Pressions, intimidation, violence : comment le pouvoir russe gère-t-il les manifestations d'opposition ?

Ce dimanche et comme cela a été le cas la semaine dernière, les partisans d’Alexeï Navalny, opposant russe à Vladimir Poutine, ont manifesté partout dans le pays. Des manifestations à l’encontre des autorités qui ne sont pas neuves mais dont les cibles ont changé. Aude Merlin chargé de cours en sciences politiques à l’ULB, spécialiste de la Russie, était invitée ce matin sur La Première. 

"Ce qui me frappe par rapport aux mobilisations des années précédentes, c’est que les journalistes sont particulièrement visés", observe Aude Merlin, politologue spécialisée dans la Russie et chargée de cours à l’Université Libre de Bruxelles (ULB). Mais ce ne sont pas les manifestants mais bien les forces de l’ordre qui prennent pour cible les services d’information du pays. "On a eu plus de 50 interpellations, arrestations et des violences policières commises le 23 janvier sur des journalistes", ajoute-t-elle.

Autre moyen de contrôler la presse : les pressions. Ce samedi, le rédacteur en chef de Medusa, un journal d’opposition a été arrêté. "On voit bien que le Kremlin est fébrile et que la question de la diffusion de l’information fait l’objet d’une attention particulière de la part des autorités", observe la spécialiste de la politique russe.

L’intimidation comme arme

L’intimidation est aussi largement utilisée contre les opposants à la politique de Poutine, c’est d’ailleurs une "technique typique des régimes post-soviétiques", note la spécialiste. Concrètement, les forces au service de Vladimir Poutine font pression sur les personnalités proches d’Alexeï Navalny pour les forcer à dissuader leurs partisans et réprimer les manifestants avant même que la manifestation débute.


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C’est ce dont a sans doute été victime l’un responsable du mouvement de Navalny du côté de Nijni Novgorod. Il a fait une étrange intervention sur les réseaux sociaux, comme une repentance dans laquelle il appelait les manifestants à ne pas sortir dans la rue, à ne pas rejoindre le mouvement alors qu’il est précisément un des relais du mouvement de Navalny dans cette métropole de plus d’1,2 millions d’habitants.

Que peut encore faire la communauté internationale ?

Reste à savoir comment peut réagir la communauté internationale face à ces répressions, parfois musclées. "Le constat c’est que les démocraties ne savent pas parler aux régimes autoritaires", répond d’emblée Aude Merlin. "Elles sont très démunies et elles ne savent pas parler du fait qu’elles-mêmes ne sont plus vraiment en mesure de s’identifier comme démocraties. Les processus auxquels on assiste aujourd’hui sont des processus où les démocraties elles-mêmes sont fragilisées dans leur fondement."

En d’autres termes, avec la montée des extrêmes mais aussi les mesures destinées à endiguer la propagation du coronavirus, il est difficile pour la communauté internationale de lever la voix pour dénoncer fermement la politique menée en Russie.


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Toutefois, les démocrates russes invitent les pays jouissant d’une démocratie ancrée à "ne surtout pas brader les valeurs démocratiques et celles de l’état de droit, donc ne pas laisser pas les violences policières gangrener les démocraties", précise enfin la professeure à l’ULB.

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