Procès d'Hosni Moubarak: le procès d'un homme ou d'un système ?

Procès d'Hosni Moubarak: le procès d'un homme ou d'un système ?
Procès d'Hosni Moubarak: le procès d'un homme ou d'un système ? - © Tous droits réservés

Alors que le procès d'Hosni Moubarak débute ce mercredi, Arnaud Ruyssen revient dans Matin Première sur la contestation qui secoue le monde arabe avec Rudolf El Kareh. Va-t-on assister au procès d'un homme ou de tout un système, c'est bien là la vraie question selon ce sociologue et politologue spécialiste du monde arabe.

L'ex-président égyptien Hosni Moubarak doit être jugé ce mercredi au Caire. Certaines personnes voudraient en faire le procès d'un seul homme, explique Rudolf El Kareh. "Dans certaines couches de l'opinion publique, on aime bien personnaliser les choses". Si on assiste à un procès d'un seul homme, "alors on occulte tous les autres problèmes". 

Par contre, explique Rudolf El Kareh, "si le procès dépasse le cadre individuel, ce procès du système va engager toute la responsabilité de ceux qui ont soutenu Hosni Moubarak à l'extérieur", comme certains pays européens et les Etats-Unis, précise ce spécialiste du monde arabe au micro de Matin Première. Mais surtout, il est important de savoir que ce procès constitue un moment historique dans l'histoire égyptienne. 

Hosni Moubarak jugé en partie par ses anciens partenaires

Cependant, certains indices nous permettent de douter d'un réel procès du système. "Un paradoxe du procès, c'est que nous allons avoir d'un côté des juges qui étaient des partenaires du système Moubarak", explique Rudolf El Kareh. En effet, on imagine que certaines personnes en place quand Hosni Moubarak était président n'ont pas vraiment intérêt à avoir un procès. 

Les divisions au sein de l'opposition au pouvoir tenu par l'armée sont naturelles explique le politologue. "Les divisions de l'opposition, ce sont les divisions de la société égyptienne". "Une partie de l'opinion publique veut aller de l'avant sur le plan des changements des structures, alors qu'une autre partie souhaiterait du Moubarak sans Moubarak", constate l'invité d'Arnaud Ruyssen. Mais il précise: "Il ne faut pas raisonner en termes de bloc contre bloc". Il faut laisser du temps et ne pas croire que des islamistes vont forcément dominer le processus. 

Le tout, c'est qu'il faut gérer les choses hors du contexte de la violence, estime Rudolf El Kareh. "Mais le problème dans ce type de société, c'est qu'on peut basculer relativement vite dans la violence". 

"Il n'y a pas de 'système al-Assad'"

La question de la Syrie a également été abordée dans Matin Première. Ici, la situation est délicate, précise ce spécialiste du monde arabe. Il y a selon lui plusieurs niveaux d'analyse: des revendications en faveur d'une réforme, des revendications plus socio-économiques mais aussi des influences extérieures. "On a constaté que certaines forces politiques allaient chercher du soutien auprès de forces étrangères pour légitimer leur action politique à l'intérieur du pays". Depuis plus d'un siècle, on ne peut pas comprendre les mouvements internes à la Syrie sans comprendre les dynamiques externes, précise Rudolf El Kareh. 

A la question de savoir si l'avenir se fait avec le départ de Bachar al-Assad, l'invité de Matin Première est catégorique: "Ce n'est ni à moi, ni à personne d'autre de décider". Rudolf El Kareh se refuse d'évoquer un "système al-Assad". Il en appelle à un processus de réconciliation nationale face à "ce sang qui coule de partout, chez les militaires, chez les civils, chez ceux qui font des provocations". 

AdC et A. Ruyssen


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