Présidentielle au Burundi: deux manifestants tués, radios privées coupées

"Depuis ce matin 11h00, les émetteurs relais des radios Bonesha, Isanganiro et RPA ont été coupés sur ordre du gouvernement", a annoncé à l'AFP Patrick Nduwimana, directeur de la Bonesha et président de l'association burundaise des radios du Burundi (ABR).

"Depuis, nos radios sont écoutées uniquement dans la capitale; personne ne peut nous capter à l'intérieur du pays", a-t-il poursuivi.

"Le gouvernement dit que nous incitons la population de Bujumbura au soulèvement en rapportant en direct les manifestations" de dimanche, a-t-il ajouté, dénonçant "une violation grave du droit à l'information".

"Le gouvernement dit qu'il va lever la mesure après une réunion qu'on aura ensemble demain (lundi)", a ajouté M. Nduwimana.

Deux manifestants tués

Deux manifestants ont été tués par balle dimanche à Bujumbura dans des heurts entre la police et des milliers d'opposants à la candidature pour un troisième mandat du président sortant Pierre Nkurunziza.

Selon des témoins, un manifestant a été tué dans le quartier de Ngagara et un autre dans celui de Musaga, où la police a fait usage de balles réelles pour disperser les manifestants.

Le corps d'une des victimes a été laissé dans la rue, tandis que la Croix-Rouge a emporté celui de la seconde, ont ajouté plusieurs autres témoins.

Selon les médias locaux, plusieurs manifestants ont été blessés, ainsi que des policiers touchés par des jets de pierres.

"Nous avons appelé à des manifestations pacifiques et c'est bien ce qui se passait, mais la police et les milices du parti au pouvoir ont tiré à balles réelles sur les manifestants", a affirmé Frodebu Leonce Ngendakumana, un dirigeant de l'opposition.

Le ministre burundais de l'Intérieur Edouard Nduwimana a condamné ce qu'il a qualifié de "soulèvement à l'appel de certains hommes politiques et responsables de la société civile".

Dans plusieurs quartiers de la capitale burundaise, où les forces de sécurité avaient été déployées en masse, des milliers de manifestants se sont rassemblés, bravant une interdiction du gouvernement qui a récemment multiplié les mises en garde contre toute tentative de "soulèvement".

Un mandat inconstitutionnel ?

L'opposition et de nombreux pans de la société civile jugent qu'un troisième mandat du président Nkurunziza serait inconstitutionnel et contraire aux accords d'Arusha, qui ont ouvert la voie à la fin de la longue guerre civile burundaise (1993-2006).

M. Nkurunziza a été désigné candidat à la présidentielle du 26 juin lors d'un congrès samedi à Bujumbura de son parti, le Cndd-FDD.

En février, des dizaines de milliers de Burundais étaient descendus dans les rues de la capitale pour accueillir le directeur de la RPA, Bob Rugurika, tout juste libéré de prison.

Surnommée la radio des "sans-voix", la RPA est en pointe dans la dénonciation des inégalités sociales, du harcèlement politique ou encore des abus de l'administration et des forces de l'ordre.

Le ministère de l'Intérieur avait alors déjà interdit toute manifestation mais des dizaines de milliers de personnes, du jamais vu de mémoire de nombreux habitants de la capitale, étaient tout de même descendues dans la rue.

Washington regrette la candidature du président Nkurunziza à un 3e mandat

Les Etats-Unis ont déclaré samedi regretter la candidature du président du Burundi Pierre Nkurunziza à un troisième mandat au risque d'une confrontation avec l'opposition burundaise.

"Nous regrettons cette importante occasion manquée, mais le dur travail de construction des institutions et des pratiques démocratiques doit continuer", a déclaré dans un communiqué Marie Harf, porte-parole du département d'Etat américain.

Le président Nkurunziza a été désigné samedi par son parti candidat à un troisième mandat présidentiel à l'élection du 26 juin prochain. L'opposition burundaise et de nombreux pans de la société civile considèrent qu'un troisième mandat de M. Nkurunziza serait contraire à la Constitution du Burundi et aux accords d'Arusha, qui ont ouvert la voie à la fin de la longue guerre civile burundaise (1993-2006).

La porte-parole du département d'Etat a lancé une ferme mise en garde aux autorités de Bujumbura quant aux conditions dans lesquelles se dérouleront les élections présidentielle et législatives. Les Etats-Unis, a-t-elle dit, appellent toutes les parties à "faire en sorte que ces processus électoraux soient inclusifs, transparents, crédibles, libres et conduits dans un environnement dépourvu de menaces, d'intimidation ou de violence".

"Nous appelons en particulier les autorités du Burundi à respecter les droits de tous les partis politiques pacifiques et de leurs candidats à faire campagne, à tenir des meetings et des rassemblements et à exprimer leurs idées", a poursuivi Mme Harf. La porte-parole a clairement laissé entendre que Washington était prêt à prendre des sanctions si cela était nécessaire. "Les Etats-Unis continueront à observer la situation de près et à prendre des mesures ciblées, y compris, lorsque ce sera approprié, en décidant des refus de visas américains", a-t-elle dit. Les Etats-Unis "tiendront pour responsables les personnes qui participent, programment ou ordonnent des violences contre la population civile", a encore déclaré Mme Harf. "La violence n'a pas de place dans des élections démocratiques", a-t-elle insisté.


RTBF avec Belga

Newsletter RTBF Info - Afrique

Chaque semaine, recevez l’essentiel de l'actualité sur le thème de l'Afrique. Toutes les infos du continent africain bientôt dans votre boîte de réception.

OK