Présidentielle au Sénégal le 24 février: quels candidats, quel contexte et quels enjeux?

Le président Macky Sall est candidat à sa propre succession
3 images
Le président Macky Sall est candidat à sa propre succession - © Tous droits réservés

Souvent présenté comme un exemple de stabilité en Afrique, le Sénégal s’apprête à se choisir un nouveau président. Nouveau ? Pas si sûr. Macky Sall, qui dirige le pays depuis sept ans, est donné grand favori de ce scrutin, et pourrait bien se voir reconduit pour un deuxième mandat présidentiel. Face à lui, quatre autres candidats se présentent. 

Le président sortant, Macky Sall, part favori

Dimanche 24 février, lors du premier tour de l’élection présidentielle, les Sénégalais se rendront donc dans les bureaux de vote pour choisir parmi cinq hommes.

À commencer par le président sortant, Macky Sall, qui se présente pour un second mandat. Il va jouer sur sa visibilité, sur son bilan aussi. A 51 ans, le candidat de la coalition Benno Bokk Yaakaar (BBY) va faire valoir ses avancées en matière d’infrastructures. Sous son mandat, le Sénégal s’est doté d’un nouvel aéroport international. Une nouvelle ville est en train de voir le jour : sortie de nulle part, Diamniadio, à une trentaine de kilomètres de Dakar, doit devenir un nouveau centre administratif, commercial et industriel, destiné à désengorger la capitale. Dans cet immense chantier, on voit s’élever, à une vitesse folle, hôtels, centre de conférence, complexe sportif, immeubles de bureaux, et autres tours de logement.

Le président sénégalais se targue aussi d’avoir réalisé plus de 200 km d’autoroutes (il n’en existait pas auparavant). Macky Sall qui, à l’approche du scrutin, a aussi multiplié les inaugurations, notamment en décembre, celle du tout nouveau Musée des civilisations noires de Dakar, et tout récemment, celle du TER, un train censé rallier Dakar à Diamniadio et plus tard à l’aéroport. Un train qui ne sera pourtant pas opérationnel avant plusieurs mois.  

Autant de réalisations qui sont destinées à favoriser le développement économique du Sénégal, mais qui n’ont que peu d’impact sur la qualité de vie des Sénégalais. 

Sur le plan social, Macky Sall revendique un programme de couverture maladie universelle, dont bénéficierait aujourd’hui près de la moitié de la population. Un système de bourses a aussi été mis en place, pour venir en aide aux familles les plus pauvres. 

Ses partisans veulent lui confier un second mandat " pour lui laisser le temps de finir ce qu’il a commencé ". C’est ce que nous explique Meriem, lors d’un rassemblement politique en faveur de Macky Sall, dans un quartier populaire de Dakar. " Le président Macky Sall nous a montré qu’il voulait tenir ses promesses. Mais sept ans, c’est trop court. Il faut lui laisser le temps de terminer ce qu’il a entamé " affirme, enthousiaste, la militante.

Face au président sortant, quatre candidats

Idrissa Seck, ancien premier ministre sous Abdoulaye Wade, du parti Rewmi, se présente pour la 3e fois à la tête du Sénégal. Après plus de 40 ans d’activisme politique, certains estiment que l’homme a fait son temps, et ne réussira pas plus cette fois.

Ousmane Sonko, est le plus jeune des cinq candidats. Il était inspecteur des impôts, avant d’être licencié de la fonction publique en 2016, alors qu’il avait dénoncé des exemptions d’impôts illégales dont bénéficiaient selon lui des parlementaires.


►►► À lire aussi Peine de cinq ans de prison confirmée pour le maire de Dakar, privé de présidentielle


El Hadji Issa Sall, dirigeant de la liste du Parti de l'unité et du rassemblement (PUR), une formation issue de la confrérie musulmane des tidjanes. Un parti à forte connotation religieuse donc, même si son leader affirme vouloir préserver la paix sociale, dans le respect des diversités religieuses et culturelles.

Madické Niang est le 5e candidat à ce scrutin. Cet avocat a été ministre pendant 10 ans, sous la présidence d’Abdoulaye Wade, au sein du Parti démocratique sénégalais (PDS). Mais fin 2018 il a rompu brutalement avec celui qui était jusque-là son mentor, pour se présenter comme candidat de la coalition Madické 2019.

Seuls cinq dossiers de candidature ont été retenus, sur 27 au total

Sous son mandat, Macky Sall a fait voter une loi sur le parrainage, un texte qui oblige tout candidat à la présidentielle à rassembler environ 52.000 signatures, soit 0,8% du corps électoral, et ce dans la moitié des régions du pays.

L’opposition avait dénoncé une manipulation du pouvoir, destinée à évincer un nombre important d’opposants, afin de favoriser une réélection du président en exercice, dès le premier tour.

Du côté de l’administration, on explique que cette sélection permet d’évincer les candidats fantaisistes, de diminuer les coûts de l’organisation de ce scrutin (notamment les dépenses de campagne) et de rendre les élections plus lisibles pour l’électeur. Lors de la dernière présidentielle, en 2012, 14 candidats briguaient la fonction suprême. 

Khalifa Sall et Karim Wade évincés de la présidentielle

Deux grands absents de ce scrutin, ce sont Khalifa Sall et Karim Wade, dont les candidatures n’ont pas été retenues en raison de leurs casiers judiciaires.

Khalifa Sall, ancien maire de Dakar, est en prison pour corruption. Il est vu comme l’opposant le plus redoutable face à Macky Sall, et beaucoup voient dans son incarcération une manœuvre politique destinée à le neutraliser. Quant à Karim Wade, fils de l’ancien président Abdoulaye Wade, il a lui aussi été écarté après sa condamnation pour enrichissement illicite.

Une inquiétude quant au déroulement de ce scrutin, ce sont les appels à la violence lancés par Abdoulaye Wade. L’ancien président, résidant en France, est revenu au Sénégal il y a quelques jours, bien décidé à empêcher la tenue de ce scrutin. Il invite ses concitoyens à saboter l’élection, en brûlant les cartes d’électeurs, mais aussi en incendiant les urnes. Reste à voir si les incantations du vieil homme de 92 ans recevront encore un écho dans la population sénégalaise.

Newsletter RTBF Info - Afrique

Chaque semaine, recevez l’essentiel de l'actualité sur le thème de l'Afrique. Toutes les infos du continent africain bientôt dans votre boîte de réception.

OK