Prise d'otage à Ouagadougou: bilan provisoire de 29 morts dont 2 Français

Deux ressortissants français ont été tués dans l'attaque djihadiste qui a visé un hôtel et un restaurant de Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso, a indiqué samedi un porte-parole du ministère français des Affaires étrangères.

Ces deux Français, un homme et une femme, ont été tués au restaurant Capuccino, un établissement prisé de la communauté expatriée, a-t-on indiqué au Quai d'Orsay.

L'attaque djihadiste a fait "29 morts et environ 30 blessés", selon le ministre de la Sécurité du pays.

A l'issue de l'assaut policier qui s'est achevé en fin de matinée, les autorités burkinabé ont pour leur part évoqué un bilan provisoire d'au moins 26 morts, de 18 nationalités différentes.

Attaque commando

Un commando djihadiste a mené vendredi soir une attaque sanglante sur un restaurant et un hôtel de Ouagadougou fréquentés par des Occidentaux.

Deux assauts ont été mené depuis 2h00 (3h00 HB), et se sont terminés en fin de matinée ce samedi. Les forces burkinabè poursuivaient des opérations de ratissage aux alentours de l'hôtel 'Splendid' et du restaurant 'Cappuccino' et des établissements voisins, où les affrontements avec les djihadistes ont duré toute la nuit et jusqu'aux premières heures de la matinée,

Deuxième assaut dans un autre hôtel

Un total de 126 personnes, dont 33 blessées, ont été libérées et trois djihadistes tués lors de l'intervention des forces de sécurité contre les auteurs des attaques au centre de Ouagadougou, a affirmé le ministre de l'Intérieur Simon Compaoré, en soulignant qu'un assaut était encore en cours."126 personnes, dont au moins 33 blessées, ont été libérées. Trois djihadistes, un arabe et deux négro-africains, ont été tués", a affirmé le ministre précisant: "les assauts sur l'hôtel Splendid et le (café-restaurant) Cappuccino (situé en face du Splendid) sont terminés. Mais un assaut est toujours en cours sur l'hôtel Ybi", situé à côté du Cappuccino.

Le président burkinabé Roch Marc Christian Koubaré est présent sur les lieux. François Hollande s'est exprimé en dénonçant "l'odieuse et lâche attaque qui frappe Ouagadougou".

L'assaut a été donné à 2h00, heure locale

Juste avant 02h00 (03h00 HB), "l'assaut a commencé" sur l'hôtel Splendid, établissement de luxe du centre de la capitale burkinabè où plusieurs assaillants étaient retranchés, a tweeté l'ambassadeur de France, Gilles Thibault.

Vers 04h30, un ministre burkinabè a annoncé que 30 personnes avaient pu sortir "saines et sauves" de l'hôtel et que 33 blessés avaient été évacués lors de l'assaut, qui était toujours en cours. Parmi les 30 personnes indemnes figure le ministre du Travail Clément Sawadogo, présent à l'hôtel au moment de l'attaque, a déclaré à l'AFP le ministre de la Communication, Rémis Dandjinou.

Un échange de tirs serait en cours entre les force de sécurité et les djihadistes au café-restaurant Cappuccino, un restaurant voisin déjà visé plus tôt par le command, ainsi que dans les étages supérieurs de l’hôtel.

Soutien des forces françaises et américaines

Des forces spéciales françaises sont stationnées en banlieue de Ouagadougou dans le cadre de la lutte anti-djihadiste dans le Sahel. Washington dispose également de 75 militaires dans le pays, et a indiqué apporter un soutien aux forces françaises dans l'opération. Les pompiers ont réussi à maîtriser un incendie qui s'était déclaré dans le hall de l'hôtel, dans lequel se trouvaient un nombre inconnu de clients et membres du personnel.

Un restaurant également touché

Le Splendid, qui compte 147 chambres, est fréquemment utilisé par des Occidentaux et par du personnel des agences onusiennes. Des contrôles de sécurité étaient en place à l'entrée, mais n'ont pu empêcher l'irruption des assaillants vers 19h45, quand des tirs nourris et des détonations ont éclaté.

Le commando a également visé un restaurant voisin, le Cappuccino, lui aussi prisé de la clientèle expatriée, dont l'attaque a fait "plusieurs morts", selon un employé joint par l'AFP. "Sur la terrasse du Cappuccino, les sapeurs-pompiers ont vu une dizaine de cadavres", a déclaré à l'AFP le ministre de l'Intérieur, Simon Compaoré, qui a indiqué que le nombre d'assaillants était encore incertain.

Al-Qaïda au Maghreb Islamique (Aqmi) revendique l'attaque

Le directeur du principal hôpital de Ouagadougou a cité une blessée selon laquelle il y avait parmi les morts "plus de Blancs que de Noirs". L'attaque a été revendiquée par le groupe djihadiste Al-Qaïda au Maghreb Islamique (Aqmi), qui l'a attribuée au groupe islamiste Al-Mourabitoune du chef djihadiste Mokhtar Belmokhtar, rallié à Aqmi, selon SITE, une organisation américaine qui surveille les sites internet islamistes.

les sites internet islamistes.

Le 4 décembre 2015, le chef d'Aqmi avait annoncé le ralliement du groupe Al-Mourabitoune et revendiqué conjointement la prise d'otages en novembre à l'hôtel Radisson de Bamako au Mali qui avait fait plus d'une vingtaine de morts. Al-Mourabitoune avait confirmé avoir rallié Aqmi et souligné la nécessité d'unifier les rangs des jihadistes.

Al-Mourabitoune a revendiqué le premier attentat visant des Occidentaux à Bamako, le 7 mars 2015 au bar-restaurant la Terrasse (cinq morts: trois Maliens, un Français et un Belge). Mokhtar Belmokhtar, un des chefs jihadistes les plus redoutés du Sahel, milite pour une grande coalition avec les jihadistes du Niger, du Tchad et de la Libye. Donné plusieurs fois pour mort, notamment en juin dernier et en avril 2013, son décès a été démenti à chaque fois. En mai 2015, Belmokhtar a réaffirmé la loyauté de son groupe à Al-Qaïda et démenti l'allégeance à l'organisation de l'Etat islamique (EI) proclamée par un autre dirigeant d'Al-Mourabitoune.

Les Belges sont priés de rester chez eux

L'ambassade belge au Burkina Faso a demandé aux Belges résidant dans la capitale, Ouagadougou, de rester chez eux ou de rentrer à la maison si ce n'est pas encore fait. C'est ce qu'a indiqué le ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders, via Twitter, dans la foulée de l'attaque qui a touché un hôtel de Ouagadougou dans lequel résident des Occidentaux.

Dans leur conseil aux voyageurs datant de mi-décembre, les Affaires étrangères demandaient aux Belges qui se trouvent au Burkina Faso "de faire preuve d'une vigilance permanente, d'éviter les manifestations et rassemblements, de s'informer sur les développements actuels via les médias locaux et internationaux et de respecter scrupuleusement les consignes des autorités locales".

Des tirs, des détonations

Des tirs multiples et des détonations ont éclaté vers 19H45 (locale et GMT) dans le secteur de l'hôtel Splendid et du café restaurant Cappuccino voisin, deux établissements du centre de Ouagadougou prisés par les Occidentaux, a constaté un journaliste de l'AFP à proximité des lieux.

Une dizaine de voitures étaient en feu sur l'avenue Kwame Nkrumah, une des principale artères du centre de la capitale où sont sont situés les deux établissements et où des forces de sécurité sont rapidement arrivées.

Les coups de feu semblent avoir été tirés par trois hommes armés et enturbanés, selon ce qu'a pu distinguer ce journaliste de l'AFP. Un témoin a affirmé avoir vu quatre assaillants "enturbanés et de type arabe ou blanc".

Selon des témoins, des tireurs étaient retranchés à l'intérieur de l'hôtel, et donc potentiellement avec des otages. Des échanges de tirs sporadiques étaient toujours entendus peu après 22H00 et aucun bilan n'était disponible dans l'immédiat.

Pas une première

En avril dernier, le chef de sécurité roumain de la mine de manganèse de Tambao, dans le nord du pays, avait été enlevé par des assaillants. Cet enlèvement a été revendiqué par le groupe islamiste Al-Mourabitoune du chef jihadiste Mokhtar Belmokhtar.

Une première attaque avait eu lieu vendredi après-midi dans le nord du pays, près de la frontière malienne, au cours de laquelle un gendarme et un civil ont été tués, a indiqué le porte-parole des forces armées burkinabè.

Deux mois après le Radisson de Bamako

Cette attaque survient un peu moins de deux mois après celles de l'hôtel Radisson Blu à Bamako. Le 20 novembre, une attaque djihadiste avait fait 20 morts dont 14 étrangers dans la capitale malienne.

L'hôtel avait été attaqué par des hommes armés - officiellement au nombre de deux - qui y ont retenu pendant plusieurs heures environ 150 clients et employés. Les forces maliennes, appuyées par des forces spéciales françaises et américaines et des agents de l'ONU, étaient intervenues et avaient "exfiltré" 133 personnes, selon le ministère malien de la Sécurité intérieure.

L'attentat a été revendiqué par deux groupes djihadistes: le 20 novembre par Al-Mourabitoune de l'Algérien Mokhtar Belmokhtar et le 22 novembre par le Front de libération du Macina (FLM, mouvement jihadiste malien).

Après ces attaques, les services consulaires français au Burkina avaient étendu la "zone rouge" déconseillée aux voyageurs à une large partie du Burkina sans y faire figurer Ouagadougou. Elles avaient toutefois conseillé des mesures de prudence. Des sources sécuritaires avaient émis l'hypothèse d'une attaque djihadiste dans la région.

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