Poutine: "La Russie se réserve le droit de recourir à tous les moyens"

Vladimir Poutine
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Vladimir Poutine - © GEORGES GOBET - BELGAIMAGE

Les Etats-Unis ont "suspendu tous les liens militaires" entre Washington et Moscou à la suite de l'intervention russe en Crimée, a annoncé lundi le Pentagone. L'Union européenne agite la menace de sanctions et convoque un sommet des chefs d'Etats et de gouvernements. Vladimir Poutine de son côté affirme que l'usage de la force militaire n'est pas nécessaire pour le moment en Crimée mais qu'il se réserve le droit de recourir à "tous les moyens" pour protéger ses citoyens en Ukraine. Suivez les événements de la journée.

13:10

Des observateurs de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) vont se rendre à la demande du gouvernement ukrainien en Crimée.

13:00

Les forces russes (NDLR, Vladimir Poutine affirme que ce ne sont pas de soldats russes) qui encerclent la base aérienne ukrainienne de Belbek, près de Sébastopol en Crimée, ont tiré des coups de semonce sur les militaires ukrainiens qui tentaient de s'approcher, a annoncé mardi à l'AFP un officier ukrainien.

"Ils ont tiré plusieurs coups en l'air et ont dit qu'ils ouvriraient le feu s'ils continuaient de s'approcher", a-t-il dit.

Les soldats ukrainiens se sont arrêtés et sont restés à l'extérieur de la base, selon la même source.

Les forces russes encerclent la base de Belbek à l'intérieur de laquelle se trouvent des dizaines de soldats ukrainiens.

11:36

Vladimir Poutine affirme qu'un coup d'Etat a eu lieu en Ukraine. Il dénonce "une prise de pouvoir par les armes" et affirme que Viktor Ianoukovitch est le seul président légitime en Ukraine. Il déclare cependant avoir dit à Viktor Ianoukovitch qu'il n'avait plus d'avenir politique. L'ex-président ukrainien s'est réfugié en Russie après avoir quitté précipitamment Kiev le 22 février dernier. Le président russe a ajouté que Ianoukovitch, qu'il considère néanmoins comme le seul président légitime d'Ukraine, aurait été assassiné s'il était resté en Ukraine

Vladimir Poutine affirme également que les groupes armés qui ont pris le contrôle de la Crimée ne sont pas des soldats russes.

Il précise que l'usage de la force militaire en Crimée n'est pas nécessaire pour le moment, mais que la Russie en a la possibilité. La Russie se réserve le droit de recourir à "tous les moyens" pour protéger ses citoyens en Ukraine, affirme-t-il. "Toute décision d'employer les forces armées russes en Ukraine sera légitime".

"Si nous prenons la décision d'utiliser les forces armées en Ukraine, elle sera tout à fait légitime, en complet accord avec le droit international, dans la mesure où nous avons une demande du président légitime (Viktor Ianoukovitch). Nos obligations coïncident dans ce cas avec nos intérêts à défendre les gens que nous considérons proches du point de vue historique, culturel, économique", a-t-il déclaré, précisant que cela relèverait alors d'une "mission humanitaire".

Le président russe a par ailleurs prévenu ceux qui envisagent des sanctions contre la Russie que "ces menaces sont contre-productives et nuisibles".

11:30

Gazprom a décidé de mettre fin à partir du mois d'avril à la baisse du prix du gaz vendu à l'Ukraine, accordée en décembre dans le cadre d'un plan de sauvetage de cette ex-république soviétique, a annoncé mardi le patron du géant russe, Alexeï Miller

"Étant donné que l'Ukraine ne remplit pas ses obligations, ne remplit pas les accords sur l'octroi d'un rabais signés comme avenant au contrat, Gazprom a décidé de ne pas prolonger la durée de ce rabais, et ce dès le mois prochain", a déclaré la patron, cité par les agences russes, suggérant par ailleurs d'accorder entre 2 et 3 milliards de dollars à Kiev pour régler sa dette gazière.

11:27

L'Union européenne annonce que le nouveau Premier ministre ukrainien, Arseni Iatseniouk, rencontrera les dirigeants de l'Union européenne jeudi à Bruxelles avant leur sommet extraordinaire. La discussion portera sur la situation en Ukraine mais aussi sur les besoins de ce pays, a-t-on précisé de source européenne.

10:30

Un entretien "long et difficile" avec le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov n'a pas permis de dire qu'une solution à la crise ukrainienne est en vue, a dit à la presse à Genève le chef de la diplomatie allemande Franz Steinmeier.

"J'ai eu un entretien difficile, long et très sérieux mais il n'a pas été suffisant pour dire qu'une solution est en vue", a affirmé mardi le ministre allemand après sa rencontre lundi soir avec Sergueï Lavrov. "Je ne peux pas lancer un signal pour dire que nous sommes en bonne voie de trouver une solution et que l'Ukraine et la Russie vont se parler".

Début de matinée

Cité par les agences de presse russes, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a annoncé que le président russe Vladimir Poutine avait ordonné aux soldats russes qui étaient engagés dans des manoeuvres militaires de retourner dans leurs casernes.

Les Etats-Unis ont "suspendu tous les liens militaires" entre Washington et Moscou à la suite de l'intervention russe en Crimée, a annoncé lundi le Pentagone. L'Union européenne agite la menace de sanctions et convoque un sommet des chefs d'Etats et de gouvernements.

Le point mardi matin: où en est-on ?

Côté USA

Les Etats-Unis ont "suspendu tous les liens militaires" entre Washington et Moscou à la suite de l'intervention russe en Crimée, a annoncé lundi le Pentagone

"Cela comprend les exercices et réunions bilatérales, les escales de navires et les conférences de planification militaire", affirme le porte-parole de la défense américaine, le contre-amiral John Kirby, dans un communiqué.

"Nous appelons la Russie à la désescalade de la crise en Ukraine et les forces russes en Crimée à retourner dans leurs bases", ajoute le porte-parole du Pentagone, selon qui les militaires américains "surveillent de près" l'évolution de la situation et sont en "contact étroit" avec les alliés des Etats-Unis, notamment les pays de l'Otan.

Washington n'a pas changé sa posture militaire en Europe ou en Méditerranée à la suite de l'intervention militaire russe dans la province ukrainienne de Crimée.

Le président américain Barack Obama a assuré de son côté que "le monde est largement uni pour reconnaître que les mesures prises par la Russie représentent une violation de la souveraineté ukrainienne (...) et une violation du droit international".

Il a brandi la menace de "mesures économiques et diplomatiques qui isoleront la Russie" et qui "auront un impact négatif sur (son) économie et son statut à travers le monde."

Signe de la guerre des nerfs qui oppose l'Ukraine et la Russie, un responsable du ministère ukrainien de la Défense a fait état d'un nouvel ultimatum enjoignant les militaires ukrainiens à se rendre, sous peine d'être attaqués.

Côté Europe

L'Union européenne a exhorté lundi la Russie à faire baisser la tension en Ukraine d'ici à jeudi, en la menaçant de sanctions si ses troupes ne se retiraient pas de Crimée.

Preuve de la gravité de la situation, un sommet extraordinaire rassemblera jeudi à Bruxelles les chefs d'Etat et de gouvernement des 28 pays de l'UE.

Réunis dans l'urgence lundi, les ministres des Affaires étrangères ont exprimé leur "extrême inquiétude", selon le Français Laurent Fabius. Car l'Ukraine "est la pire crise en Europe depuis la chute du mur de Berlin", a estimé l'Allemand Frank-Walter Steinmeier.

Les ministres ont directement mis en cause Moscou en condamnant la "violation manifeste de la souveraineté ukrainienne" par les "actes d'agression des forces armées russes".

Ils ont appelé la Russie à prendre "des mesures rapides et concrètes de désescalade" avec, en premier lieu, "le repli" des forces russes déployées ces derniers jours en Crimée "dans leurs zones de stationnement permanentes".

Si ce n'était pas le cas, les dirigeants européens pourraient décider jeudi de suspendre des négociations sur la libéralisation des visas ou sur un nouvel accord de coopération.

L'UE "envisagera aussi des mesures ciblées", à savoir des sanctions visant des personnalités ou des entités sous la forme de gel des avoirs ou de privation de visas.

"Cela veut dire concrètement que les ponts seront coupés sur beaucoup de sujets", a souligné M. Fabius.

Les ministres ont décidé d'accorder deux jours à la Russie afin de favoriser "le dialogue", alors que l'activité diplomatique s'annonce intense.

La représentante de la diplomatie de l'UE, Catherine Ashton, rencontrera mardi à Madrid le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, avant de se rendre le lendemain à Kiev.

"Le dialogue à tous les niveaux est très important", a insisté Mme Ashton, car "nous voulons vraiment que cette situation soit résolue rapidement, et plus important encore, de façon pacifique".

M. Lavrov a cependant dénoncé les menaces de "sanctions" brandies par "ceux qui essaient d'interpréter la situation comme une agression" de la part de la Russie.

A Bruxelles, certains ministres, essentiellement ceux des pays d'Europe de l'Est voisins de la Russie, ont souhaité que l'UE adopte une ligne plus ferme à l'égard du président Vladimir Poutine.

"Nous savons que chez les rapaces, l'appétit vient en mangeant. L'enjeu pour le monde libre est de s'opposer à cette logique", a déclaré Radoslaw Sikorski, le chef de la diplomatie polonaise.

"Certains en Russie restent impressionnés par l'usage de la force militaire", a renchéri le Suédois Carl Bildt. Mais "ce n'est pas le meilleur moyen de se faire des amis en Europe et dans le monde", et "les Russes vont s'en apercevoir, pas aujourd'hui ou demain, mais un peu plus tard", a-t-il ajouté.

Devant le Parlement européen, l'émissaire du gouvernement ukrainien pour la Crimée, Boris Tarasiuk, a également exhorté l'UE à adopter "une approche beaucoup plus ferme" à l'égard de la Russie.

La principale décision prise jusqu'à présent est d'ordre diplomatique, avec la suspension, annoncée dimanche par les pays du G7 (Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Italie, Japon et Royaume-Uni), des préparatifs en vue du sommet du G8 de Sotchi en juin.

Côté ONU

Le président ukrainien déchu Viktor Ianoukovitch a demandé à Vladimir Poutine une aide militaire "pour défendre la population ukrainienne", a assuré lundi l'ambassadeur russe à l'ONU Vitali Tchourkine.

Il s'exprimait lors d'une réunion du Conseil de sécurité sur la crise en Ukraine qui a tourné une nouvelle fois au dialogue de sourds entre Moscou et les Occidentaux.

M. Tchourkine a cité un "message" au président russe dans lequel M. Ianoukovitch affirme que "l'Ukraine est au bord de la guerre civile à la suite des événements intervenus à Kiev".

"Des vies sont menacées (...) des gens persécutés", souligne le message. L'ex-président ukrainien y "demande l'utilisation des forces armées de la Fédération de Russie pour protéger la population ukrainienne".

Selon Moscou, M. Ianoukovitch, réfugié en Russie, est toujours le président légitime de l'Ukraine.

L'intervention russe en Crimée a pour objectif de "défendre nos compatriotes et nos citoyens", a déclaré l'ambassadeur russe, répétant la position de Moscou. Il a accusé "les vainqueurs (à Kiev) de piétiner les droits fondamentaux" des minorités pro-russes et de "menacer nos compatriotes et la flotte de la Mer noire", concluant: "les actions de la Russie sont légitimes".

Tour à tour, l'ambassadrice américaine Samantha Power et ses homologues britannique, Mark Lyall Grant, et français, Gérard Araud, ont réfuté les arguments russes.

L'initiative russe en Crimée "n'est pas une mission de protection des droits de l'homme mais une violation des lois internationales et de la souveraineté de l'Ukraine", a affirmé Mme Power. "C'est un acte d'agression et il doit cesser". "Il n'y a aucune preuve de violences contre les communautés russes ou pro-russes" en Ukraine, a-t-elle martelé. "La Russie réagit à une menace imaginaire". Pour les Etats-Unis, a-t-elle ajouté, les autorités de Kiev "ne sont pas un gouvernement de vainqueurs mais un gouvernement du peuple".

S'adressant au Conseil, l'ambassadeur ukrainien Iouri Sergueyev a souligné que les forces armées ukrainiennes "avaient fait preuve de retenue jusqu'à maintenant". Mais il a mis en garde contre le risque de "provocations" qui pourraient être utilisées par l'armée russe pour attaquer l'Ukraine. Il a demandé au Conseil "d'autoriser une médiation internationale" dans cette crise.

L'ambassadeur français Gérard Araud s'est déclaré "déçu par cette réunion qui ne nous a rien apporté de nouveau". "Nous avons eu l'impression d'être ramenés 50 ans en arrière", c'est-à-dire au plus fort de la Guerre froide. Mais, a-t-il ajouté devant la presse, "en 2014 on ne peut pas se comporter comme en 1968" quand l'Union soviétique envahissait la Tchécoslovaquie. Interrogé sur la missive de Viktor Ianoukovitch à Vladimir Poutine, il a répondu: "la lettre n'est pas un faux, c'est le président (Ianoukovitch) qui est un imposteur".

La Russie, qui avait demandé cette réunion du Conseil, n'a proposé "aucune ouverture qui permettrait de faire baisser la tension", a déploré l'ambassadeur britannique Mark Lyall Grant.

RTBF avec agences

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