Quel est le rôle du vice-président des Etats-Unis ?

Dans l’histoire politique américaine, il y a eu presqu’autant de présidents (45) que de vice-présidents (48). Pourtant, ces derniers ne sont pas tous entrés dans l’histoire. Il faut dire que depuis la création des Etats-Unis d’Amérique, ils ont souvent eu un rôle plutôt effacé. Mais cette situation a évolué après la seconde guerre mondiale et pour la prochaine élection présidentielle, la donne pourrait bien changer.

Un rôle de façade

C’est la Constitution américaine, rédigée en 1787, qui définit le rôle du vice-président. Il n’a pas de fonction propre si ce n’est de présider le Sénat et de remplacer le président en cas d’impossibilité de gouverner.

Si on s’attarde un peu sur sa fonction au Sénat, là où on vote les lois, on se rend compte qu’elle n’est pas fondamentale. " Le vice-président préside les débats, il les organise et valide le résultat des votes, mais la vraie compétition là-bas se joue entre sénateurs élus ", précise Pascal Delwit, professeur en Sciences politiques à l’ULB. Le vice-président n’a d’ailleurs pas le droit de vote, sauf pour départager une égalité des suffrages. Une situation que n’a jamais connue Joe Biden pendant ses 8 années de vice-présidence sous Barack Obama. Mike Pence, lui, a déjà tranché à 13 reprises sous Donald Trump.

Le deuxième et dernier rôle du vice-président, d’après la constitution, est donc de remplacer le président s’il ne peut plus gouverner pour cause de maladie, de décès, de démission ou encore de destitution. Mais cette situation est plutôt rare, elle ne s’est produite qu’à neuf reprises dans l’histoire. Parmi les exemples célèbres : le vice-président Lyndon Johnson devenu président après l’assassinat de Kennedy en 1963 ou encore Ford après la démission de Nixon à la suite du Watergate en 1972.

 

Un tremplin pour la présidence ?

Après la seconde guerre mondiale, le système politique américain change. Au lieu de pouvoir être réélus un nombre illimité de fois, les présidents américains ne peuvent plus exercer que deux mandats. Le rôle de vice-président prend alors un peu plus d’ampleur. Il peut parfois se positionner pour espérer grimper d’un échelon aux élections suivantes.

Mais une fois plus, rien n’est gagné : " C’est parfois un marchepied vers la présidence, mais pas nécessairement. Il y a plusieurs exemples où un vice-président n’a jamais réussi à transformer l’essai ", rappelle Pascal Delwit.

Missions informelles

En revanche, avec le temps et en fonction des tandems à la tête des USA, des missions informelles d’importance sont parfois confiées aux vice-présidents. " Le vice-président peut parfois avoir une certaine influence dans les missions qu’il exerce à l’international auprès de différents interlocuteurs comme des chefs d’Etat. C’est quelque chose qui peut régulièrement se présenter. Mais cela dépend de la nature de la relation entre le président le vice-président, mais aussi de la personne en charge des affaires extérieures comme secrétaire d’Etat ", explique Pascal Delwit.

Par exemple, quand Hillary Clinton était secrétaire d’Etat aux affaires étrangères, elle laissait peu de prérogatives dans ce domaine au vice-président. À l’inverse, Dick Cheney, vice-président de George W. Bush, a eu une influence certaine sur la politique intérieure et internationale des USA.

Elections 2020 : des vice-présidents importants

Particularité des élections présidentielles cette année, les deux candidats qui se présentent ne le font que pour un seul mandat. Si Donald Trump l’emporte, il remplira un second mandat, il ne pourra donc plus se représenter après. Si Joe Biden l’emporte, à l’âge de 77 ans, il y a beaucoup de chances qu’il ne demande pas un second mandat. " Le choix de la vice-présidence anticipe peut-être une compétition entre prétendants lors de l’élection qui interviendra en novembre 2024 ", analyse Pascal Delwit.

De là à propulser Kamala Harris sur le devant de la scène si Biden est élu président ? Pas forcément pour notre spécialiste. " Quand vous êtes président, il n’y a rien à faire, c’est vous qui êtes redevable des affaires de la nation, à l’interne ou à l’international. Peut-être qu’il y aura une décision dans le chef de Joe Biden de lui donner un certain espace dans le domaine des relations internationales, par exemple, mais ce sera aussi à voir avec le choix du secrétaire d’état aux affaires étrangères bien sûr ".

Reste une inconnue… Comment le choix de Joe Biden va-t-il influencer Donald Trump dans son choix de colistier ? Si tout laisse à penser qu’il poursuivra avec Mike Pence, il est capable de sortir un lapin de son chapeau. Et rien ne permet de deviner ce qui se trame dans l’esprit du président républicain.

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