Printemps arabe : Mouammar Kadhafi bientôt membre du club des dictateurs déchus?

EPA/SABRI ELMEHEDWI
EPA/SABRI ELMEHEDWI - © Ben Ali, Ali Abdullah Saleh,Mouammar Kadhafi et Hosni Moubarak, des dictateurs liés par leur destin

Ben Ali, Hosni Moubarak, Ali Abdullah Saleh et peut-être Mouammar Kadhafi d'ici peu. La liste des dictateurs renversés par des révoltes populaires s’allonge inexorablement. Retour sur le sort de ces despotes abandonnés de tous.

Dimanche 19 décembre 2010. C’est le jour du marché à Sidi-Bouzid, une petite ville provinciale du centre de la Tunisie. Comme tous les dimanches depuis 7 ans, Mohamed Bouazizi, vend ses fruits et ses légumes, seul revenu pour lui et sa famille de 7 enfants. Et comme tous les dimanches depuis 7 ans, la police se sert dans sa caisse et renverse ses étals. Le vendeur n’a en effet aucune autorisation officielle pour vendre ses produits. Il n'a pas non plus assez d'argent pour s'en sortir à coup de pots-de-vin. 

Pour Mohamed Bouazizi, c’est la fois de trop. Il décide d’aller plaider sa cause à la municipalité. Il s’y fait insulter puis chasser. Humilié publiquement, Mohamed Bouazizi n’en peut plus. Il s’immole par le feu devant les bâtiments du gouvernorat.

Il était une fois la Tunisie en 2010. Un pays gangréné par le régime de Zine el-Abidine Ben Ali, au pouvoir depuis 23 ans. Rongée par le chômage, la corruption et le népotisme des Ben Ali, la Tunisie est loin d’être ce pays paradisiaque aux plages de sable fin et hôtels low-cost où se pressent chaque année des millions de touristes occidentaux.

Ce terreau propice à la révolte populaire et le suicide de Mohamed Bouazizi finiront de faire bourgeonner la Révolution de Jasmin, premier arbre du Printemps arabe. Durant quatre semaines, les manifestations s’étendent progressivement dans tout le pays et ce malgré la répression mise en place par Ben Ali.

Le 14 janvier l'armée refuse de suivre Ben Ali plus avant et protège les manifestants contre les policiers. Une situation qui pousse le dirigeant, lâché par ses alliés occidentaux, à fuir le pays pour l'Arabie Saoudite en compagnie de ses proches.

Ben Ali doit pour autant rendre des comptes à la justice tunisienne, acculé par 93 chefs d’accusations parmi lesquels homicides volontaires, usage et trafic de drogues ou détournement de fond. Trois procès ont déjà eu lieu. Bien qu’absent, l’ancien président déjà été condamné à 66 ans de prison et près de 100 000 millions d’euros d’amende.

Egypte, terre du Pharaon Moubarak

La population égyptienne souffre, elle-aussi. Hosni Moubarak, le président égyptien dirige le pays d’une main de fer depuis presque 30 ans. La situation socio-économique du pays est catastrophique. Plus de 40 % de la population, soit environ 32 millions d'Égyptiens, vit avec moins de 2 dollars par jour. Pendant ce temps, une élite profite des réformes économiques mises en place par le régime pour s’enrichir.

Enhardis par la chute de Ben Ali en Tunisie voisine, les Egyptiens se révoltent à leur tour et demande le départ du président. Le 25 janvier sera  "la Journée de la Colère", mise en place par plusieurs organisations citoyennes. Au Caire, plusieurs milliers de manifestants convergent vers la place Tahrir. Un siège qu'ils défendront becs et ongles jusqu’à la chute de Moubarak. 

La répression se met en place et s’abat sans distinctions sur les manifestants, les cyberdissidents et même les journalistes occidentaux. Mais une fois encore, la révolution tient bon. Une fois encore, l’armée se retourne contre le dictateur en refusant de se battre contre les civils. Sans plus aucun soutient de taille, retranché dans son palais, Moubarak démissionne le 11 février de ses fonctions et confie le pays à l’armée.

L’ancien dirigeant égyptien devra aussi faire face aux tribunaux égyptiens. L’ex-président risque la peine capitale s’il est reconnu responsable des morts durant la révolution. Il a par ailleurs déjà été condamné à payer une amende de 23,3 millions d’euros pour avoir couper internet durant 7 jours consécutifs. Une décision qui porta un coup dur à l’économie égyptienne mais qu’Hosni Moubarak avait avalisée pour tenter d’endiguer la vague de protestation secouant le pays.

Son véritable procès s’est ouvert le 3 août. L’ancien chef de l’Etat y est apparu couché sur une civière, l’air fatigué. Il a plaidé non coupable pour l’ensemble des faits qui lui étaient reprochés. Son prochain procès aura lieu à huis-clos le 5 septembre prochain.

Yemen, aux armes citoyens 

Suivant l’exemple de la Tunisie et de l’Egypte, la population yéménite décide de se soulever contre un gouvernement qui laisse 35% de la population sans emploi. Ils dénoncent également la transmission héréditaire du pouvoir dans leur pays. Le 27 janvier, 16 000 manifestants descendent dans les rues de la capitale Sanaa. Mis sous pression, le président Ali Abdullah Saleh refuse cependant de quitter le pouvoir.

Face à l'obstination du dirigeant, la contestation prend de l’ampleur jour après jour. Parallèlement, la répression mise en place blesse et tue toujours plus des civils. Le 18 mars, des tireurs embusqués tuent 52 manifestants et en blessent plusieurs centaines. Suite à ce massacre, de nombreux partisans du président Saleh rejoignent la rébellion.

La contestation, jusqu’ici pacifique, se transforme alors en véritable lutte armée. Le 3 juin, le vent tourne pour le pouvoir en place lorsqu’un tir de roquette contre la mosquée présidentielle blesse le chef de l’Etat ainsi que 4 autres membres du gouvernement.

Le lendemain, Ali Abdullah Saleh, grièvement blessé, quitte le pays et rejoint l’Arabie Saoudite pour se faire soigner. Pour le moment, le président n’a toujours pas démissionné de son poste, mais son avenir à la tête du pays semble des plus compromis.

Ailleurs, la lutte continue…

En Syrie, au Maroc, en Jordanie, au Bahreïn ou en Algérie, les manifestants continuent à s’opposer aux répressions sanglantes des régimes en place. La Tunisie, l’Egypte, le Yémen, et peut-être la Lybie sont autant d’exemples porteurs d’espoir pour ces personnes luttant pour une démocratie qui leur a été refusée.

 

Stanley Destrée

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