Pourquoi la Catalogne fait peur à l'Europe? Ces autres régions aux rêves d'indépendance...

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Le fait est tout sauf innocent: jusque lundi midi, aucun dirigeant européen n'avait réagi aux violences policières observées en vue d'empêcher la tenue du référendum sur l'indépendance de la Catalogne, à l'exception notable du premier ministre belge Charles Michel.

La Commission européenne a bien regretté la violence dans une communication lundi midi, mais sans la condamner ouvertement, et surtout en soulignant que le référendum était illégal. Le président français Emmanuel Macron a même répété au président espagnol son "attachement à l'unité" de l'Espagne.

C'est que comme le soulignait Le Monde dans ses éditions de vendredi, "il est manifeste qu’aucun pays européen ne veut prendre le risque de légitimer la démarche catalane, au risque d’ouvrir une redoutable boîte de Pandore, celle des revendications d’autodétermination dans d’autres régions de l’Union."

C'est que comme l'expliquait Jean-Michel De Waele, professeur de sciences poltiques à l'ULB,  "on ne cesse de déforcer l’Etat. Plus les états  sont faibles, plus l’Union européenne joue un rôle, plus un déséquilibre se crée. Et si les états ne sont plus capables d’aider et de protéger leur population, une partie de la population préfèrera l'entre soi. Mais ce qui est difficile à décider à 28, le sera encore plus avec 124 régions différentes".

Outre la Catalogne, les secrets désirs et réelles velléités d'indépendance sont en effet nombreuses en Europe. Les voici, classées subjectivement par probabilité de proximité d'une déclaration effective d'indépendance:

L'Ecosse

L'Écosse est l'une des quatre nations constitutives du Royaume-Uni, mais à l'origine, elle était un royaume indépendant, comme l'Angleterre. Le Parti National Ecossais y est particulièrement puissant et a même formé en 2007 le premier gouvernement indépendantiste (mais minoritaire) de l'histoire de l'Écosse.

On pensait la question réglée après le référendum du 18 septembre 2014 où 55,3 % des électeurs ont répondu non à la question: " L'Écosse doit-elle être un pays indépendant ? "

Mais c'est étrangement... l'Europe qui a remis la question sur la table: les Écossais se sont en effet prononcés eux pour le maintien au sein de l'Union Européenne, à 62 %, à l'inverse de la majorité du Royaume-Uni. Depuis, la Première ministre écossaise Nicola Sturgeon, qui a d'ailleurs été une des toutes premières à condamner les violences en Catalogne, plaide pour l'organisation d'un nouveau référendum sur l'indépendance... dont Londres ne veut plus entendre parler. Vous avez dit "similitudes"?

Les îles Féroé

Les Îles Féroé sont une province autonome du royaume du Danemark depuis 1948, avec un gouvernement qui leur est propre.

Depuis longtemps déjà, les îles Féroé envisagent de quitter le royaume du Danemark. En avril 2004, un référendum est organisé, et les partisans de l'indépendance l'emportent avs ec 50,72 % des voix. Le gouvernement féroëin annonce alors l'indépendance prochaine de l'archipel, mais le gouvernement danois la refuse. Un nouveau référendum sur l'indépendance, accepté par le gouvernement danois, est cependant prévu pour le 25 avril 2018.

Le pays basque

La Communauté autonome du Pays basque, en Espagne a son propre gouvernement depuis 1980, et a déjà obtenu des pouvoirs particuliers. Le parti indépendantiste EH Bildu continue cependant à revendiquer l'indépendance d'un Pays basque qui réunirait les régions française et espagnole. Mais il n'y aurait qu'un quart à un tiers des habitants favorables à l’indépendance, beaucoup moins qu’en Catalogne. Les socialistes qui y gouvernent avec les nationalistes sont notamment opposés à cette indépendance.

La répression observée dimanche pourrait cependant pousser certains à se radicaliser.

La Flandre

C'est sans doute ce qui explique que Charles Michel est le seul à s'être exprimé, estiment certains observateurs, car son puissant partenaire flamand a clairement pris parti en faveur des désir d'indépendance des Catalans. Même si la N-VA avait semblé un moment mettre le communautaire de côté, Bart de Wever l'a clairement rappelé: l'objectif de son parti, toujours leader dans les intentions de vote, reste l'indépendance de la Flandre.

Il y aura sans doute des négociations lors de la formation du prochain gouvernemement pour (encore) plus de (con)fédéralisme. Mais peu de chances qu'on se dirige rapidement vers une vraie sécession. Les chiffres des différents sondages montrent jusqu'à présent que le séparatisme reste un souhait minoritaire au nord du pays. Et ça ne risque pas de changer rapidement: une étude de 2016 montrait que les plus jeunes sont deux fois moins favorables au séparatisme.

Le Pays de Galles

Le nationalisme gallois a jusqu'ici surtout visé la promotion de la langue galloise et dans une perspective "autonomiste" plutôt qu'"indépendantiste" a obtenu des pouvoirs accrus pour l'Assemblée nationale du pays de Galles. Il reste en effet un mouvement largement minoritaire, par comparaison avec l'Écosse.

Plaid Cymru, le parti indépendantiste gallois, a toutefois annoncé qu'il souhaitait imiter l'Ecosse et prendre son indépendance vis à vis du Royaume-Uni pour rester dans l'Union Européenne. La dirigeante du parti nationaliste Plaid Cymru prédit désormais l'indépendance de la province d'ici "une génération"...

La Vénétie

La glorieuse histoire de Venise, indépendante de de 697 à 1797 et rattachée à l'Italie en 1866, cinq ans après l'unification italienne, a inspiré un mouvement régionaliste revendiquant la re-découverte de l'héritage de la République, ses traditions, sa culture, sa langue et demandant plus d'autonomie, voire l'indépendance de la Vénétie par rapport à l'Italie.

En 2014 une consultation non-officielle a été menée. Selon les organisateurs, 2,36 millions de Vénitiens auraient participé au référendum en ligne. 89,1% d'entre eux ont voté oui à l'indépendance. Mais le taux de participation (annoncé à 63,2% par les organisateurs) a été contestée par plusieurs médias.

Le Conseil régional de Vénétie a voté l'organisation d'un référendum consultatif le 22 octobre prochain, commun avec la Lombardie. Mais celui-ci devrait porter essentiellement sur la question des impôts...

La Padanie

En Italie, la puissante Ligue du Nord évoque toujours la création de la Padanie, qui regrouperait les régions septentrionales du pays, bien plus riches que le sud. Contrairement aux nationalismes classiques, il n'y a par contre pas là d'histoire, de langue, de culture ou de religion spécifique aux régions concernées.

Mais l'idée est loin de faire l'unanimité, même dans les régions concernées.

La Corse

Voilà bien une région où l'exemple Catalan donne des idées. Même s'il existe des mouvements "régionalistes" en Bretagne ou en Alsace, voire même pour l'Occitanie, c'est sur l'île de beauté que les nationalistes sont le plus implantés. Majoritaires à l'Assemblée, ils ont fait adopter une motion soulignant "la légitimité incontestable du gouvernement de la Catalogne" face à une situation "évolutive et préoccupante".

La Corse n'en est pas du tout au stade de provoquer un référendum "Nous sommes aujourd'hui ce qu'était la Catalogne avant 2006 et l'accord sur un statut d'autonomie élargie", a expliqué le président de l'Assemblée de Corse Jean-Guy Talamoni au HuffPost. "Quand la Corse aura un statut économique et politique plus large, je suis persuadé que les Corses choisiront l'indépendance. Et je verrai d'un mauvais œil que Paris s'y oppose".

Le Pays Sicule, ou les Hongrois de Roumanie

A l'Est de l'Europe, le Pays Sicule en Transylvanie réclame à la Roumanie un statut autonome sans pour autant aspirer à une totale indépendance. Cette région majoritairement peuplée de Hongrois, souhaite la reconnaissance de sa culture et de sa langue.

La Voïvodine et la République Serbe de Bosnie

L'ex-Yougoslavie n'a peut-être pas encore fini de se morceler. Contrairement au Kosovo, la Voïvodine est une province autonome de Serbie encore rattachée au pouvoir central. Mais elle aussi réclame son indépendance... ou du moins ses dirigeants. Consultés, les citoyens se sont en effet opposés en 2013 à une séparation de la Serbie.

Idem pour la République serbe de Bosnie, qui connaît une croissance du mouvement indépendantiste en Bosnie-Herzégovine. La reconnaissance de l'indépendance du Kosovo par les instances internationales semble y avoir renforcé cette volonté séparatiste.

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