Prendre l'avion plutôt que le train pour aller à Londres en partant d'Anvers ?

Depuis le début du mois de septembre, la nouvelle compagnie aérienne belge Air Antwerp propose trois vols par jour entre Anvers et Londres. Dans un contexte indiscutablement défavorable au transport aérien – certains militent pour réduire considérablement les voyages en avion, il y a aussi de nouvelles taxes sur les billets annoncées dans plusieurs pays d’Europe – cela a-t-il du sens de rejoindre la capitale britannique en avion alors qu’il est possible de faire le trajet en train ? Une certitude, la formule rencontre un certain succès. Pour tenter de le comprendre, nous avons fait l’expérience d’un trajet aller en avion et retour en train.

Ce matin-là, nous arrivons à l’aéroport d’Anvers à 6hr15. Le parking est tout proche, à quelques dizaines de mètres seulement de l’entrée et nettement moins cher qu’ailleurs (maximum 10 euros pour un jour). Le premier vol vers Londres de la journée est prévu à 7h10, moins d’une heure plus tard. Mais on est malgré tout largement à l’avance. Certains passagers, visiblement habitués, vont arriver une demi-heure à peine avant le vol. Il faut dire que l’enregistrement et le contrôle de sécurité avant d’accéder à la zone d’embarquement se font en quelques minutes à peine.

Soudain, dans les haut-parleurs, une mauvaise nouvelle : pour cause d’épais brouillard au-dessus de Londres, le vol est retardé d’une heure au minimum. En réalité, ce sera quasiment une heure et demi. Assez étonnamment, cela ne semble pas susciter l’énervement que l’on observe généralement dans un grand aéroport " traditionnel " lorsqu’un retard de ce genre est annoncé. Là, à Anvers, la grande majorité des passagers sortent un ordinateur ou une tablette de leur mallette et se mettent à travailler. Il faut dire que tous ces passagers, ou presque, sont là dans le cadre de leur travail, et c’est exactement ce public cible que vise la compagnie Air Antwerp : "Il existe autour d’Anvers un marché sépcifique" explique Yves Panneels, le porte-parole de la compagnie, "ce marché est composé de la très importante communauté portuaire et des trois secteurs tout aussi importants que sont le diamant, la pétrochimie et la finance".

L'arrivée en plein coeur de Londres, après un spectaculaire survol de la capitale britannique

Terminant son café devant son ordinateur, un membre de la banque privée anversoise Delen confirme l’intérêt de ce vol pour les femmes et les hommes d’affaires qui vivent en région anversoise: "J’habite à dix minutes de l’aéroport" nous explique-t-il, "et cette possibilité de prendre l’avion du matin, de passer quelques heures à Londres et puis de revenir en fin de journée me fait en réalité gagner 4 heures par rapport à ce que je devrais faire si je m’y rendais en train, ce que j’ai fait pendant un an avant le redémarrage de cette ligne aérienne Anvers-Londres".

Et c’est évidemment cet argument-là qui permet à Air Antwerp de remplir les cinquante places de son Fokker 50, un avion à hélices, qui consomme deux fois moins de carburant qu’un moteur à réaction. Dans l’avion, où les sièges sont pratiquement tous occupés et qui décolle finalement avec près d’une heure et demi de retard, une boisson est proposée aux passagers. Il ne faut pas tarder, car un peu moins d’une heure après avoir quitté le sol anversois, nous arrivons à l’aéroport de London-City, non sans avoir survolé le centre de la capitale britannique puisque cet aéroport est presque littéralement au cœur de la ville. Tout comme à Anvers, les contrôles d’identité sont très rapides. Et la connexion avec le centre de Londres est plutôt simple, en métro.  C’est l’heure de pointe, il y a donc du monde sur les quais et dans les rames de métro, mais trois changements de ligne plus tard, nous sommes sortons de la station Charing Cross, sur Trafalgar Square. Depuis le moment où nous avons franchi la porte de l’aéroport d’Anvers, il s’est écoulé 4 heures et 30 minutes.

Précision utile, la plupart des passagers d’Air Antwerp ne se rendent pas au centre-ville, mais au centre d’affaires, juste à côté de l’aéroport.

Londres - Anvers avec l'Eurostar

Le temps de trouver un souvenir et d’une tasse de thé, nous commençons notre trajet retour en direction de l’aéroport d’Anvers. Mais cette fois, nous allons donc prendre le train, à l’immense et impressionnante gare St Pancras, que l’on rejoint très facilement en métro à partir de la station Leicester Square, à quelques centaines de mètres de la colonne au-dessus de laquelle trône la statue de l’amiral Nelson. Contrairement à l’aéroport d’Anvers, il est clairement conseillé d’arriver un peu à l’avance à St Pancras, car il y a beaucoup de monde, et les contrôles prennent forcément un peu de temps. Entre Londres et Bruxelles, il y a 9 trains par jour, chaque train peut accueillir 900 personnes.

Deux heures plus tard et après avoir fait un arrêt à Lille, nous sommes à Bruxelles-Midi. Le train est à l’heure, nous avons donc 15 minutes pour nous rendre sur le quai n°20 où doit arriver le train vers Anvers, ou plus précisément vers Anvers-Berchem, histoire de prendre l’un des bus De Lijn qui passent par l’aéroport. Au total, le trajet retour aura lui aussi nécessité 4 heures et 30 minutes, soit le même temps que le trajet en avion du matin retardé par le brouillard. Au niveau des prix, la comparaison est difficile tant ils varient notamment en fonction de la date de réservation mais ils sont à peu près du même ordre. En revanche, si l’on considère le point de vue environnemental, il n’y a évidemment "pas photo" entre le train et l’avion, mais là aussi, une comparaison précise est ardue tant il est compliqué de trouver l’empreinte carbone de ce vol effectué dans un avion à hélices.

La conclusion, c’est que ce vol entre Anvers et Londres s’adresse véritablement à un public très ciblé, composé essentiellement de femmes et d’hommes d’affaires qui doivent arriver tôt à Londres et peuvent en repartir en fin d’après-midi. Depuis le lancement de la compagnie début septembre, il est arrivé que quelques passagers se rendent à Londres pour y faire du tourisme ou du shopping, mais ils sont vraiment minoritaires.

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