Présidentielle française: les nouvelles stratégies de campagnes numériques

Présidentielle française: les nouvelles stratégies de campagnes numériques
6 images
Présidentielle française: les nouvelles stratégies de campagnes numériques - © ALAIN JOCARD - AFP

Le numérique est bien ancré dans les stratégies de campagne des principaux candidats à la présidentielle. Tous ont bien conscience que l’élection peut se jouer sur ce terrain, et ce d’autant qu’il s’agit du seul média dont le temps de parole n’est pas comptabilisé par rapport aux différents adversaires. Nous sommes actuellement à mi-chemin de la présidentielle et pouvons nous permettre de faire un relatif état des lieux des tendances actuelles entre pratiques contestables et convenues.

L’organisation d’équipes de ripostes autour de plateformes dédiées

Si cela existait auparavant sous diverses formes, l’organisation des équipes de militants en " équipes de riposte " a pris de l’ampleur durant cette présidentielle. La plupart des équipes de campagne ont compris qu’il fallait centraliser les militants dans le but de les exploiter numériquement. Ces groupes peuvent être centralisés sur des plateformes dédiées ou sur des applications de chat cryptées. On leur indique alors les éléments de langage sur chaque type d’actualité.

Fillon a même sorti une application de riposte où tous les articles, vidéos et autres sur le candidat sont proposés. Un classement des meilleurs militants est également mis en place (un partage = 3 points.) Cela permet également de réagir aux campagnes orchestrées par les adversaires politiques.

Du côté de chez Macron, Buzzfeed rapportait le fait que depuis Telegram, les militants du candidat " ni de gauche, ni de droite " recevaient des consignes dans une " Team Love ". Dans celles-ci, on retrouvait le fait de liker telle ou telle page ou les " Waouh " qu’il manquait à une publication.

Ces méthodes collaboratives numériques permettent ainsi d’être plus réactifs et plus organisés dans le déploiement des militants sur les espaces numériques.

La place accrue de la vidéo

Là encore, en 2012, on avait déjà pu observer les soubresauts, mais cette fois-ci la tendance est définitivement présente. Au-delà des meetings ou vidéos de campagne, on observe la présence marquée auprès de Youtubers comme Hugo Travers.

Jean-Luc Mélenchon (Parti de Gauche) a également fait de YouTube un quartier général, du haut de ses près de 200 000 fans. Il a récemment été suivi dans cette initiative par Florian Philippot (FN) afin d’assurer la présence du front national sur YouTube

Ce n’est pas pour autant une véritable révolution, mais uniquement une adaptation aux techniques habituelles. À cela, nous pouvons pointer également la mise en place de direct sur Periscope ou sur Facebook Live pour faire vivre les débats ou les présences des candidats dans leurs différents périples. L’utilisation de la vidéo est donc réellement montée en puissance.

Les opérations ciblées sur Twitter

En marge de la présidentielle, le Front National a procédé à des tirs de missiles Twittolistique. Le tout avait débuté en novembre avec une opération #RuquierDegage où les militants du parti frontiste s’étaient exercés sur une de leur cible favorite. Depuis, FaitesLeBonChoix, DemasquonsMacron, FillonGate et LePionMacron se sont succédé.

Le principe est de se rassembler à la même heure pour twitter le même hashtag et, ce dans le but d’atteindre le trending topic. Cela permet de gagner de la visibilité autour d’un axe de campagne tout en déclinant ses messages.

Les militants de François Fillon ne sont pas en reste au niveau de ces techniques. En pleine tempête médiatique, les Républicains avaient mis en place un hashtag #StopLaChasseALHomme pour dénoncer la cabale que leur poulain subissait.

Petit à petit, ces manipulations des trending topics se sont transformées en guerres de bac à sable numérique où les différentes troupes s’affrontent. Par exemple, hier, les militants de François Fillon ont lancé une offensive contre Emmanuel Macron via le hashtag #StopMacron. Les équipes de Macron ont alors répliqué dans une tentative de hijacking de hashtag. Voyant les deux camps s’affronter, les troupes du front national ont voulu faire partie de la fête ce qui nous a donné un combat à 3 :

On voit donc des guerres numériques se mettre en place. La différence entre le FN et les Républicains tient surtout au fait que les opérations lancées par le camp Fillon sont également déclinées sur Facebook puisqu’ils utilisent une application de riposte dédiée. Selon Anthony Bressy, membre de l’équipe digitale de Fillon et contacté par mes soins, 7091 tweet et retweets ont été générés directement depuis l'application tandis que 2600 messages l’ont été également sur Facebook par des profils et des pages publiques. Le pari là-dedans est que Facebook leur permettra de toucher une grosse audience, tandis que Twitter est essentiellement utilisé pour toucher les journalistes et montrer les muscles.

La mise en place de faux médias

Un des changements du Web 2.0 est le fait que n’importe qui peut publier n’importe quoi. Celui-ci a parfaitement été compris par certains bords politiques qui décident de détourner des formes journalistiques qui ont fait leurs preuves. L’extrême droite a ainsi mis en place Buzzbeed, un média comme Gorafi, rempli de fausses news qui ont pour but de faire passer leurs idées.

De même, face au succès des comptes d’information continue en 140 caractères, ils ont lancé le compte Info360 qui a pour but de montrer toutes les violences contre la police et autres. Ce compte est massivement retweeté par leur communauté.

Mais la mise en place de faux médias n’est pas uniquement l’apanage de l’extrême droite. Sur le modèle de Malaise TV, un compte Twitter montrant des vidéos de bides télévisuels qui cartonne sur Twitter, des militants de Fillon ont créé Ridicule TV, un compte moquant à l’aide des vidéos les différents adversaires de François Fillon. Le compte est également un véritable succès capitalisant parfois plusieurs milliers de retweets :

La mise en place de bots pour tronquer les études des réseaux sociaux

Initiative isolée, mais un compte proche du front national, Philippe Platteau s’est acheté plus de 110 000 followers et se fait retweeter par des bots qu’il a achetés sur le marché.

À quoi cela peut-il bien servir ? En réalité, lorsque les gens regardent le hashtag d’un débat politique, Twitter filtre les tweets pour ne vous donner que les meilleurs. Ce filtrage s’opère via le nombre de followers et d’engagement d’un tweet. Cette manipulation lui permet ainsi d’être plus visible. Par ailleurs, cette présidentielle est celle de toutes les études. La guerre sur le marché de la mesure de l’opinion est plus que lancé entre les logiciels de Big Data et les sondages. Dans ce contexte, les études se servant des réseaux sociaux se succèdent. Un compte comme celui de Philippe Platteau influence grandement ces études puisqu’il comptabilise parfois à lui tout seul (et ses robots) près de 20 000 tweets. Sur un total de 150 000, cela n’est pas négligeable.

On le voit, la présidentielle 2017 est le théâtre de multiples gesticulations numériques dont certaines sont très peu éthiques. La frontière entre faux et vrai est quelque peu ténue et nul ne sait si ces initiatives ont un quelconque impact. Elles sont cependant révélatrices d’un climat où chaque camp réfléchit à des stratégies d’influence et où l’utilisation des espaces numériques est passée à un tout autre niveau par rapport à la précédente campagne.

Newsletter info

Recevez chaque jour toutes les infos du moment

Recevoir