Au Liban, des réfugiés syriens auraient vendu leurs organes pour survivre

De jeunes réfugiés syriens avec leurs outils de cireurs, en attente du client dans une rue de Beyrouth
De jeunes réfugiés syriens avec leurs outils de cireurs, en attente du client dans une rue de Beyrouth - © JOSEPH EID - BELGAIMAGE

C’est avec l’arrivée de l’hiver que l’information s’est répandue comme une traînée de poudre. Alors que la guerre meurtrière continuait de sévir dans leur pays, de nombreux réfugiés syriens au Liban auraient vendu leurs organes pour avoir de quoi survivre. Une information réfutée par les autorités libanaises. Mais une enquête publiée sur le web tend à démontrer que l’ignoble trafic est bien réel.

Le journal allemand Der Spiegel publiait, dès le mois de novembre, un reportage de sa journaliste, Ulrike Putz. Celle-ci y relate un entretien avec un jeune réfugié syrien au Liban, qui affirme avoir vendu un rein pour subvenir aux besoins de sa famille. Le jeune homme disait en avoir reçu 7000 dollars. Toujours selon Der Spiegel, 150 reins auraient été vendus de la sorte à de riches patients arabes, américains et européens.

Les autorités libanaises ont aussitôt réfuté cette affirmation. "Cet article est basé sur de fausses allégations", affirmait le directeur général du ministère de la Santé, le Dr Walid Ammar au quotidien libanais L’Orient-Le Jour. Le ministère "a essayé en vain d'entrer en contact avec la journaliste, mais elle n'a jamais répondu", ajoutait-t-il, précisant qu’une enquête a été ouverte au parquet.

"Mon cousin m'a dit qu'il en avait reçu 500 dollars"

Plusieurs intervenants du monde de la santé au Liban ont également émis des doutes quant à la véracité de ces informations. "Il est très difficile, voire impossible, qu'un tel nombre passe inaperçu. J'aurais compris qu'un ou deux cas soient passés clandestinement, cela peut se faire même en Europe ou aux États-Unis, mais 150 !", commentait Antoine Stéphan, médecin à l’organisme libanais de gestion des dons d’organes.

Une nouvelle enquête semble cependant accréditer les informations du Spiegel. Sur le site d’informations Vocativ, le journaliste Jeff Neumann, basé à Beyrouth, publie un reportage dans lequel il remonte une filière de ce trafic.

Rencontrant par hasard Mohammed dans un café beyrouthin, le journaliste apprend que celui-ci s’est fait opéré dans le but de vendre un rein. “Lorsque je suis arrivé au Liban, je vendais des légumes”, raconte l’homme. "Mais l’argent récolté n’était pas suffisant pour survivre. Mon cousin m’a alors dit qu’il avait vendu son rein pour 5000 dollars”.

"Sans moi, peut-être que ces gens seraient morts", dit le "chasseur de reins"

Le journaliste va alors à la rencontre de l’intermédiaire, un certain Abu Jamil, qui lui confirme que Mohammed est bien venu lui proposer un rein. Abu Jamil, précise Jeff Neumann, "avait toutes les caractéristiques de ce que les Nations Unies appellent un 'chasseur de reins'". Ce dernier lui affirme que ce business, "c’est la même chose que du trafic de drogues".

Abu Jamil explique aussi au journaliste que quelques 200 Syriens auraient déjà vendu un rein au Liban; une véritable mine d’or pour les hôpitaux, qui les revendent à des patients Libanais ou étrangers, ajoute le trafiquant.

Un ami de Mohammed a pu, de la sorte, ouvrir une petite échoppe de téléphones mobiles, et louer un appartement pour sa famille, alors qu'il dormait sous les ponts à Beyrouth. Mohammed se tord encore de douleur, deux semaines après l’opération, raconte le journaliste. Quant aux affaires d’Abu Jamil, elles vont bien, merci : "Sans moi, peut-être que ces gens seraient morts. Aussi longtemps que j’en tire bénéfice, et aussi longtemps que les Syriens en reçoivent de l’argent, qu’est-ce qui est mal avec ça ?" dit-il au journaliste.

 

W. Fayoumi, avec Vocativ

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