Qu'est-ce-que l'isopropanol, ce composant chimique exporté de la Belgique vers la Syrie?

Trois sociétés belges ont exporté des composants chimiques vers la Syrie alors que ces composants étaient soumis à une autorisation spéciale depuis 2013, en raison d'un embargo. L'un des composants en question, l'isopropanol, peut servir à la fabrication du gaz sarin.

"L'isopropanol est un précurseur secondaire du sarin, il y a d'autres applications évidemment, notamment industrielles, elles sont assez nombreuses, mais effectivement, il peut entrer dans le mode de synthèse du neurotoxique organophosphoré qu'est le sarin", explique Olivier Lepick, chercheur associé à la Fondation pour la recherche stratégique à Paris.

Mais ce n'est pas sa seule utilisation: "Il y a d'autres applications industrielles qui ne sont pas du tout militaires et c'est pour cela d'ailleurs que dans la plupart des cas, il fait l'objet de vente, il ne s'agit pas de programme militaire clandestin."

Le chlore utilisé de manière intensive

On peut retrouver ces agents, par exemple, dans des produits d'entretien qui, traités d'une certaine manière, peuvent devenir des armes chimiques redoutables.

"C'est vrai pour un certain nombre d'agents chimiques militaires. On constate qu'en Syrie, le chlore est utilisé de manière assez extensive par le régime, le chlore est un agent, certes toxique, mais essentiellement avec des applications industrielles, notamment des désinfections, beaucoup de Belges qui ont une piscine ont probablement quelques bidons de chlore dans leur garage."

Il précise par contre que ce n'est pas le cas pour les agents les plus modernes et les plus toxiques. "Un certain nombre de produits, qui sont des précurseurs de ces agents, sont assez… je dirais que ce sont des produits industriels qui ont d'autres applications, mais en revanche, d'autres précurseurs eux sont très spécifiques aux neurotoxiques, et ils font donc l'objet d'une surveillance très particulière de la part d'un certain nombre d'organismes internationaux ou de groupes qui travaillent sur le contrôle des technologies sensibles."

La syrie a fait ses courses

Mais pour le cas de l'isopropanol, ce n'est pas un produit simple à trouver. "Alors évidemment et c'est bien pour ça d'ailleurs que la Syrie a dans le passé fait ses courses. Il n'y a pas que les entreprises belges qui ont vendu des technologies ou des produits qui ont permis à la Syrie d'avoir un programme militaire chimique assez robuste: des entreprises allemandes, des entreprises françaises également ou suisses, ont vendu des produits qui peuvent rentrer dans la fabrication d'un agent chimique militaire. On a constaté par le passé que, compte tenu des difficultés à produire un certain nombre de ces précurseurs, la Syrie a fait son marché auprès de fabricants européens notamment."

>> Voir aussi: Est-il possible de faire disparaître les preuves d'une attaque chimique ?

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