Présidentielle aux USA : quand les milices afro-américaines donnent, elles aussi, de la voix

Le deuxième amendement. Il fait partie de l’actualité américaine de façon incessante. "Une milice bien organisée étant nécessaire à la sécurité d’un État libre, le droit du peuple de détenir et de porter des armes ne doit pas être transgressé"Garantissant donc le port d’armes, le texte, voté en 1791, est un des fondements du droit outre-Atlantique.

[…] le droit du peuple de détenir et de porter des armes ne doit pas être transgressé

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Membres de la minice NFAC à Louisville, Kentucky, le 25 juillet 2020 © JEFF DEAN - AFP

Dans le gigantesque État du Texas, à Forth Worth, grande ville à côté de Dallas, des hommes, se présentant comme des "mercenaires", se sont organisés en milices. Ils sont postés à l’entrée de certains bureaux de vote, leurs armes chargées. Ils sont afro-américains. "Sans arme, nous n’avons pas de voix. Dès qu’on sort ce fusil, les Blancs écoutent" expliquent-ils. Leur but : montrer que leur communauté est là. Et ne pas se laisser intimider par des pro-Trump.


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Tension palpable

Selon eux, la personnalité de l’actuel président américain y est pour beaucoup : "Le président provoque cela. Si la tension est montée si haut, tout est possible après les élections. Je n’en ai pas peur mais je pense que ça peut arriver. Ça arrivera. Dans tous les cas, nous devons être vigilants" souligne une activiste.

Story avec des images de Fort Worth, dans l’État du Texas

Des milices comme celle-là, il y en a des milliers aux Etats-Unis. Milice vient du latin militia, service militaire. 

Dans un édifiant article paru dans le journal français Le Figaro, on peut ainsi faire connaissance avec l’une d’elles, la NFAC. L’acronyme signifie "Not fucking around coalition" ("coalition qui ne rigole pas" pourrait-on traduire sans grossièreté). L’organisation, composée de personnes noires, a pour habitude de s’opposer aux suprémacistes blancs lors des récentes manifestations antiracistes. Les deux groupes, armés, s’intimident l’un l’autre. Néanmoins, "la NFAC se veut une organisation carrée et militaire qui n’accepte pas les débordements", explique Cécile Coquet-Mokoko, professeur d’histoire culturelle des États-Unis au FigaroCe groupuscule s’inspire des Black Panthers des années 60. Elle a aussi fait parler d’elle en Georgie le 4 juillet (fête nationale américaine), lors d’un défilé pacifique, comme l’analyse Libération.

Opposés aux milices d’extrême-droite, en forte recrudescence depuis les années 80, ces groupes armés font de plus en plus parler d’eux depuis l’avènement du mouvement Black Lives Matter.


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De l’autre côté, d’autres milices, paramilitaires, sont aussi présentes sur le terrain des manifestations. Lors des manifestations de Louisville, dans le Kentucky, en septembre dernier (rassemblements en hommage à Breonna Taylor, jeune afro-américaine tuée par des policiers en mars 2020), le journal Libération s’intéressait lui à une milice blanche d’extrême droite. Trois cents membres, armés et en treillis militaires, étaient sur le terrain.

Manifestations à Louisville dans notre JT du 24 septembre 2020

Les journalistes du Monde ont rencontré eux aussi des miliciens en Virginie. Leur leader justifie l’action de son groupe armé : "Protéger notre communauté contre toute menace", du "déclin moral des Etats-Unis " aux " manifestations violentes et illégales". Pour cela, il faut selon lui aider la police et défendre ce fameux deuxième amendement.

Selon Radio-Canada, l’histoire récente des milices a pris une expansion dans les années 90. A cette époque, la NRA, le puissant lobby pro-armes américain, commence à prôner l’autodéfense armée. Cela donne donc une légitimité aux miliciens. Ceux-ci, outre l’affection toute particulière qu’ils ont pour les armes à feu, sont également très sensibles à la liberté individuelle. La liberté d’expression, notamment (qui est lui, un droit qui fait l’objet du premier amendement). Ils ne veulent plus de taxe, plus d’ordres de Washington non plus. Ils prônent un pouvoir local fort (exemple : la NFAC, citée ci-dessus, qui milite pour l’indépendance du Texas) et sont souvent conspirationnistes et volontiers survivalistes.


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Ces milices font craindre des troubles qui pourraient survenir après le scrutin présidentiel à venir. Comme les Proud Boys, ce groupe d’extrême-droite citée par le président Trump lors du premier débat face à Joe Biden"Proud Boys, mettez-vous en retrait et tenez-vous prêts" avait déclaré le candidat Républicain.

Au pays de l’Oncle Sam, la tension et les clivages entre différents groupes sont extrêmes à la veille de l’élection, ce qui fait craindre à de nombreux observateurs "des risques inédits".


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