Quels sont les principaux atouts de Kamala Harris pour aider Joe Biden à devenir président des Etats-Unis?

Joe Biden, candidat démocrate à l’élection présidentielle américaine, a donc choisi sa colistière au bout d’un suspense qui n’en était plus un. La sénatrice Kamala Harris, 55 ans, dispose de plusieurs atouts pour aider Joe Biden dans la course à la présidence.

Femme et noire

Joe Biden s’était engagé dès le début de sa campagne à choisir une femme comme numéro 2, n’en déplaise à Donald Trump. Kamala Harris est seulement la troisième femme à se présenter pour un ticket présidentiel, après Geraldine Ferraro en 1984 et Sarah Palin en 2008, qui n’ont pas été élues. Fille d’immigrés jamaïcain et indiennes, elle est la première femme noire à être nommée à ce poste.

Une pionnière, comme elle l’avait déjà été dans le monde judiciaire : procureure à San Francisco, puis procureure générale de Californie, devenant alors la première femme, mais aussi la première personne noire, à diriger les services judiciaires de l’Etat le plus peuplé du pays. En janvier 2017, elle avait prêté serment au Sénat à Washington, devenant seulement la seconde sénatrice noire dans l’histoire américaine.


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Une complicité évidente avec Biden

Selon Jean-Eric Branaa, spécialiste des Etats-Unis et maître de conférences à l’Université Paris 2 Panthéon-Assas, la complicité entre les candidats est un atout non négligeable dans le ticket Biden/Harris : "Elle s’entend très bien avec lui, leurs caractères sont compatibles. Ils se connaissent très bien. Elle a travaillé avec Beau Biden, le fils de Joe, aujourd’hui décédé. Ils ont appris à se connaître, et leurs liens se sont resserrés une fois qu’elle devenue sénatrice, malgré la candidature de Kamalia Harris à la primaire démocrate".

Plus encore que cette amitié, Jean-Eric Branaa souligne la proximité politique entre les colistiers : "Joe Biden avait déjà défini le profil du meilleur vice-président en soulignant qu’il devait être capable de s’effacer dans l’ombre du président. C’est exactement ce qu’il avait fait lui-même en tant que vice-président de Barack Obama, et qui avait très bien fonctionné, et c’est ce qu’il attend de sa colistière".

Pragmatique et compétente, elle partage les mêmes idées que Joe Biden

Pour Tanguy Struye, professeur en relations internationales à l’UCLouvain, Kamala Harris était le meilleur choix possible parmi la dizaine de candidates à la vice-présidence potentielle : "Elle est extrêmement compétente, sa carrière le prouve. A l’inverse de Donald Trump, elle maîtrise parfaitement ses dossiers".

Les colistiers ont le plus souvent des opinions différentes du candidat président, afin d’élargir au maximum la base électorale du ticket présidentiel. Ce n’est pas vraiment le cas de Kamala Harris, selon Tanguy Struye : "Elle partage à 90% les idées de Joe Biden, surtout sur la politique internationale, que ce soit le respect des alliés, le respect des Accords de Paris, etc. Si Joe Biden est élu, on devrait retourner vers une politique internationale proche de celle de Barack Obama, avec moins d’interventionnisme, et beaucoup plus de multilatéralisme".

Kamala Harris défend les valeurs démocrates d’aujourd’hui

Pour Jean-Eric Branaa, Kamala Harris défend avant tout les valeurs démocrates actuelles : "Elle est très engagée pour le droit à l’avortement, le droit des femmes, l’environnement, pour la défense des minorités, elle coche toutes les bonnes cases. Elle a même été adoubée par les progressistes en refusant l’intrusion du grand capital dans sa campagne à la candidature démocrate, n’acceptant que les petits dons". 

Bien plus qu’en politique internationale, c’est donc sur la politique intérieure et l’esprit démocrate que Biden et Harris sont les plus proches.

Un parti démocrate derrière le duo Biden/Harris

Contrairement à l’élection présidentielle de 2016, le parti démocrate semble rangé derrière son duo présidentiel. Si Madame Harris avait posé sa candidature au début des primaires démocrates, elle s’était rapidement retirée. Joe Biden, de son côté, s’est assuré du soutien de son ancien rival, Bernie Sanders.

Kamala Harris, de par sa réputation de fermeté lorsqu’elle était procureure, devrait rassembler les démocrates les moins à gauche, voire, et c’est un pari pris par Joe Biden, les républicains du centre. Une réputation de fermeté et un soutien tiède de la part de la minorité afro-américaine que tempère Jean-Eric Branaa : "Dire que les minorités ne soutiennent pas la candidature de Kamala Harris et lui reprocher d’avoir fait son boulot de procureur, c’est un peu de la propagande. Elle n’a fait que son travail, certes avec fermeté, mais c’est normal. Elle a même pour elle un excellent bilan, en favorisant les peines d’intérêt général en lieu et place des condamnations. Aujourd’hui ce que voient les minorités, c’est une candidate afro-américaine, point. Et ils vont voter pour elle".

Une jeune vice-présidente

Joe Biden est âgé de 77 ans. Un âge presque vénérable pour un président des Etats-Unis. A 78 ans en janvier, Joe Biden serait le plus vieux président américain à prendre ses fonctions s’il remportait l’élection (Donald Trump était âgé de 70 ans en janvier 2017).

En laissant entendre qu’il ne ferait qu’un mandat et en désignant déjà Kamala Harris comme dauphine pour l’élection de 2024, Joe Biden évite d’avoir à subir la concurrence d’un vice-président trop ambitieux. Tanguy Struye : "Joe Biden a évidemment choisi Kamala Harris pour sa personnalité, sa prestance, son charisme, mais également parce qu’elle ne rentrera pas en concurrence avec le président, s’il est élu. C’est même un choix rêvé pour la présidentielle de 2024".

Prête à être présidente au premier jour

Elle pourrait même être appelée à remplacer le président en cas de grave souci de santé, ou de décès, ce dont est parfaitement conscient Joe Biden, qui cherchait une vice-présidente qui soit "prête à être présidente au premier jour ".

Le retour du rêve américain

Reste à savoir si les Américains sont prêts à voter pour le ticket Biden/Harris, sachant que cette dernière pourrait devenir la première présidente, femme et noire. Aucun doute pour Jean-Eric Branaa : "La question est plutôt de savoir s’ils vont voter tout court. Et c’est là que se situe l’importance de Kamala Harris : depuis sa nomination, on ne parle plus que d’elle ! Il s’est passé quelque chose, une hystérisation et une idéalisation de la campagne que tout le monde attendait. Les petites filles américaines peuvent dire à leur papa 'Quand je serai grande, je veux être présidente des Etats-Unis'. La communauté afro-américaine revit ce qu’elle a vécu en 2008 avec Barack Obama, c’est le retour du rêve américain".

Un atout non négligeable pour la candidature démocrate.

 

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