Pourquoi l'UE n'ouvrira pas des négociations d'adhésion avec la Macédoine du Nord et l'Albanie

Conseil des affaires générales de l'UE à Luxembourg, le 15 octobre 2019.
Conseil des affaires générales de l'UE à Luxembourg, le 15 octobre 2019. - © JOHN THYS - AFP

L’Union européenne n’ouvrira pas des négociations d’adhésion avec la Macédoine du Nord et l’Albanie. Les ministres des affaires européennes en ont discuté aujourd’hui, à Luxembourg. Plusieurs pays, dont la France, s’y opposent, car ils estiment que ces deux pays candidats ne sont pas prêts à intégrer l’Union.

Pour les Français, c’est d’abord le processus d’adhésion en lui-même qu’il faut réformer avant d’envisager un nouvel élargissement. Selon la ministre française aux Affaires européennes, cette procédure est "trop longue, trop frustrante".

Pour la Macédoine du Nord, seuls les Français sont réticents. En revanche, pour l’Albanie, les Pays-Bas et le Danemark rejoignent l’avis des Français.

"La France freine pour deux raisons", explique Loïc Tregoures, professeur de sciences politiques à l’Université catholique de Lille. "La première est de dénoncer la façon de gérer l’élargissement. Pour Paris, ça ne fonctionne pas. La deuxième, dénonce un ‘syndrome du toboggan’ selon lequel, si on ouvre des négociations, elles finiront par aboutir un jour… on ne disposera plus d’un moyen de pression".

"L’image de l’Albanie joue clairement en sa défaveur"

Pourtant au début du mois, la Commission européenne avait tenté de convaincre les trois Etats membres qui sont réticents, en mettant en évidence les efforts qu’ont mis en œuvre la Macédoine du Nord et l’Albanie pour se plier aux exigences européennes.

L’Union européenne avait demandé à l’Albanie de lutter contre le crime organisé, tandis que l’ex-république yougoslave de Macédoine a changé de nom, pour celui de Macédoine du Nord, afin d’éviter un veto de la Grèce à son intégration au sein de L’OTAN et de l’UE.

Oui, mais pour la France, les Pays-Bas et le Danemark, ces efforts ne suffisent pas.

"L’image de l’Albanie joue clairement en sa défaveur", argumente Loïc Tregoures. "Les Albanais, demandeurs d’asile, agacent profondément les ministères de l’intérieur. Mais en réalité, ça va mal, en Albanie. Il y a une paralysie institutionnelle majeure… Récemment, les élections municipales se sont tenues dans des conditions invraisemblables, que l’OSCE a dénoncées parce que l’opposition les a boycottées… ça ne joue pas en leur faveur !".

"D’un autre côté", nuance Loïc Tregoures, "c’est à la fois facile et difficile de mesurer les progrès contre la corruption, on dira toujours que ce n’est jamais assez…".

"Finalement, la seule question qui vaut aujourd’hui", analyse encore Loïc Tregoures, "c’est de savoir si on découple l’Albanie avec la Macédoine du Nord dans les processus de négociation pour une adhésion à l’UE".

En mai dernier, Federica Mogherini, haute représentante de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité et vice-présidente de la Commission, se félicitait : "L’Albanie et la Macédoine du Nord ont fait preuve d’une forte détermination à aller de l’avant sur la voie les menant à l’UE et ont obtenu des résultats qui sont concrets et doivent être irréversibles".

"La politique d’élargissement de l’Union européenne est un investissement dans la paix, la sécurité, la prospérité et la stabilité en Europe", avait-elle ajouté.

 

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