Pourquoi le nouveau speaker britannique se fait traîner par les mains

Le député travailliste britannique Lindsay Hoyle a été élu lundi soir par ses pairs "speaker" (président) de la Chambre des communes. Il succède au truculent John Bercow, qui a joué un rôle clé dans le feuilleton du Brexit.

Lors de l’annonce de son élection - il a été désigné au quatrième tour de vote à bulletin secret avec 325 voix, contre 213 à son dernier concurrent travailliste Chris Bryant – il a été tiré par les bras par deux autres députés travaillistes, qui l’ont emmené de la sorte au centre de l’Assemblée, sous les applaudissements.

Sept speakers ont été exécutés par décapitation entre 1394 et 1535

Ce fait qui peut paraître étrange pour les non-initiés est une tradition de longue date. La fonction de président remonte au 14° siècle. Sa mission était alors particulièrement délicate : "Jusqu’au 17° siècle, les speakers étaient souvent des agents du Roi, ils étaient souvent blâmés s’ils rapportaient des nouvelles du Parlement que le Roi n’aimait pas. C’était donc une fonction périlleuse. Sept speakers ont été exécutés par décapitation entre 1394 et 1535" comme l’explique le site internet du parlement britannique. Voilà pourquoi les collègues du président de l’Assemblée fraîchement élu le traînent encore aujourd'hui jusqu’à son nouveau siège.

Un speaker vierge politiquement…

La fonction du speaker a évolué avec les siècles. À partir du milieu du 19° siècle, a été instaurée la norme que le speaker devait être au-dessus des partis politiques. C’est pourquoi Lindsay Hoyle a promis qu’il serait "neutre" et "transparent". Tenu à une obligation d’impartialité, le speaker doit donc quitter son parti.

Prenant le contre-pied de son prédécesseur, Lindsay Hoyle, a affirmé dimanche qu’il voyait le speaker comme un simple arbitre et fait valoir que "les gens ne veulent pas se souvenir de l’arbitre, ils veulent se souvenir du match". Dans une interview au Sunday Times, il a confié vouloir apaiser l’atmosphère souvent électrique de la Chambre des communes, en particulier lors des débats sur la sortie du Royaume-Uni de l’UE.

John Bercow a joué un rôle clef dans la saga du Brexit en sélectionnant les amendements soumis aux députés, aiguillant ainsi le débat, au point de se faire accuser de partialité par les partisans de la sortie de l’UE.

… Et sans perruque ni cravate

Avec le départ de John Bercow, petit homme à la voix de stentor et aux répliques souvent acerbes, une page se tourne à la Chambre des communes. Cet amateur de cravates criardes, âgé de 56 ans, issus des rangs conservateurs, avait fixé la date de son départ au 31 octobre, jour où le Royaume-Uni était censé quitter l’Union européenne.

Plus jeune titulaire, lors de sa première élection en juin 2009, de cette prestigieuse fonction, John Bercow s’est employé à la dépoussiérer, abandonnant certains éléments de la tenue traditionnelle comme la perruque. En juin 2017, il a même permis aux députés de siéger sans cravate.

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