Procès en destitution de Donald Trump : la guerre des tranchées

"A quoi bon organiser un procès nocturne quand la plupart des Américains sont dans leur lit." Une phrase qui, à elle seule, concentre l’essentiel de la frustration démocrate, au premier jour du procès en destitution du président des Etats-Unis. Car, de fait, le temps s’est allongé au Capitole. Les passes d’armes se sont prolongées presque jusqu’aux aurores. Pour des débats qui se sont étirés sur près de 13 longues heures.

Tous et toutes, solennité oblige, ont été sommés d’abandonner téléphones et ordinateurs portables tout au long de la session. C’est dire la frénésie qui s’est emparée des élus à la moindre suspension de séance. Et c’est la démocrate Elizabeth Warren en lice pour la primaire de son parti, qui résume le mieux le sentiment qui émerge de son camp : "Pourquoi, à 22h00, sommes-nous encore en train de débattre d’amendements ? Cela ne serait pas ainsi si les sénateurs républicains ne trichaient pas avec les règles du procès". Fin de tweet. Portable éloigné. Avant la reprise de la séance.

Car, dans l’autre camp, on n’affiche aucun doute sur l’acquittement de Donald Trump. Un acquittement rapide, avec ça. Peut-être d’ici deux semaines, entend-on ici et là. Pour s’en assurer, le chef républicain du Sénat doit juste parvenir à tenir sa majorité jusqu’au bout. Ce qui devrait être, selon les projections, d’une simplicité enfantine. Pour arriver à ce résultat, la majorité républicaine va suivre la feuille de route suggérée par son chef de file. Les Démocrates avaient demandé à obtenir des documents gouvernementaux ? Refusé. La convocation de témoins clés, comme le chef de cabinet de la Maison Blanche ? Refusé aussi. En tout, ce sont 11 requêtes qui ont été déposées par les Démocrates. Les 11 ont été rejetées en bloc, par des Républicains, forts de leur majorité.

Mc Connell assume ce qu’il qualifie de "feuille de route pour le procès", il estime que les règles du jeu sont donc "équitables". Des règles dont la mise en place ont donc nécessité des heures et des heures de débats. Avant même que l’une et l’autre partie ne se penchent sur l’acte d’accusation pour abus de pouvoir et entrave à la bonne marche du Congrès, c’est déjà le bras de fer. Fallait-il en douter ? Le chef des Démocrates fulmine. Le rejet de ses amendements est devenu une "honte nationale". Selon lui, tout ce qui est entrepris par le camp adverse répond à la volonté du président Trump de dissimuler ses méfaits. Pour Elizabeth Warren, les règles établies par le sénateur McConnell ne garantissent pas un procès honnête. Elles sont tout simplement "truquées".

La bataille est donc âpre. Et les Démocrates n’ont obtenu de la majorité républicaine qu’un aménagement du programme : la durée des argumentaires a été rallongée par rapport à une première proposition. Au total, trois journées de 8 heures en moyenne ont été retenues pour l’accusation, autant pour la défense. Objectif avoué : obtenir le temps nécessaire pour exposer ses arguments, avant les questions des sénateurs qui se répartiront sur un total de 16 heures.

Et pendant que les deux camps s’étripent, le grand absent s’invite dans le débat. Car le 45e président des Etats-Unis n’est pas présent aux audiences. Il est en déplacement au Forum économique mondial de Davos, en Suisse, d’où il ne perd pas une miette de ce qui se dit sur lui. Sans grande originalité, Donald Trump reprend les formules qui lui tiennent à cœur depuis des semaines, qualifiant ce procès de "farce" et de "chasse aux sorcières". L’avocat de la Maison Blanche n’a pas dit autre chose, "estimant que l’acte d’accusation était non seulement ridicule mais aussi dangereux pour notre République." En cette année électorale aux Etats-Unis, Donald Trump et ses défenseurs doivent limiter les risques en vue du scrutin du 3 novembre en présentant cette procédure de destitution comme un nouvel avatar de la "chasse aux sorcières" dont le président américain se dit victime depuis des semaines.

Journal télévisé du 22/01/2020

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