Pourtant à 2 km d'une centrale, Sine Kane, le village sénégalais oublié de l'électricité

Sine Kane, un village sénégalais de 700 habitants, n’a toujours pas l’électricité malgré la centrale photovoltaïque installée à moins de 2 kilomètres.

À l’entrée de Sine Kane, au nord-ouest du Sénégal, cinq femmes sont assises sur une grande natte posée sur le sable, à l’ombre d’un manguier. Elles tressent des paniers colorés en osier – la spécialité de la région – qui seront ensuite vendus sur les marchés et les plages de tout le pays.

À côté d’elles, Idrissa Kane, le chef du village, écoute tant bien que mal un match de football à la radio. "On se débrouille", explique le chef du village en montrant le vieux boîtier vermillon relié par un fil à un panneau solaire pas plus grand que la main. Un kit donné par la centrale photovoltaïque de Santhiou Meckhe, opérationnelle depuis un an. Mais Sine Kane, situé à moins de deux kilomètres, n’a toujours pas de courant.

"L’État nous a oubliés"

Inaugurée en grande pompe par le président Macky Sall en juin 2017, la plus grande centrale d’Afrique de l’Ouest subvient aux besoins de 200.000 personnes avec son champ de 92.000 panneaux. Mais le complexe est destiné à alimenter les grandes villes sénégalaises comme Dakar et Thiès. À Sine Kane, des poteaux électriques ont bien été installés. Mais les habitants s’impatientent.

"L’État nous a oubliés", s’emporte Moustapha, 18 ans, "Nous avons interpellé les responsables politiques, les journalistes, reçu les ministres, fait des actions sur les réseaux sociaux, mais nous n’avons toujours pas l’électricité." Et de comparer Sine Kane aux villages alentours qui "vont mieux".

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Avec ses 92.000 panneaux, il s'agit de la plus grande centrale photovoltaïque d’Afrique de l’Ouest. © Amandine RÉAUX

"Il n’y a qu’au lycée, à une heure de marche, que je peux aller sur les réseaux sociaux, ici ce n’est pas possible, il n’y a pas le Wi-Fi et même pas de réseau", donne-t-il comme exemple.

Michel Bara Ndiaye, maire de la commune de Mewane dont fait partie Sine Kane, et décrit comme proche de Macky Sall, explique par téléphone que "les travaux ont pris du retard pour des raisons administratives, mais l’électricité viendra, c’est une question de semaines".

Trois télévisions pour 700 habitants

Alors, pendant la Coupe du monde, les villageois se sont organisés pour suivre les trois matches du Sénégal. Notamment chez Modou, l’un des rares foyers équipés d’une télévision ; trois seulement pour 700 habitants. Enfants comme adultes se sont serrés à 40 dans sa petite chambre pour encourager les Lions.

Ce chauffeur de moto-taxi a acheté un panneau solaire, un téléviseur et un décodeur pour 300 000 FCFA (500 euros). "Ici, c’est la réussite", justifie Modou, déçu que ses concitoyens n’aient hérité que de kits solaires sans beaucoup d’autonomie.

Mbakhane, 50 ans, a pourtant installé un panneau photovoltaïque sur le toit de sa maison. Mais l’intensité n’est pas suffisante pour regarder la télévision très longtemps après le coucher du soleil. En revanche, "huit élèves viennent apprendre leurs leçons le soir" grâce à la lumière électrique, présente-t-il fièrement.

Pour les autres villageois, la nuit noire tombe très vite. Les kits solaires fonctionnent principalement le jour, alors, dès 20 heures, "tout le monde dort", raconte Moustapha.

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