Procès de Reda Hame: plongée au cœur de la cellule d'Abelhamid Abaaoud, cerveau des attentats du 13-Novembre

Abdelhamid Abaaoud est considéré comme le cerveau des attentats de Paris.
Abdelhamid Abaaoud est considéré comme le cerveau des attentats de Paris. - © AFP

A Raqqa, c'était "une usine", "une fourmilière": au premier jour du procès du djihadiste Reda Hame, arrêté en août 2015 après son retour de Syrie, la cour d'assises a plongé jeudi dans le fonctionnement de la cellule de combattants d'Abdelhamid Abaaoud, coordinateur des attentats du 13-Novembre. 

Reda Hame a passé huit jours en Syrie, en juin 2015. Dès son arrivée, il a été formé par le Belge Abdelhamid Abaaoud, qui lui a notamment appris à tirer à la kalachnikov. Reda Hame, novice en la matière, s'est blessé avec une grenade assourdissante. 


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L'accusé est ensuite retourné à Paris en traversant l'Europe de l'Est, avec la mission de commettre un attentat. "Si on te passe de quoi t'armer, est-ce que tu serais prêt à tirer dans la foule?", lui avait demandé Abdelhamid Abaaoud, a raconté Reda Hame aux enquêteurs. "Par exemple, imagine un concert de rock", avait ajouté "l'émir".

Cinq mois plus tard, trois commandos de djihadistes, dont Abaaoud, attaquaient le Bataclan pendant un concert, ainsi que le Stade de France et des terrasses bondées à Paris, faisant 130 morts. 

Il y a la volonté d'en former un maximum et il y en a bien un qui va réussir

"Comment expliquer que pour organiser des attentats de l'envergure que l'on a pu connaitre, Abaaoud sélectionne quelqu'un comme Reda Hame qui n'a aucune expérience dans les armes?", demande la présidente Xavière Simeoni à un policier de la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), qui a participé à l'enquête.

C'est "vraiment délibéré", selon l'enquêteur. "C'est le principe de la fourmilière", explique-t-il à la cour. Reda Hame avait lui comparé Raqqa à une "usine" pour djihadistes. "Il y a la volonté d'en former un maximum et il y en a bien un qui va réussir. (...) Il faut jeter un maximum de bouteilles à la mer", dit encore le fonctionnaire qui a témoigné sous anonymat.


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Début 2015, Abdelhamid Abaaoud devient "émir" au sein du comité des opérations extérieures de l'Etat islamique, explique l'enquêteur. "Son rôle est de chercher les meilleurs potentiels pour les renvoyer en Europe. Il faut des profils lisses, indétectables". Reda Hame, ancien technicien en informatique, qui a des papiers en règle, entre dans la case.  

Des formations express

Pourquoi avoir limité le séjour de Reda Hame en Syrie à huit jours? "Ces délais très courts permettent de renvoyer (les djihadistes, ndlr) avant même que les services (de renseignement, ndlr) ne se soient rendus compte du départ", explique le policier. "Il y a d'autres cas de formation express", ajoute-t-il, en citant l'exemple de Brahim Abdeslam, membre du commando du 13-Novembre, qui a passé seulement "une dizaine de jours en Syrie"

Reda Hame, qui sera interrogé ce vendredi, nie toute intention de commettre un attentat: il a affirmé lors de l'enquête avoir feint d'accepter la mission confiée par Abdelhamid Abaaoud pour pouvoir récupérer son passeport et regagner la France. Il aurait quitté la Syrie sans instruction précise et n'aurait pas contacté à son retour en Europe Abdelhamid Abaaoud comme celui-ci le lui avait demandé. 

L'accusé, un Parisien de 34 ans aux cheveux rasés et à la barbe de trois jours, est en détention provisoire depuis 4 ans et demi.  

Les deux policiers qui ont témoigné ce jeudi ont émis des doutes sur ses déclarations lors de l'enquête. "Il est hautement improbable qu'il n'ait pas rencontré d'autres Français comme il le dit. (...) Peut-être qu'il en sait plus que ce qu'il dit", a déclaré l'un d'eux devant la cour d'assises spéciale de Paris. 

Retour à la vie normale ?

Suivant les conseils d'Abdelhamid Abaaoud, Reda Hame avait rejoint Paris en plusieurs étapes: Istanbul puis Belgrade, Prague, Amsterdam, Bruxelles. Un moyen de ne pas se faire repérer. Dans la capitale belge, il est soupçonné d'avoir rencontré Mohamed Abrini, un proche d'Abdelhamid Abaaoud, qui passe pour un logisticien des attentats du 13-Novembre. Leurs téléphones ont borné à quelques centaines de mètres, mais il n'y a pas de preuve d'une rencontre. 


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A Paris, il est retourné à son domicile et a repris une vie normale, avec sa petite amie non voilée et sans présenter de signe de radicalisation. Comptait-il passer à l'acte ou avait-il tourné la page? "D'autres avaient pour instruction de se fondre dans la masse et d'attendre le moment opportun", a expliqué un policier. Reda Hame s'expliquera ce vendredi.
 

Archive du 18 novembre 2015

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