Quatorze civils tués dans des bombardements en Syrie malgré la trêve annoncée par Ankara

Les bombardements des forces d'Ankara ont tué vendredi 14 civils dans le nord de la Syrie selon une ONG, le président turc réitérant ses menaces contre les forces kurdes au lendemain d'une trêve acceptée par son pays mais qui semble avoir volé en éclat.

L'opération lancée par la Turquie depuis le 9 octobre avec des supplétifs syriens a ouvert un nouveau front dans la Syrie en guerre depuis 2011, où les forces kurdes partenaires des Occidentaux dans la lutte contre le groupe Etat islamique (EI) ont accusé Washington de les avoir abandonnées.

Jeudi soir, après une intervention diplomatique des Etats-Unis, la Turquie a dit accepter de suspendre pendant cinq jours son offensive, réclamant un retrait des forces kurdes de sa frontière pour y mettre un terme définitif.

Mais dès vendredi, le président turc Recep Tayyip Erdogan a menacé de reprendre l'offensive, si "les promesses" ne sont pas respectées d'ici mardi soir.

"Violation du cessez-le-feu"

Sur le terrain, les opérations militaires se poursuivent. Des frappes de l'aviation turque et des tirs d'obus des supplétifs syriens ont tué 14 civils et 8 combattants des forces kurdes, dans le village de Bab al-Kheir et ses environs du nord syrien, a rapporté l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Le président français Emmanuel Macron a annoncé une "initiative commune" avec la chancelière allemande Angela Merkel et le Premier ministre britannique Boris Johnson pour rencontrer "prochainement" M. Erdogan.

De son côté, le président du Conseil européen Donald Tusk a dénoncé l'accord turco-américain, le considérant plutôt comme "une demande de capitulation pour les Kurdes".

Les forces kurdes ont accusé Ankara d'avoir mené des frappes aériennes et des tirs d'artillerie, "violant" ainsi le cessez-le-feu.

Mazloum Abdi, le chef des Forces démocratiques syriennes (FDS), coalition dominée par les combattants kurdes, avait annoncé jeudi soir que ses forces étaient prêtes à "respecter le cessez-le-feu".

Des combats sporadiques se poursuivent dans la ville frontalière de Ras al-Aïn. Une correspondante de l'AFP, présente du côté turc de la frontière, a entendu en matinée des explosions et frappes d'artillerie, et aperçu des volutes de fumée blanche côté syrien.

L'offensive d'Ankara a permis aux forces turques et à leurs supplétifs syriens de conquérir une bande frontalière de près de 120 km, allant de la ville de Tal Abyad à Ras al-Aïn.

L'ONG Amnesty International a accusé l'armée turque et les rebelles proturcs de "mépris honteux pour les vies civiles", évoquant des "preuves accablantes de crimes de guerre".

Nombre élevé de blessés

Les autorités kurdes ont déjà accusé Ankara d'utiliser des armes non conventionnelles, comme le napalm, ce que la Turquie a démenti.

Vendredi, les autorités kurdes tentaient de dépêcher des secours à Ras al-Aïn pour évacuer les blessés, a indiqué à l'AFP Hassan Amin, un responsable de l'hôpital de Tal Tamr, plus au sud.

"La situation des blessés est critique et leur nombre élevé", a-t-il dit, assurant que "l'équipe médicale n'a pas été autorisée à entrer" dans la ville, refus que L'OSDH a attribué aux rebelles proturcs.

Dans cet hôpital, des blessés ont afflué à la suite d'affrontements près de Ras al-Aïn, hurlant de douleur sur des brancards de fortune ou portés à même le corps, selon un correspondant de l'AFP.

Il m'a dit qu'il y avait eu des tirs de mortier mineurs

Le président américain Donald Trump a affirmé que son homologue turc Recep Tayyip Erdogan lui avait assuré qu'il était déterminé à ce que la trêve en Syrie annoncée jeudi soit appliquée.

"Je viens de parler au président Erdogan (...) Il m'a dit qu'il y avait eu des tirs de mortier mineurs (...) qui ont été rapidement supprimés (...) Il veut vraiment que le cessez-le-feu, ou la trêve, fonctionne", a tweeté M. Trump.

"Les Kurdes le souhaitent aussi", a-t-il ajouté.

"Il y a de la bonne volonté des deux côtés et véritablement de bonnes chances que cela fonctionne", a-t-il martelé.

Le locataire de la Maison Blanche a par ailleurs affirmé que "certains" pays européens étaient désormais prêts à rapatrier des djihadistes détenus en Syrie.

"C'est une bonne nouvelle (...) Grand progrès en cours ! !! !", a-t-il conclu.

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