Quand la signature du traité de Rome, il y a 60 ans, traçait la voie vers une nouvelle Europe

Quand la signature du traité de Rome il y a 60 ans traçait la voie vers une autre Europe
5 images
Quand la signature du traité de Rome il y a 60 ans traçait la voie vers une autre Europe - © Tous droits réservés

Les plus sceptiques auraient pu y voir un signe. Le 25 mars 1957, il pleuvait sur la capitale italienne lors de la signature du traité de Rome. Considéré comme l'acte fondateur de la construction européenne, l'événement réunit alors les représentants de six pays, dont la Belgique. 

Une union sans cesse plus étroite entre les peuples européens

En choeur, ils approuvent l'idée d'un marché commun et formulent le vœu d'une "union sans cesse plus étroite entre les peuples européens". 

60 ans plus tard, l'expression contraste avec l'euroscepticisme ambiant. Les crises financière, grecque et migratoire ont coup sur coup ravivé les tensions au sein d'une union passée en quelques décennies de 6 à 28 membres. Sur fond de repli identitaire et de montée des populismes, la sortie prochaine du Royaume-Uni de l'UE relance une nouvelle fois le débat: quid de l'avenir du projet européen? L'UE est-elle promise à la dislocation? 

>> A lire également: la ligne du temps des grandes dates de la construction européenne

Ce 25 mars, ces questions épineuses seront abordées à Rome par les dirigeants européens lors d'un sommet chargé en symbolique. 60 ans jour pour jour après la signature de ce traité historique, la question est de savoir si on célèbrera une fin ou un renouveau. Mais tout d'abord, pourquoi aspirait-on à l'époque à un rapprochement européen? Petit retour en arrière.

A l'origine, un souhait: "Plus jamais ça"

L'élément essentiel pour comprendre les aspirations européistes de l'époque, c'est le spectre des conflits mondiaux. En moins d'un demi-siècle, l'Europe a été mise à feu et à sang à deux reprises. Et dans les années 50, ce souvenir est encore frais dans les mémoires.

Six pays européens (Allemagne, France, Italie, Belgique, Luxembourg, Pays-Bas) décident de s'allier pour ne plus jamais revivre ces atrocités.

La première étape est la mise en commun deux ressources clés à la base d'une industrie de guerre: le charbon et l'acier. Leur production et consommation sont alors organisées par une instance supranationale. C'est un premier pas hautement symbolique vers la réconciliation.

Mais alors que l'installation de la guerre froide laisse craindre un nouveau conflit, les pères fondateurs de l'Europe veulent aller encore plus loin et créer une Communauté européenne de défense. Les débats sont houleux et le projet sera finalement abandonné suite au refus français. 

Plusieurs figures européistes - les "pères fondateurs" - sont cependant déterminés à surmonter cet échec.

L'idée d'un marché commun

Une idée émerge: celle d'une communauté économique à travers l'instauration d'un "marché commun".

Accroitre les interactions entre les Etats devrait, pense-t-on, renforcer leurs liens, doper leurs économies et sauvegarder la paix. Mais ici encore, la méfiance est de mise et l'accouchement sera douloureux.

Un traité rempli de pages blanches

C'est pourquoi, en 1957, les ministres des Affaires étrangères des six pays fondateurs signent à Rome un traité en réalité rempli de pages blanches. Des désaccords subsistent, mais il faut satisfaire la presse internationale venue en masse pour couvrir cet événement.

Le souvenir de leurs malheurs leur a donné le courage nécessaire

A l'époque, la France est toujours sceptique face à l'idée d'un marché commun. Il pourrait, pense-t-on, mettre en danger l'équilibre économique et social dans le pays, De son côté, l'Allemagne craint, elle, une organisation trop dirigiste. Et le saut dans l'inconnu effraie.

Finalement, le texte sera complété quelques jours plus tard au prix de nombreux revirements, crises et compromis. Cette réunion historique accouchera alors d'un traité de 248 articles où s'affrontent règles et exceptions.

Un Belge pour artisan

Le ministre belge des Affaires étrangères de l'époque, Paul-Henri Spaak, déclare:"Le souvenir de leurs malheurs et peut-être aussi de leurs fautes semble les avoir inspirés, leur a donné le courage nécessaire pour oublier les vieilles querelles".

Il s'agit d'une grande victoire pour Paul-Henri Spaak. C'est en effet lui qui a arraché le compromis qui allait mettre le traité sur les rails. 

L'homme politique fait ainsi partie de ceux qui ont, de fait, sauvé l'idée européenne. Et l'Histoire retiendra qu'un Belge a été l'artisan de ce traité fondateur.

Pas juste une politique commerciale

Regroupant les six pays signataires, la Communauté économique européenne est instituée. Ce marché commun s'appuie déjà sur quatre libertés: la libre circulation des personnes, des services, des marchandises et des capitaux.

Les droits de douane sont progressivement éliminés au profit d'un tarif douanier extérieur commun pour les produits venant de pays tiers. La libre concurrence devient une valeur sacrée dans ce marché qui proscrit, de fait, toute entente sur les prix entre entreprises et toute aide d'Etat (sauf exceptions). 

Mais le traité de Rome ne se réduit pas à une politique commerciale. Simultanément, un accord est trouvé pour développer une communauté de l'énergie nucléaire (Euratom). Et, par ailleurs, le traité jette les bases de la politique des transports et de la politique agricole commune (PAC). Politique qui, des décennies plus tard, se dotera du portefeuille le plus important de l'Union européenne. 

Cette "Union européenne" n'existe toutefois officiellement pas encore (il faudra attendre 1993). Mais on y aspire déjà dans le mythique préambule du traité de Rome.

En donnant une direction claire au projet européen, il précise que les signataires "s'engagent à établir les fondements d'une union sans cesse plus étroite entre les peuples européens". 

Vers une "Europe à plusieurs vitesses"? 

Cet engagement se concrétise au fil des années via plusieurs traités qui élargiront les pouvoirs des instances supranationales européennes. En même temps, le nombre d'adhérents au projet européen explose et passe de 6 à 28. 

Mais d'élargissement en élargissement et de traité en traité, le projet européen se renforce et s'affaiblit simultanément. La force du nombre se révèle être une faiblesse lorsqu'il s'agit de prendre des décisions. Les lignes de fractures se multiplient et traversent l'Europe du Nord au Sud et d'Est en Ouest.

Montée des populismes, crises financière, grecque et migratoire fragilisent l'équilibre européen. La victoire du "oui" au référendum sur le Brexit est perçue comme un signal: il est nécessaire de repenser le projet européen.

La période est charnière. La possibilité d'une "Europe à plusieurs vitesses" est de plus en plus évoquée. C'est-à-dire une Europe dans laquelle un groupe de pays pourrait avancer sans les autres. Si le projet enthousiasme la France et l'Allemagne, il refroidit certains pays de l'Est comme la Pologne, qui a déjà menacé de ne pas signer la déclaration commune à Rome ce samedi. Le débat est houleux et on craint l'inconnu. Un peu comme en 1957?

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

Recevoir