Que s'est-il vraiment passé à Raqqa au nord de la Syrie?

Pendant quatre ans, cette ville de 300 000 habitants était la capitale autoproclamée du califat du groupe terroriste État islamique. Ensuite, la ville est finalement tombée sous les coups de boutoir de la coalition internationale en octobre dernier.

On sait que les hommes en noir faisaient régner la terreur et que les femmes étaient obligées de se voiler complètement. Et qu’il y avait des exécutions en place publique. À la tête de cette organisation État islamique se trouvait le mystérieux Abou Bakr al-Baghdadi, un Irakien autoproclamé calife. On ne sait d’ailleurs pas ce qu’il est devenu, s’il est mort ou toujours en vie. C’est aussi à Raqqa que convergeaient les aspirants occidentaux au djihad et c’est de Raqqa que partaient les attentats qui ont frappé l’Europe, dont celui du 13 novembre 2015 en France. Après la chute de Mossoul, l’autre capitale des djihadistes mais en Irak, la coalition internationale, emmenée par les Américains, a décidé de libérer Raqqa, de chasser les islamistes avec l’aide au sol des combattants kurdes et une quarantaine de pays ont participé à cette coalition.

Frappes chirurgicales: 3000 morts

A suivi une campagne intense de bombardements qui a duré quatre mois, de juin à octobre 2017. Les bombardements étaient tellement intenses qu’on pouvait les comparer à ceux du Vietnam dans les années 60. Mais les commandants américains de la coalition avaient promis que ces frappes seraient chirurgicales. On sait aujourd’hui que c’est faux et que des milliers de civils sont morts sous un véritable tapis de bombes. On parle de 3000 morts, dont un tiers de civils.

Je n’ai jamais vu un tel niveau de destruction

En témoigne Donatella Rovera, une chercheuse qui travaille pour Amnesty International et qui s’est rendue sur place. "La ville de Raqqa est presque entièrement détruite. Depuis plus de 20 ans, je travaille dans des zones de guerre et je n’ai jamais vu un tel niveau de destruction. Il n’y a pas une rue où des bâtiments n’ont pas été touchés. C’est la plus grande partie de la ville qui a été détruite."

Les obus : une précision de 100 mètres

On sait que les bombardements ont été intenses, mais la coalition internationale les présentait comme des bombardements chirurgicaux. Et cela n’a pas été le cas, confirme Donatella Rovera : "Non, loin de là ! Premièrement parce que l’usage d’artillerie a été extrêmement extensif, sachant que les obus d’artillerie ont une marge d’erreur de plus de 100 mètres pour chaque obus. Et les soldats de la coalition ont en avoir utilisés plus de 30 000. Pour les frappes aériennes, ils ont utilisé des munitions plus précises, mais le problème se pose au niveau du choix des cibles. Est-ce que les forces de la coalition vérifiaient les coordonnées qui leur étaient données par les milices kurdes qui opéraient sur le terrain ? Est-ce qu’ils s’assuraient de faire la différence entre une maison qui abritait des civils et une maison où il y avait des combattants de l’État islamique ? Il est clair qu’ayant vu autant de frappes qui ont causé autant de victimes civiles, des centaines et des centaines de civils ont été tués lors de bombardements aériens, ça veut dire qu’il y avait un problème."

Les routes minées

Une autre réalité est que des civils étaient pris comme boucliers humains par les djihadistes de l’État islamique. "Les djihadistes de l’État islamique avaient miné les routes, et donc les civils ne pouvaient pas s’échapper. Il est clair que les civils étaient pris au piège à l’intérieur de la ville, mais cela n’est pas une raison pour les bombarder."
Les habitants de Raqqa ne savaient pas où se réfugier sous les bombardements. Ils bougeaient toute la journée pour chercher des cachettes et les abords de la ville étaient minés. Ces gens n’étaient pas forcément des partisans de l’État islamique.

38 membres d’une même famille

"Ces familles ne sont pas nécessairement restées à Raqqa par choix J’ai parlé avec une famille dont il reste deux survivants, un jeune couple qui a perdu son bébé, sa fille d’une année, et 38 autres membres de leur famille, tous leurs proches."

Que sont devenus les djihadistes combattants?

En général, ils ont pu partir avec leur famille. Ils ont sans doute rejoint le sud-ouest de la Syrie, le dernier bastion djihadiste dans la région de Deir ez-Zor, déplore Donatella Rovera : "Après avoir tué autant de civils, après avoir presque entièrement détruit la ville, la coalition a permis aux combattants de l’État islamique de quitter Raqqa avec leurs familles, avec leurs armes et en toute impunité. La coalition leur a garanti  un sauve-conduit pour sortir de Raqqa et pouvoir rejoindre une autre partie du territoire toujours sous le contrôle de l’État islamique."

Tous ces morts pour rien?

Selon Donatella Rovera, les habitants de Raqqa se demandent : "pourquoi on a tué nos proches, pourquoi on a détruit notre ville, pour enfin laisser les djihadistes de l’État islamique partir avec leurs armes et leurs familles en toute impunité ? "

Le salaire de la peur: 4 euros par jour

Aujourd’hui, Raqqa est administrée par les Kurdes. On qu’environ 100.000 personnes sont revenues dans la ville et déminent leurs maisons à mains nues. Il y a des morts et des blessés chaque jour. Des hommes sont payés quatre dollars par jour pour nettoyer les décombres au risque de leur vie. On les appelle des démineurs informels et on croit que le déminage de Raqqa prendra des mois.

Raqqa en ruine après la défaite de l'E.I. au JT 19h30 du 23/10/2017

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