Premier porte-avions pour la Chine, les Etats-Unis inquiets

La Chine lance aujourd'hui son premier porte-avions
La Chine lance aujourd'hui son premier porte-avions - © EPA/KCNA/YONHAP

La Chine lançait aujourd’hui le tout premier porte-avion de son histoire. "Shi Lang" illustre la montée en puissance militaire de la Chine. Une puissance qui finit par inquiéter les Etats-Unis et ses alliés.

"Dans la guerre moderne, le vainqueur est celui qui consent à jeter l'argent par les fenêtres" écrivait au siècle dernier, l’écrivain chinois Lao She. Qu’à cela ne tienne. Avec un poids 55 000 tonnes, 300 mètres de long pour 70 de large, "Shi Lang" pourra transporter une quinzaine de chasseurs et jusqu’à vingt hélicoptères.

Premier porte-avions de la marine chinoise, ce nouveau bâtiment entend renforcer la puissance maritime de la Chine. "Nous sommes déjà une puissance maritime donc nous avons besoin d'un équipement approprié (...), comme les Etats-Unis ou jadis l'empire britannique" a déclaré à Reuters Ni Lexiong, expert de la politique maritime chinoise à l’Université de science politique de Shanghai. Mais Ni Lexiong tient à relativiser cette démonstration des capacités militaires grandissantes de la Chine : "Sa portée symbolique dépasse son importance pratique".

Pourtant, cela fait déjà plusieurs années que la Chine met les bouchées doubles pour rattraper son retard militaire. Depuis 1989, le budget de la Défense chinoise a crû de près de 13% chaque année. En mars, le gouvernement a annoncé des dépenses militaires à hauteur de 92 milliards d’euros pour cette année, soit 1,6% du PIB chinois.

De l’argent qui est avant tout utilisé pour moderniser cette Armée Populaire de Libération mise en place en 1927 par Mao. Car si ce n’est son premier porte-avions, la Chine est déjà la deuxième armée du monde en taille. Le pays compte plus de 7000 chars, 3400 avions, un millier de missiles dont 400 à têtes nucléaires et quelques 2,3 millions de soldats (contre 4,3 millions dans les années 80, preuve de la modernisation de ses effectifs).

Une armée moderne…

Une modernisation qui passe aussi par les innovations technologiques. L’Empire du Milieu serait par exemple en train d’assembler des bombardiers furtifs semblables aux B-2 américains. Les autorités militaires chinoises ont par ailleurs déclaré cette année avoir testé avec succès un nouveau modèle d’avion de combat semblable aux F-16, lui aussi indétectable sur les radars. Un autre projet prévoit de créer un missile balistique capable de produire  une impulsion magnétique qui grillerait instantanément l’électronique de n’importe quel appareil.

La Chine continue de prétendre qu’il s’agit d’un arsenal uniquement défensif. Mais ce déploiement de force crispe de plus en plus les Etats-Unis. "Il est inévitable que les pays voisins vont s'inquiéter, surtout après les récentes querelles en mer de Chine méridionale et l'accrochage maritime entre la Chine et le Japon l'année dernière" explique à Reuters Chengxin Pan de l’Université de Deakin en Australie.

…qui en inquiète certains

Pour Roger Cliff, chercheur militaire indépendant et ancien responsable au Pentagone : "La capacité offensive chinoise va incroyablement augmenter dans la prochaine décennie. Plus que repousser les coups elle sera capable d’envoyer des attaques de missiles de croisière et balistiques".

On pourrait pourtant croire qu’avec 675 milliards de dollars prévus pour 2012 (contre 92 prévus pour la Chine), le Pentagone ne devrait pas être aussi inquiet. Mais cette montée en puissance risque de modifier les jeux de pouvoir dans la région.

Tout d’abord le cas de Taïwan. La Chine a toujours menacé d’envahir l’île si elle venait à déclarer officiellement son indépendance. Encore aujourd’hui, Pékin maintient plusieurs centaines de missiles pointés vers les côtes taïwanaises. Cette invasion a toujours été évitée grâce à la présence des Etats-Unis dans la région.

Au niveau géopolitique, la Chine a en effet déjà déclaré que ces eaux territoriales s’étendaient à plusieurs centaines de kilomètres au-delà de ses côtes. Une zone que les Etats-Unis considèrent comme faisant partie des eaux internationales.

D’ailleurs les confrontations de la Chine à l’égard des alliés des américains en mer de Chine du Sud, se multiplient depuis plusieurs années. Des échauffourées avec des navires américains se sont même produites en mer Jaune, rapporte le site AmericaToday.

Cette zone qui s’étend sur près d’un million de kilomètre carré est en effet riche en pétrole et en gaz naturel, dont la Chine a désespérément besoin pour maintenir son niveau de croissance.

L’Inde également menacée

Une présence chinoise qui se renforce aussi sur la terre ferme. Ici c’est l’Inde qui risque de voir son influence diminuer au profit des Chinois. En juillet dernier, lors de la visite du Premier ministre pakistanais Yousuf Raza Gilani, Pékin a affirmé vouloir travailler étroitement avec le Pakistan pour améliorer la relation entre les deux pays et favoriser leur collaboration dans tous les domaines.

Selon le Premier pakistanais "de nombreux accords ont été signés entre les deux pays. Dans des domaines aussi divers que la stabilité économique, les infrastructures, l’agriculture et la défense". Des troupes chinoises ont également été mobilisées près de la ligne de contrôle indienne du Cachemire.

Si cette pression grandissante de la Chine est évidemment à surveiller, il est sûrement prématuré de s’inquiéter outre mesure. "La Chine n’a jamais menacé aucune nation" a rappelé le ministre de la Défense Liang Ganglie lors d’une conférence à Singapour. Et puis, un proverbe chinois ne dit-il pas "A fleuve calme, rive fleurie" ?

Stanley Destrée avec American Today et agences

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK