Présidentielle bulgare: Roumen Radev le socialiste bat la candidate du Premier ministre

Présidentielle bulgare: Roumen Radev le socialiste bat la candidate du Premier ministre
Présidentielle bulgare: Roumen Radev le socialiste bat la candidate du Premier ministre - © DIMITAR DILKOFF - AFP

Roumen Radev, candidat de l'opposition socialiste jugé proche de Moscou, a remporté dimanche l'élection présidentielle en Bulgarie, selon les sondages effectués à la sortie des bureaux de vote, devant sa rivale soutenue par le Premier ministre conservateur Boïko Borissov, qui devrait démissionner.

Trois instituts de sondage donnent à cet ancien commandant des forces aériennes de 53 ans, novice en politique, un score de 58,1% à 58,5% contre 35,25% à 35,7% pour la présidente du Parlement Tsetska Tsatcheva, candidate de la majorité au pouvoir. Roumen Radev a revendiqué la victoire: "la démocratie a vaincu aujourd'hui l'apathie et la peur", a-t-il dit à la télévision publique.

Boïko Borissov, au pouvoir depuis octobre 2014, a réaffirmé dimanche son intention de démissionner en cas d'échec de Tsetska Tsatcheva. "C'est aux gens de décider: s'ils désirent une crise politique, ils l'auront", a déclaré, en votant à Sofia, le Premier ministre dont le mandat court jusqu'en 2018. Il avait averti cette semaine que sa démission interviendrait "dès dimanche soir".

Son départ devrait entraîner des législatives anticipées et une période d'incertitude pour ce pays pauvre de l'UE, qui avait connu en 2013 des manifestations massives contre la corruption et plusieurs mois d'instabilité politique. Dans le régime parlementaire bulgare, l'élection d'un nouveau président, au rôle essentiellement protocolaire, n'implique pas la formation d'un nouvel exécutif.

Contexte international porteur

Au premier tour, le général Radev avait créé la surprise en devançant la candidate de Boïko Borissov, critiquée pour son manque de charisme et cible de la déception des électeurs à l'égard de la majorité au pouvoir. Roumen Radev, sans étiquette mais soutenu par les socialistes (PSB, ex-communiste), s'est déclaré favorable à une levée des sanctions européennes contre la Russie et estime que "la Crimée (péninsule ukrainienne annexée par la Russie en 2014) est de fait russe".

Il est élu pour cinq ans et succède à Rossen Plevneliev, issu du parti au pouvoir, qui s'était distingué par ses critiques envers Vladimir Poutine. Dramatisant l'enjeu, le parti de Boïko Borissov (Gerb - "Citoyens pour un développement européen de la Bulgarie") avait appelé à la mobilisation contre "le général rouge".

Dimanche, Tsetska Tsatcheva a estimé que la victoire de Roumen Radev entraînerait "un gel des fonds européens" et "un isolement international" du pays. Dans un entretien au quotidien autrichien Die Presse paru dimanche, Rossen Plevneliev s'est dit inquiet des tentatives de la Russie de "déstabiliser l'Europe", accusant notamment Moscou de financer des mouvements hostiles à l'Union européenne, y compris en Bulgarie.

Le secteur énergétique largement dépendant de la Russie

Le secteur énergétique bulgare est très largement dépendant de la puissante présence russe et les deux pays entretiennent des liens culturels et historiques forts. M. Radev a défendu sa neutralité en rappelant être "général de l'Otan formé aux Etats-Unis" et a souligné que l'"appartenance à l'UE et à l'Otan n'a pas d'alternative".

Le président bulgare a des fonctions représentatives à l'international mais c'est le gouvernement qui définit la politique étrangère. La présidente du parlement s'était présentée en candidate de la stabilité pour le pays mais "les gens en ont assez d'écouter Gerb se vanter, alors qu'ils ne voient pas d'amélioration de leur niveau de vie", selon Antoniy Todorov, professeur de sciences politiques à la Nouvelle université bulgare.

Parvan Simeonov, directeur de l'institut Gallup parle d'un "vote de protestation" dans un "contexte international qui encourage la volonté de changement: écroulement des autorités traditionnelles en Europe occidentale, changement radical aux Etats-Unis, hausse des ambitions de la Russie".

En Moldavie, le deuxième tour de la présidentielle dimanche se joue également entre un prorusse, Igor Dodon, et une candidate proeuropéenne, Maia Sandu. "L'instabilité, nous y sommes habitués. Ce qu'il faut c'est un nouveau visage qui défende les intérêts nationaux au lieu de toujours dire +yes+ à l'Europe et aux États-Unis", analyse un électeur, Assen Dragov, 39 ans, petit entrepreneur de Sofia. Boïko Borissov reste malgré tout favori pour remporter d'éventuelles législatives anticipées, tout comme il était revenu au pouvoir en 2014, un an après sa première démission.

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