"Preuves accablantes" de crimes de guerre dans la région du Tigré éthiopien

Desalegn Gebreselassie, 15-ans, a été gravement blessé à la jambe, dans une attaque sur le village de Fraewoyni, dans l'est du Tigré. Il est soigné à l'hôpital Ayder Referral de Mekele, la capitale de la région.
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Desalegn Gebreselassie, 15-ans, a été gravement blessé à la jambe, dans une attaque sur le village de Fraewoyni, dans l'est du Tigré. Il est soigné à l'hôpital Ayder Referral de Mekele, la capitale de la région. - © EDUARDO SOTERAS - AFP

"Les preuves sont accablantes et mènent à une conclusion effrayante". Ces mots sont ceux du directeur régional d’Amnesty international pour l’est et le sud de l’Afrique, Deprose Muchena, lorsqu’il présente le rapport de l’ONG sur les massacres dans la région éthiopienne du Tigré, située au nord du pays.

Ce rapport affirme que les soldats de l’Erythrée voisine, frontalière de la région du Tigré, auraient tué des centaines de civils en novembre 2020, au début de l’offensive qui y est menée par l’armée éthiopienne. Le texte pointe plus précisément la commission d’un massacre pouvant constituer un crime contre l’humanité.

Le Tigré, plongé dans la violence depuis 3 mois

Ces accusations graves se basent sur des témoignages recueillis par les chercheurs de l'ONG auprès de survivants, réfugiés au Soudan voisin, ou bien contactés par téléphone. Les chercheurs se sont aussi basés sur des images satellites de la ville sainte d'Aksoum, située aussi dans le nord du pays.

"Les troupes éthiopiennes et érythréennes ont commis de multiples crimes de guerre dans leur offensive pour prendre le contrôle d'Aksoum", précise Deprose Muchena. "Plus encore, les troupes érythréennes se sont déchaînées et ont méthodiquement tué des centaines de civils de sang-froid, ce qui semble constituer des crimes contre l'humanité. Cette atrocité compte parmi les pires documentées à ce jour dans ce conflit", ajoute-t-il.

Le Tigré est plongé dans la violence depuis le lancement, le 4 novembre, par le gouvernement éthiopien d'une opération militaire contre les forces du Front de libération du Peuple du Tigré (TPLF). Le TPLF gouvernait la région, mais il est accusé par les autorités éthipiennes d'avoir attaqué des bases de l'armée fédérale.

Mais savoir ce qui s'y passe aujourd'hui est extrêmement compliqué. Depuis le début du conflit il y a près de quatre mois, le Tigré n'a plus d'accès à internet et les déplacements y sont toujours restreints, rendant difficile la vérification d'informations sur le terrain. La présence de troupes venues d'Erythrée, pays frontalier du Tigré, pour épauler les forces éthiopiennes a été rapportée par des habitants, des travailleurs humanitaires et des responsables locaux, mais a toujours été démentie par Asmara, (capitale de l'Erythrée) et par Addis Abeba. Maisles autorités érythréennes n'ont jamais caché leur hostilité envers le TPLF depuis la fin de la guerre entre les deux pays.

Il doit y avoir de toute urgence une enquête de l'ONU 


Selon 41 survivants et témoins interrogés par Amnesty, les troupes éthiopiennes et érythréennes ont pris le contrôle d'Aksoum le 19 novembre, "lors d'une vaste offensive, tuant et déplaçant les civils par des bombardements et des tirs indiscriminés". "Durant les neuf jours qui ont suivi, l'armée érythréenne s'est livrée à un pillage généralisé et à des exécutions extrajudiciaires", affirme Amnesty. Des images satellite montrent des traces de fosses communes près de deux églises, selon l'ONG.

"Il doit y avoir de toute urgence une enquête de l'ONU", estime Deprose Muchena.

Vendredi, la Commission éthiopienne des droits de l'homme (EHRC), un organisme public indépendant, a estimé dans un communiqué que ces révélations doivent être prises "très au sérieux". Des investigations qu'elle a lancées, mais non encore achevées, concluent aussi au meurtre "d'un nombre, pour le moment indéterminé, de civils par des soldats érythréens" à Aksoum.

Ethiopie et Erythrée se sont affrontés dans un sanglant conflit entre 1998 et 2000, alors que le TPLF était au pouvoir à Addis Abeba. L'initiative du Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, récompensé d'ailleurs du prix Nobel de la paix en 2019, a contribué à rapprocher les deux pays. Mais la haine reste tenace entre les autorités érythréennes et le TPLF.

Abiy Ahmed a, pour sa part, proclamé la victoire le 28 novembre, mais des combats persistent.

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