Pourquoi la Commission européenne interdit la concentration de Tata Steel et de ThyssenKrupp ?

CEO of German industrial group ThyssenKrupp Guido Kerkhoff is pictured during the annual general meeting of the group on February 01, 2019 in Bochum, western Germany
CEO of German industrial group ThyssenKrupp Guido Kerkhoff is pictured during the annual general meeting of the group on February 01, 2019 in Bochum, western Germany - © ROLF VENNENBERND - AFP

Selon l’enquête menée par la Commission européenne, cette fusion aurait poussé à la hausse le prix des aciers utilisés par les constructeurs automobiles et dans l’industrie alimentaire, pour les boîtes de conserve. Ces deux secteurs risquaient de perdre une partie de leur compétitivité et aurait affecté, par effet ricochet, le pouvoir d’achat des consommateurs européens. 

L'Affaire Alstom-Siemens

Ce véto européen vient s’ajouter à un autre mariage avorté, celui de Siemens et Alstom. Il devait donner naissance à un géant européen du rail en février dernier.

La commissaire européenne à la Concurrence, Margrethe Vestager, ne voulait pas voir se constituer un monopole potentiel et n’avait pas eu peur de se fâcher avec l’Allemagne et la France qui soutenaient la fusion de leurs deux champions.

L’affaire avait mis la politique européenne de la concurrence au cœur du débat politique. A Paris, en particulier, le gouvernement a réclamé et, réclame encore une profonde réforme du droit européen à la concurrence. Il ne serait plus adapté à la mondialisation de l’économie et à la révolution numérique.

Des critiques fondées ?

La Commission européenne n’est pas viscéralement opposée aux fusions. Au contraire, en 10 ans, elle aurait autorisé plus de 3000 fusions, pour à peine une dizaine de refus.

Il est également utile de rappeler que l’objectif de la politique européenne de la concurrence est de veiller à ce que les consommateurs européens ne soient pas lésés par des prix trop élevés, des choix limités et un manque d’innovation.

Et cet objectif n’est pas atteint actuellement ?

Il y a un mois, en France, un centre de réflexion proche du Premier ministre, a présenté un rapport justement tout en nuance. Premier constat: la politique de concurrence de l’Europe est perfectible, mais rien ne suggère qu’elle est "excessivement rigoureuse".

Cette politique permet effectivement de préserver le pouvoir d’achat des Européens. Les prix à la consommation augmentent moins vite chez nous qu’aux Etats-Unis, par exemple, où les autorités ont une politique de concurrence plus laxiste. 

En attendant, grâce à cette politique, les Américains ont donné naissance à des champions industriels comme Apple, Google, Amazon, pour n’en citer que quelques-uns. 

Des champions industriels européens ?

Face à la Chine et les Etats-Unis, les Européens prennent progressivement conscience de la nécessité de protéger ensemble leur souveraineté économique. Ils devront pour cela actionner plusieurs leviers. La réforme de la politique de concurrence en est un. Il y a aussi la politique commerciale.

Ces dernières années, les Européens ont renforcé leurs instruments de défense commerciale face au dumping chinois. Mais, on est loin encore des systèmes de protection mis en place par Pékin ou Washington. Enfin, l’Europe doit se doter d’une véritable politique industrielle commune. Après l'affaire Alstom-Siemens, la France et l'Allemagne l'ont appelé de leur vœux. 

La question sera au menu du sommet européen de la semaine prochaine. Les chefs d'Etat et de gouvernement européens devraient faire de la politique industrielle une des priorités stratégiques de l'Union au cours des cinq prochaines années.

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