’impôts. A la grande colère du président qui parle, en vain, de poursuites politiques injustes.

4. Un troisième contre-pouvoir : le fédéralisme

Le nom même de la nation américaine rappelle son caractère fédéral : 50 Etats-Unis avec des compétences propres en matière de justice, d’économie ou d’environnement. Le climatosceptique Donald Trump qui a retiré son pays de l’accord de Paris ne peut pas empêcher la Californie de mettre en place des politiques ambitieuses en matière de changement climatique.

Impossible pour le président d’imposer ses vues dans tous les domaines pour chacun des 50 Etats américains. Et ce sont d’ailleurs eux qui définissent chacun les modalités de vote à la présidentielle, y compris le recours au vote par correspondance qui fait tellement enrager le président.

Conclusion : aux Etats-Unis, comme dans toute démocratie qui se respecte, les pouvoirs se contrebalancent et personne n’est tout-puissant, pas même le président. Pour rappel, un pays où un homme aurait tout à dire, cela s’appelle une dictature…

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