Présidentielle française: à Marseille, entre dégoût et volonté de faire bouger les choses (reportage)

Présidentielle: à Marseille, entre dégoût et volonté de faire bouger les choses (reportage)
5 images
Présidentielle: à Marseille, entre dégoût et volonté de faire bouger les choses (reportage) - © Tous droits réservés

Un week-end ensoleillé de Pâques. Dans le Vieux-Port, sur les plages, sur les placettes, les Marseillais sont de sortie. Et à une semaine du premier tour de la présidentielle, la politique est de toutes les conversations. Ou presque.

"Tout le monde en parle, tout le temps", assure Patrick, 55 ans, avec son accent chantant du Sud. 

Les gens sont dégoûtés

Mais avec les affaires qui ont émaillé la campagne, le paysage politique plus flou que jamais, après le quinquennat "désastreux" de François Hollande, "les gens sont dégoûtés", assène-t-il.

Ce que nous confirme Armelle, Rioualen Chevassu, militante pour le candidat Jean-Luc Mélenchon, croisée sur le Vieux-Port de retour d'une journée de tractage dans les quartiers Nord. 

Vers une abstention record ?

Partout dans Marseille, c'est le discours dominant. Ailleurs en France également, si on en croit une étude récente Ipsos, Sopra Steria, qui affirme que 67% des Français éprouvent de la déception, voire du dégoût ou de la colère face à la campagne.

Les personnes que nous avons rencontrées ont une piètre image des candidats.

D'après les sondages, l'abstention pourrait attendre un record lors de cette élection présidentielle. 

Je ne vais donc pas voter. Et je ne suis pas la seule...

Kenzha, 30 ans, ne votera pas. "C'est un peu Loft story cette campagne, c'est à qui va bouffer plus l’autre. Il n'y a pas de vrais arguments, de réelles intentions. Moi je vis les choses réellement, par rapport aux politiciens. Ils sont conduit par des chauffeurs, ils ne font pas les courses. Il y a une part d’hypocrisie", regrette-t-elle. "Je ne vais donc pas voter. Car les choses ne vont pas changer. Et je ne suis pas la seule..."

 

Je vais voter blanc, pour me faire entendre

Mehdi prend le soleil sur la plage des Catalans, l'une des plus populaires de Marseille. Lui, se rendra aux urnes, mais rendra un bulletin blanc, "pour montrer qu'il n'est pas d'accord".

"Je trouve que les liens entre droite et gauche se sont resserrés, on ne se retrouve plus dedans. Moi je n'ai pas forcément d’affinité avec un candidat, constate-t-il. Donc je vais voter blanc, pour me faire entendre, pour dire que ce qui se passe ne me correspond pas".

Il a été fortement marqué par les discours et comportement, "faux", des candidats. "Les politiciens devraient donner l’exemple. Il est vrai que c’est toujours les riches qui bénéficient des passe-droits. Et le peuple subit les pots-cassés. C’est dommage de donner des leçons aux autres". 

Direction les quartiers Nord

Changement radical de décor: le ciel est toujours bleu, mais les vagues et les placettes provençales ont laissé place aux HLM, aux chantiers et à la poussière.

Nous sommes dans la cité de la Busserine, l'une des plus pauvres de France. 

Quand son nom est cité dans les médias, c'est en général pour parler d'un trafic de drogue, d'armes, ou d'un règlement de compte.

C'est pour changer cette image que des jeunes du quartier ont décidé de s'inscrire au "challenge citoyen", qui vise à pousser les gens à aller voter.

Ici, le taux d'abstention au premier tour des dernières élections régionales avait atteint 70%. 30% à la présidentielle 2012.

La campagne, ça donne raison à ceux qui ne votent pas. Mais c’est le moment de changer

Dhoul, 18 ans, en BTS bio-médical, analyse : "Les gens, ils sont têtus. C’est dur. Et la campagne, ça donne raison à ceux qui ne votent pas. Mais c’est le moment de changer."

Lui-même s'est laissé convaincre par ses amis de se rendre aux urnes. "Je ne vais pas vous mentir, à la base je ne comptais pas aller voter. Parce que ça ne change rien à ma vie. Mais avec le collectif, j’ai compris que c’était important".

Les jeunes de quartiers, on dit que c’est des voyous, des bandits.

Essayer de changer les choses dans son quartier, et en France, c'est pour cela que Chadali, 18 ans, participe au challenge. 

"Depuis quelques mois, on a décidé de créer un collectif pour faire avancer les choses, pour que les jeunes aient un exemple. Les jeunes de quartiers, on dit que c’est des voyous, des bandits. Mais ici il y a des gens à l’unif, en BTS. C’est encourageant, c'est déterminant. Donc des gens peuvent se sentir motivés de suivre le mouvement…"

Suivez-nous sur les routes de France:

Voir le sujet du JT

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

Recevoir