Mediaset: première condamnation définitive pour Berlusconi en cassation

Silvio Berlusconi a été condamné à la prison pour fraude fiscale
Silvio Berlusconi a été condamné à la prison pour fraude fiscale - © ALBERTO PIZZOLI

La Cour de cassation a confirmé jeudi la condamnation à la prison de l'ex-chef du gouvernement italien Silvio Berlusconi pour fraude fiscale et décidé de faire rejuger en appel son interdiction d'exercer une fonction publique pendant cinq ans.

Slvio Berlusconi, 76 ans, qui avait été condamné en première instance et en appel pour fraude fiscale à quatre ans de prison dont trois couverts par une amnistie, ne devrait toutefois pas aller en prison en raison de son âge.

Il s'agit de la première condamnation définitive à l'encontre de Silvio Berlusconi, qui depuis son entrée en politique en 1994, a eu de nombreux démêlés judicaires mais a toujours soit bénéficié de la prescription soit été acquitté.

La confirmation par la Cour de cassation de la condamnation est un petit séisme dans le paysage politique italien, tant le personnage de M. Berlusconi polarise les passions. Elle met en péril la fragile coalition gauche-droite italienne.

Après deux journées de débats, la Cour s'était retirée en chambre du conseil vers 11H00 GMT pour rendre son délibéré après plusieurs heures vers 17H40 GMT.

La condamnation à l'interdiction d'exercer une fonction publique pendant cinq ans a en revanche été renvoyée devant la cour d'appel de Milan par la Cour de cassation.

Procès sous le feu des projecteurs

De nombreux journalistes italiens et de la presse internationale étaient massés devant le siège de la Cour, tandis que le Cavaliere était enfermé avec ses plus proches conseillers à son domicile privé, Via del Plebiscito, qui était fermée à la circulation.

Dans cette affaire, le Cavaliere, trois fois président du Conseil, avait été condamné, en première instance comme en appel, à quatre ans de prison et cinq ans d'interdiction d'exercer une fonction publique pour fraude fiscale.

Le magnat des médias était accusé d'avoir artificiellement "gonflé" le prix des droits de diffusion de films, achetés via des sociétés écrans lui appartenant, au moment de leur revente à son empire audiovisuel Mediaset.

En constituant des caisses noires à l'étranger, le groupe aurait réduit ses bénéfices en Italie pour payer moins d'impôts. Le manque à gagner pour le fisc italien a été évalué à 7 millions d'euros.

Mercredi, ses deux avocats avaient tenté de démontrer l'innocence du Cavaliere devant la juridiction suprême. "Il manque dans les attendus du verdict" en première instance et en appel "la preuve que Berlusconi ait participé au délit reproché", avait assuré Me Niccolo Ghedini, l'un des deux avocats de M. Berlusconi.

Berlusconi a "vécu cette attente avec angoisse et préoccupation"

Pour Franco Coppi, l'autre avocat, "Silvio Berlusconi aurait dû être acquitté déjà en première instance". "Berlusconi, comme tout le monde le sait, se consacre depuis 1994 (date de son entrée en politique) entièrement à la politique et ne s'occupe plus de la gestion de ses sociétés", avait-il ajouté.

"Je demande que le verdict" de condamnation "soit annulé, car les faits, vu la manière dont ils ont été présentés, ne représentent pas un délit, sont sans importance d'un point de vue pénal", avait soutenu Me Coppi, ancien professeur de droit et l'avocat peut-être le plus célèbre de la péninsule.

La décision de la Cour de cassation va semer le trouble tant au sein du Peuple de la Liberté (PDL), le parti de Silvio Berlusconi, qu'au Parti démocrate (PD), le principal parti de gauche, et donc au gouvernement de coalition gauche-droite d'Enrico Letta. Une partie de la gauche pourrait juger impensable de continuer à gouverner avec le parti d'une personne condamnée et provoquer de nouvelles élections.

M. Berlusconi, qui semble avoir vieilli en quelques mois, a "vécu cette attente avec angoisse et préoccupation", avait confié avant le verdict Daniela Santanche, une proche du Cavaliere.

En juin, il avait été condamné à sept ans de prison et à l'interdiction à vie d'exercer un mandat public pour abus de pouvoir et prostitution de mineure dans l'affaire Rubygate. Il a interjeté appel de ce jugement.

Devant le palais Grazioli où réside à Rome le Cavaliere, un petit groupe de partisans inconditionnels, qui se font appeler "l'armée" de Berlusconi, manifestaient leur attachement à leur chef.

Retour sur une "success story" à l'ombre des tribunaux

Silvio Berlusconi a dirigé dix ans durant l'Italie, une "success story" qui s'est achevée avec ce verdict de la juridiction suprême.

Né le 29 septembre 1936 dans une famille de la petite bourgeoisie milanaise, il hérite de son père, employé de banque, un sens aigu des affaires qu'il met en oeuvre dès l'adolescence en monnayant son aide à ses camarades de classe.

Jeune homme au physique avantageux, Silvio Berlusconi travaille comme animateur de boîtes de nuit et sur des bateaux de croisière, où il chante et raconte des histoires drôles. Un talent auquel il recourt encore dans ses meetings politiques.

Vendeur d'aspirateurs à la fin des années 50, il décroche en 1961 une licence en droit, puis emprunte de l'argent à la banque de son père pour fonder une société immobilière. Commence alors une irrésistible ascension qui soulève des interrogations quant à l'origine de sa fortune, sur laquelle il est toujours resté flou.

La plus grosse fortune d'Italie pendant dix ans

Mais c'est surtout dans la télévision que s'exprime le génie créatif de ce grand communicateur : il est en phase avec le public et n'hésite pas à saupoudrer ses programmes de femmes dénudées pour lui plaire.

La holding de la famille Berlusconi, Fininvest, comprend trois chaînes de télévision, des journaux, les éditions Mondadori, mais aussi, cerise sur le gâteau pour ce fan de football, le Milan AC, équipe championne d'Italie en 2011.

Ces succès en affaires permettent à Silvio Berlusconi d'accéder au statut de plus grosse fortune d'Italie pendant dix ans, avant que les aléas boursiers ne le privent de ce primat, même s'il reste toujours parmi les cinq premiers du classement.

En 1994, le Cavaliere (titre honorifique décerné par la présidence de la République) se lance dans la politique. En quelques semaines, il monte Forza Italia (Allez l'Italie!), un parti formé essentiellement de cadres de la Fininvest. Il remporte les élections d'avril 1994, mais, lâché par ses alliés, son gouvernement s'écroule au bout de sept mois.

En 2001, il reconquiert le pouvoir qu'il conserve jusqu'en avril 2006, un record depuis l'après-guerre. Usé par ces cinq années, il est battu d'extrême justesse aux élections, mais il prend une revanche éclatante deux ans plus tard et s'installe aux commandes pour la troisième fois.

Toutefois, il doit, en novembre 2011, céder les rênes d'une Italie, en proie à une grave crise financière, à l'économiste Mario Monti.

Corruption, fraude fiscale et call-girls

Pendant ses années au pouvoir, ses problèmes personnels, notamment judiciaires, occupent le devant de la scène. On lui reproche de se servir de son poste pour faire voter des lois lui permettant d'échapper à la justice ou de défendre sa fortune.

Habile à se poser en victime dans ses divers procès pour corruption et fraude fiscale, M. Berlusconi a été condamné à plusieurs reprises mais jamais définitivement jusqu'à ce jeudi.

Très soucieux de son apparence, cet homme de petite taille auquel une épaisse couche de fond de teint donne l'air d'être éternellement bronzé a recours sans complexe à la chirurgie esthétique.

Son goût assumé pour les jeunes et jolies femmes, dont des call-girls, finit par lui valoir au printemps 2009 une fracassante demande de divorce de la part de sa seconde épouse. Et aussi un procès pour prostitution de mineure et abus de pouvoir pour avoir fait libérer, à l'automne 2010, la jeune Marocaine "Ruby", accusée de vol et qui avait participé chez lui à des fêtes torrides baptisées "bunga-bunga". Dans ce procès, il écope fin juin d'une peine de sept ans de prison en première instance contre laquelle il fait aussitôt appel.

Père de cinq enfants issus de deux mariages et plusieurs fois grand-père, ce personnage hors du commun déchaîne chez ses compatriotes l'adulation inconditionnelle ou la haine viscérale : en décembre 2009, un déséquilibré lui jette une reproduction miniature de la cathédrale de Milan en plein visage, lui fracturant le nez et deux dents. Une énième épreuve pour cet hyperactif dormant peu qui a été victime d'un malaise en novembre 2006 et s'est fait poser un stimulateur cardiaque aux Etats-Unis.

Belga et AFP

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