Quel rôle peut encore jouer l'OTAN aujourd'hui ?

Quel rôle peut encore jouer l'OTAN aujourd'hui ?
2 images
Quel rôle peut encore jouer l'OTAN aujourd'hui ? - © OLIVIER MORIN - BELGAIMAGE

L'ancien Premier ministre norvégien Jens Stoltenberg s'apprête à remplacer le Danois Anders Fogh Rasmussen en tant que secrétaire général de l'OTAN. L'existence même de l'alliance atlantique a souvent été remise en cause, mais elle doit pourtant faire aujourd'hui face à de nouveaux défis, bien réels, qui ne sont pas sans rappeler sa mission originelle.

Créée au lendemain de la Seconde guerre mondiale, l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN) avait alors un objectif politico-militaire bien précis : une défense commune des pays membres – alors au nombre de douze en 1949 – face au spectre expansionniste soviétique. Lord Hastings Lionel Ismay, premier secrétaire général de l'Alliance, résumait alors la situation sans détour : "Garder les Américains ici, maintenir les Russes au loin et les Allemands faibles".

Cette ligne directrice n'a évidemment plus lieu d'être, car le contexte géopolitique a aujourd'hui bien changé, mais l'OTAN conserve tout de même les principes fondateurs de son traité, l'article 5 en tête. Ce dernier concerne la solidarité de ses membres en cas d'agression. "Les parties conviennent qu'une attaque armée contre l'une ou plusieurs d'entre elles survenant en Europe ou en Amérique du Nord sera considérée comme une attaque dirigée contre toutes les parties, et en conséquence elles conviennent que, si une telle attaque se produit, chacune d'elles (…) assistera la partie ou les parties ainsi attaquées en prenant aussitôt, individuellement et d'accord avec les autres parties, telle action qu'elle jugera nécessaire, y compris l'emploi de la force armée, pour rétablir et assurer la sécurité dans la région de l'Atlantique Nord."

Un champ d'action élargi

Cette dernière précision géographique n'est respectée que de manière relative. La notion a d'ailleurs toujours été très vague, puisque désignant simplement la partie nord de l'océan Atlantique. La Turquie et la Grèce, membres depuis 1952, sont deux pays relativement éloignés de l'Atlantique nord en tant que tel, tandis que l'intervention en Afghanistan en 2003, après les attentats du 11 septembre, était la première action menée largement "hors zone".

Avec les différents "concepts stratégiques" adoptés au fil de son existence, l'alliance atlantique a en fait largement modifié son champ d'action. En 1991, la tendance est à un élargissement de la sécurité à l'Europe toute entière "grâce au partenariat et à la coopération avec les anciens adversaires"; en 1999, le texte adopté vise à contribuer "à la paix et à la stabilité dans" la région euro-atlantique et intègre, pour la première fois dans un tel document, le terme "terrorisme" pour désigner une nouvelle menace potentielle. Enfin, en 2010, l'OTAN adopte à Lisbonne un concept stratégique mettant définitivement en avant la nécessité de "protéger ses populations tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de son territoire".

L'Alliance n'est donc plus seulement locale : elle assume désormais pleinement son tant revendiqué "rôle fondamental de sauvegarder la liberté et la sécurité de ses pays membres" au-delà de ses propres frontières. L'agresseur n'est bien souvent plus une nation, l'OTAN devait donc adapter sa politique de défense.

"L'UE n'est qu'un chien qui aboie mais ne mord pas"

Et pour l'Union européenne qui a tant de mal à se doter d'une force militaire commune, l'alliance atlantique a toute sa place dans sa stratégie de défense. Dans une résolution du Parlement européen sur le rôle de l'OTAN dans l'architecture de sécurité de l'UE, une conclusion, "sous forme d'élégante métaphore" selon les mots du Monde Diplomatique, précise que "sans dimension militaire, l'UE n'est (…) qu'un chien qui aboie mais ne mord pas".

Faute de mieux, l'UE ne peut donc se passer de l'Alliance, même si la vocation première de l'Union est autre, comme le rappelle au Nouvel Économiste Olivier Kempf, docteur en sciences politiques et chercheur associé à l’Iris. "L’Otan est une organisation militaire dotée d’états-majors permanents mais au sein de laquelle chaque pays reste souverain de ses troupes, indique-t-il. C’est une organisation internationale spécialisée dans la défense collective, alors que l’Union européenne est une organisation régionale dotée d’une compétence générale." Une nuance qui, aujourd’hui, fait toute la différence, écrit le journal français.

Le budget de l'OTAN est aujourd'hui financé à trois-quarts par les États-Unis, qui gardent dès lors une position dominante au sein de l'organisation. L'Union européenne laisse donc une partie de sa souveraineté défensive à son allié américain, qui a cependant obtenu des membres, début septembre, une augmentation de leurs dépenses militaires à 2% du PIB d'ici dix ans. Rien n'est sûr pour autant, car les Alliés européens ne semblent guère avoir les moyens, ni même l'envie. Pour Olivier Kempf, les Européens "ne souhaitent nullement renoncer à une protection américaine qui les autorise à un comportement de 'passager clandestin'. Autrement dit, qui leur permet de profiter de l’assurance d’une protection extérieure, tout en leur permettant de faire des économies dans le domaine de la défense."

Russie-OTAN, une vieille histoire

Avec la situation en Ukraine et la position de la Russie dans ce conflit, l'OTAN réaffirme pourtant aujourd'hui son utilité et reprend tout son sens pour ses membres européens, tels que la Pologne ou les pays baltes qui se sentent particulièrement menacés. Même si la Russie n'est plus l'ennemi qu'elle était en tant que république dominante au sein de l'URSS et à l'idéologie opposée, des intérêts géopolitiques divergents existent aujourd'hui avec l'Europe occidentale. "La multiplication des adhésions (à l'OTAN, ndlr) en Europe a dessiné comme un cordon autour de la Russie. Ce que n’apprécie guère Moscou", écrit ainsi France TV Info.

"La Russie renforcera sa sécurité en réponse aux démarches de l'OTAN dans l'est de l'Europe, la présence croissante de l'Alliance dans la région risquant de porter atteinte à la stabilité euro-atlantique", a prévenu le 3 septembre dernier la délégation permanente russe auprès de l'OTAN. Des forces renforcées en Pologne et des exercices dans les pays baltes laissent au Kremlin la vague impression que l'Alliance profite du conflit ukrainien pour avancer ses pions. L'agence russe d'information Ria Novosti rappelait ainsi fin août : "Arguant de la nécessité de garantir la sécurité des Alliés, l'OTAN a déjà intensifié ses patrouilles aériennes au-dessus des pays Baltes et a dépêché des renforts en mer Baltique et en Méditerranée. Des avions de reconnaissance de l'Alliance survolent régulièrement la Pologne et la Roumanie. L'OTAN a en outre annoncé l'augmentation des effectifs, l'élargissement du programme d'exercices militaires, le renforcement de son système d'alerte précoce et de ses forces de réaction rapide."

Les 28 dirigeants alliés ont en outre décidé début septembre, lors de leur sommet au pays de Galles, de doter l'OTAN d'un "plan de réactivité", indique l'agence Belga. Il doit permettre de déployer des troupes en quelques jours en cas d'agression, de renforcer les bases des États baltes et de la Pologne, d'assurer une "présence continue" des Alliés dans l'est en organisant des rotations de troupes et en prépositionnant des armes et équipements.

Dans ce climat de tensions qui n'est pas sans rappeler la Guerre froide, l'arrivée de Jens Stoltenberg à la tête de l'alliance atlantique ce 1er octobre pourrait permettre de calmer le jeu. L'ex-Premier ministre norvégien est en effet connu pour ses bonnes relations avec Moscou, son principal défi sera désormais de trouver le ton juste pour s'adresser à la Russie afin de maintenir l'option politique au premier plan.

T.M. (@thomasmignon)

Et aussi

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK