Présidentielle française: après les fake news, voici les faux sondages

Présidentielle française: après les fake news, voici les faux sondages
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Présidentielle française: après les fake news, voici les faux sondages - © Tous droits réservés

Brexit, Trump, Fillon... les sondages, et les médias qui les publient, sont sous forte pression suite à leurs mauvaises estimations. Et comme tout ce qui est sous tension, les extrêmes rentrent dans les brèches puisqu’après les fake news, voici que l’on assiste à l'apparition des faux sondages.

Une des critiques principales que l’on fait aux sondages est qu’ils influencent ce qu’ils produisent, le traitement médiatique d’un candidat comme étant en forte hausse pouvant  influencer d’autres personnes à suivre le mouvement. C’est ce qu’on appelle le "bandwagon effect", soit la tendance qu’ont les personnes à faire preuve de mimétisme.

Ce comportement des foules n’arrange pas ceux dont les sondages ne sont pas favorables. Ils vont alors mettre en place des tactiques de contournement pour offrir une alternative à la réalité, une technique déjà été utilisée par Donald Trump lors de la présidentielle américaine.

Ce n’est donc pas une surprise de retrouver ces mêmes pratiques dans la présidentielle française. Celles-ci s’engouffrent dans deux failles :

  • Les sondages ont eu tort pour le Brexit et pour Trump. Rappelons à cette occasion que les sondages ne se sont pas forcément trompés. Il s’agit surtout d’un problème de lecture de ceux-ci. La marge d’erreur est généralement de 3 % ce qui veut dire un écart-type de 6 % entre deux mesures.
  • Les instituts de sondage appartiennent à une oligarchie qui soutient Emmanuel Macron.

La droite fait d’ailleurs souvent référence au compte Twitter Filteris qui réalise des "buzzomètres" sur la base du poids numérique des candidats. Si j’ai déjà déconstruit toutes les chimères à propos des réseaux sociaux comme indicateurs plus efficaces que les sondages, rappelons quand même les principaux griefs contre ces mesures qui relèvent davantage de la charlatanerie que de l’institut scientifique :

  • Les mentions récupérées sont essentiellement issues de Twitter (90 %), réseau social où les techniques de militants influencent grandement les relevés en plus de critères socio-démographiques totalement biaisés. Les dix autres pour cent sont récupérés en grande majorité par le biais des sites Web (95 % provenant de sites d’actualité) et de pages Facebook publiques (90 % de pages militantes ou de pages publiques de médias). La représentativité n’est donc pas présente et l’on comptabilise à de multiples reprises les mêmes occurrences médiatiques dans le calcul.
  • La tonalité, soit le fait de classer un contenu comme étant neutre, positif ou négatif est extrêmement tendancieuse. Passons le fait que 90 % des contenus sont généralement classés en neutre, les algorithmes qui sont utilisés pour classer des contenus sont en tout point bancals. En effet, lorsqu’on soumet une occurrence à une machine et la même occurrence à un humain, leurs avis divergent à hauteur de 30 %. Lorsqu’on compare deux candidats, l’écart peut ainsi être de 60 % ! On a connu plus fiable.

Cependant, ces sondages fonctionnent particulièrement auprès des supporters de Fillon puisqu’il y obtient généralement de très bons scores si l’on confronte ceux-ci aux mesures qu’il obtient dans les sondages traditionnels.

Parfois, ces sondages biaisés ne sont pas encore suffisamment avantageux au goût des militants de la patriosphère qui effectuent des modifications grossières:

Les supporters de Marine Le Pen ne sont également pas en reste puisqu’ils vont jusqu’à inventer de faux sondages aux résultats loufoques.

Pris ensuite à partie par les internautes, le trésorier du FN supprimera le sondage en blâmant Le Figaro pour n’avoir pas réagi à temps.

On le voit donc, plus que jamais les militants d’une certaine droite s’engouffrent dans la faillite des institutions telles que les médias, les instituts de sondages. Après les fake news, les fake polls, que nous réservent-ils pour la suite ? Au final, la polémique leur sied puisqu’elle permet d’encore sédimenter la part de confiance que les gens accordent aux sondages.

C’est encore une fois la preuve du mal de la décennie : faut-il réagir ou ne pas réagir ? Réagir revient à faire la publicité de controverses qui laisseront toujours des traces. Ne pas réagir revient à faire circuler des tromperies sans les déconstruire. Nous ne sommes pas sortis d’affaire.

Nicolas Vanderbiest est chercheur au Laboratoire d’Analyse des Systèmes de Communication des Organisations de l'Université Catholique de Louvain.

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