Procès sur des viols d'enfants au Congo: "Parler de la fin de l'impunité, c'est trop"

Douze miliciens congolais ont été condamnés mercredi à la prison à perpétuité pour des viols massifs - notamment d'enfants - par un tribunal militaire de la RDC. Ces actes ont été qualifiés par la justice congolaise de "crime contre l'humanité". Au micro de la RTBF, le gynécologue et militant pour les droits humains Denis Mukwege a commenté ce verdict, que certains n'hésitent pas à qualifier d'"historique".

C'est la première fois que je voyais des bébés avec des lésions comme ça

Aujourd'hui, celui que l'on surnomme "l'homme qui répare les femmes" salue cette condamnation. Pour lui, il ne fait aucun doute qu'il s'agit bien d'un crime contre l'humanité. "Quand une population civile est visée - les bébés - et qu'il y a une organisation derrière, c'est un crime contre l'humanité. Il y avait une méthode et une planification. Ces filles étaient enlevées, violées et puis ramenées."

Le Dr Mukwege est l'un des premiers à s'être élevé contre ce qu'il se passait au Congo. Il explique: "Quand vous recevez deux fois par semaine dans votre hôpital des enfants de moins de 5 ans avec une destruction indescriptible du périnée suite à un viol, ça pose question. Après une dizaine de victimes, j'ai commencé à m'inquiéter. C'est la première fois que je voyais des bébés avec des lésions comme ça. J'ai alors essayé d'alerter l'opinion nationale et internationale. Ca a pris beaucoup de temps pour que les présumés organisateurs de cet acte puisse être arrêtés". 

Une forme de terrorisme que je trouve atroce

Il estime toutefois que "parler de la fin de l'impunité sur place, c'est trop. On peut peut-être dire que c'est le début de la lutte contre l'impunité. " Pour le Dr Mukwege, "on ne peut pas crier victoire trop vite. Il y a plus de 600 crimes contre l'humanité qui ont été identifiés par le Haut commissaire des droits de l'Homme. Nous voulons voir les responsables de ces crimes amenés devant les tribunaux."

Lui-même a été profondément marqué par ces crimes. En voyant cela, explique le Dr Mukwege, "vous vous interrogez sur l'humanité, sur vous-même. J'ai vécu des mois très difficiles. Comment l'homme peut-il aller si bas dans sa volonté de détruire?"

Selon lui, "il faut parler encore plus de cette forme de terrorisme. Ca ne se passe pas qu'en RDC. Nous avons besoin d'un mouvement qui se soulève pour condamner cette forme de terrorisme que je trouve atroce".

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