Présidentielle américaine: qui sont les prétendants à l'investiture démocrate ?

Il reste un an, jour pour jour. Le 3 novembre 2020, les électeurs américains se choisiront un nouveau président. Ils devront très vraisemblablement trancher entre un nouveau mandat accordé à Donald Trump et un candidat démocrate, dont il est toujours impossible, aujourd’hui, de dire le nom sans risquer de se tromper lourdement. Un petit regard dans le rétroviseur et surtout dans les sondages de l’époque permet en effet de constater qu’en novembre 2015, Donald Trump était loin de dominer la bataille républicaine : avec 24%, il ne possédait qu’un point d’avance sur Ben Carson, 10 points sur Marco Rubio et 11 points sur Ted Cruz. Et dans les hypothèses construites par les instituts de sondage, rares étaient celles qui voyaient Trump s’imposer face au candidat démocrate dont il faisait peu de doute que ce serait Hillary Clinton qui, avec 53%, se situait largement devant son rival Bernie Sanders (35%).

En allant un peu plus encore dans le passé, il est particulièrement intéressant de constater que le 4 novembre 2007, soit là aussi un an avant l’élection, la grande favorite des sondages était déjà Hillary Clinton, avec 44%, Barack Obama n’étant à l’époque crédité que de 25%. Parmi les autres prétendants démocrates, il y avait aussi un certain…Joe Biden. Les sondages ne lui accordaient que 3%. Mais un an plus tard, Barack Obama en a fait son vice-président…

17 candidats restent en lice, dont la moitié n’ont en réalité que très peu de chances

A un an de l’élection de 2020 et surtout à trois mois du lancement des primaires (début février, en Iowa), il reste 17 candidats démocrates. Au fil des prochaines semaines et plus encore des prochains mois, la liste va se réduire. A l’image de Tom Steyer, Julian Castro, Marianne Williamson, Michael Bennet, Steve Bullock, John Delaney, Wayne Messam et Joe Sestak, ceux qui ne décollent pas dans les sondages et qui ne parviennent pas à lever des fonds suffisants pour une campagne qui en réclame énormément n’auront d’autre choix que de jeter le gant, comme vient de le faire Beto O’Rourke. D’autres avaient déjà renoncé, comme Bill de Blasio, le maire de New York qui n’a jamais réussi à décoller dans les sondages ; la sénatrice Kirsten Gillibrand, qui avait centré sa campagne sur le droit des femmes, ou encore Tim Ryan, ce député de l’Ohio dont le réseau politique et la renommée étaient décidément trop limités pour s’aventurer dans une telle aventure.

Pour l’instant, Joe Biden semble toujours le favori des sondages. A 76 ans, l’ancien vice-président des Etats-Unis sait parfaitement à quoi s’attendre, il a déjà brigué par deux fois l’investiture de son parti, pour la présidentielle de 1988 puis celle de 2008. En 2016, après la perte de son fils vaincu par le cancer, il avait expliqué n’avoir pas la force de se lancer dans une campagne qui ne fait pas de cadeau. Figure centriste du Parti démocrate entretenant un lien de proximité avec l’Amérique des "cols bleus", celle qui a fait défaut à Hillary Clinton en 2016, sa candidature pose cependant des questions, à commencer par son âge mais aussi son positionnement, trop modéré pour une partie de l’électorat démocrate qui réclame de nouveaux visages et une politique plus radicale. D’éventuelles révélations dans l’enquête désormais officielle – dont les auditions seront donc publiques – à propos de l’Ukraine pourraient aussi lui être défavorables.

Warren favorite du dernier sondage pour remporter la primaire de l’Iowa

Surnommée "Pocahontas" par Donald Trump, la sénatrice du Massachusetts Elisabeth Warren, âgée de 69 ans, axe sa campagne sur les droits des travailleurs, la justice salariale et l’accès à la santé. Elle a récemment expliqué comment elle comptait financer son projet coûteux de réforme de la santé. Selon elle, il faudrait 20.500 milliards de dollars pour faire passer les Etats-Unis vers un système de couverture universelle. Près de la moitié de cette somme viendrait des employeurs, qui contribueraient au système public de santé au lieu de co-financer les assurances privées de leurs employés. Et le solde serait financé le reste "avec des coupes ciblées dans la défense, de nouveaux impôts visant les groupes financiers, les grandes corporations et le 1% d’Américains les plus riches, tout en luttant contre l’évasion et la fraude fiscales", a expliqué son équipe de campagne. Selon un récent sondage, elle arriverait en tête lors de la primaire de l’Iowa, la toute première du calendrier, qui focalise forcément l’attention du public et des médias.

Rival malheureux d’Hillary Clinton qu’il avait cependant poussée dans ses retranchements par un discours résolument ancré à gauche en 2016, ce qui lui avait permis de s’imposer dans 23 Etats, le sénateur indépendant Bernie Sanders, 77 ans, n’a pas renoncé à devenir le prochain locataire de la Maison-Blanche, malgré une hospitalisation au début du mois d’octobre après une crise cardiaque. Ses arguments n’ont pas franchement changé, et s’il ne domine pas les sondages, il est en revanche celui qui a réussi à lever le plus de fonds (61,5 millions de dollars) pour sa campagne, devant Pete Buttigieg (51,5 millions de dollars), Elisabeth Warren (49,8 millions de dollars) et Joe Biden (37,6 millions de dollars).

Pete Buttigieg pourrait être la surprise de cette campagne

Maire de South Bend, une ville de 100.000 habitants dans l’Indiana, Pete Buttigieg est l’une des révélations de cette pré-campagne. Il a en tout cas réussi à séduire assez de donateurs pour financer sa campagne. Fils de profs d’université, diplômé de la prestigieuse Harvard, polyglotte, pianiste et chrétien pratiquant, il a été réélu facilement dans sa ville après un bon bilan et avoir fait son coming out dans la presse locale (il s’est marié avec son compagnon à l’église). Entre-temps, ce lieutenant réserviste de l’US Navy a été déployé sept mois en Afghanistan en tant qu’officier du contre-espionnage. Agé de 37 ans, il est le benjamin de la course. Mais il explique avec un certain plaisir que ses deux mandats de maire lui confèrent plus d’expérience en matière de gouvernance que Donald Trump. Favorable à un contrôle plus strict des armes et à des actions concrètes pour lutter contre les changements climatiques, Pete Buttigieg pourrait être la surprise de l’élection à venir.

Élue de Californie et adversaire déclarée de la politique migratoire de Donald Trump, la sénatrice Kamala Harris, 54 ans, est l’une des étoiles montantes au sein des démocrates et pourrait profiter de l’évolution électorale du parti, où les jeunes, les femmes et les électeurs issus des minorités ethniques exercent une influence croissante. Ce qui vaut aussi pour Amy Klobuchar, 58 ans, qui effectue son troisième mandat de six ans comme sénatrice du Minnesota. Elle a notamment attiré l’attention l’an dernier pour ses échanges très vifs avec Brett Kavanaugh lors de ses auditions de confirmation à la Cour suprême. Ses questions lui ont valu la reconnaissance des cercles démocrates pour avoir oeuvré au progrès du mouvement #MeToo contre le harcèlement et les agressions sexuelles.

Déjà qualifié pour le prochain débat des démocrates – ce sera le cinquième – le 20 novembre à Atlanta, Andrew Yang devra y briller sous peine de devoir lui aussi abandonner ses prétentions. Entrepreneur et ancien dirigeant du secteur des nouvelles technologies, il milite pour la mise en place d’un revenu mensuel universel de 1.000 dollars pour chaque citoyen âgé de 18 à 64 ans et propose un capitalisme "centré sur l’humain". Agé de 44 ans, ce fils d’émigrés venus de Taiwan compte sur l’aile gauche du parti mais aussi sur les jeunes pour lui permettre d’être celui qui pourra défier Donald Trump en novembre 2020.

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