Pour son 70e anniversaire, l'Otan resserre les rangs et veut revoir sa stratégie

L'Otan tente d'afficher son unité lors de son 70e anniversaire
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L'Otan tente d'afficher son unité lors de son 70e anniversaire - © BENOIT DOPPAGNE - BELGA

Les 29 membres de l’Otan ont adopté mercredi, à l’issue d’un sommet du 70e anniversaire marqué par d’importantes dissensions, une déclaration commune affirmant leur "solidarité, unité et cohésion". Reconnaissant pour la première fois la montée en puissance de la Chine comme un "défi", l’Alliance veut entamer une réflexion sur sa stratégie de l’organisation, comme le réclament certains de ses membres.

Publié à l’issue d’une réunion des dirigeants dans un golf à Watford, en banlieue de Londres, le texte assez court relève aussi la "menace" que représentent "les actions agressives" de la Russie, tout en assurant être une alliance uniquement "défensive", qui "ne représente une menace pour aucun pays".

Les 29 dirigeants de l’Otan resserrent donc les rangs pour ce mini-sommet car la fête avait été un peu gâchée par le président français Emmanuel Macron qui reproche aux Etats-Unis et à la Turquie leurs cavaliers seuls en Syrie. En plus de multiples différends, les échanges surpris par les caméras mardi soir montrant Emmanuel Macron, Boris Johnson et Justin Trudeau semblant se moquer de Donald Trump lors d’une réception n’ont rien arrangé et ont conduit le président américain Trump à annuler sa conférence de presse prévue à l’issue du sommet.

Mais au final, l’Otan a tout de même affiché son unité et masqué ses divergences. "Ce n’est pas la première fois que l’Alliance est confrontée à des différences et elle a toujours su les surmonter", selon son secrétaire général Jens Stoltenberg.

L’Otan réaffirme la solidarité entre alliés

Dans leur communiqué final, les chefs d’Etat et de gouvernement des 29 pays membres qualifient donc l’Otan d'"alliance la plus solide et la plus réussie de l’histoire". "L’Otan garantit la sécurité du territoire de nos pays et celle de leurs citoyens, au nombre d’un milliard, ainsi que notre liberté et les valeurs que nous partageons, parmi lesquelles la démocratie, la liberté individuelle, les droits de la personne et l’état de droit. La solidarité, l’unité et la cohésion sont des principes fondamentaux de notre Alliance", ajoute le texte qui ne fait aucune allusion aux tensions créées entre alliés par la guerre en Syrie.

"Alors que nous œuvrons ensemble à prévenir les conflits et à préserver la paix, l’Otan reste le fondement de notre défense collective et le forum essentiel pour les consultations et la prise de décision en matière de sécurité entre Alliés. Nous réaffirmons le lien transatlantique qui unit durablement l’Europe et l’Amérique du Nord, notre adhésion aux buts et principes de la Charte des Nations unies, ainsi que notre engagement solennel, inscrit dans l’article 5 du traité de Washington, selon lequel une attaque contre un Allié est considérée comme une attaque contre nous tous", poursuit cette déclaration de Londres avalisée également par le président Trump, souvent frileux sur son engagement envers l’article 5 du Traité de l’Atlantique nord.

Défis nouveaux, stratégie à revoir

Trente ans après la chute du mur de Berlin, l’organisation héritée de la Guerre froide se trouve confrontée à des défis considérables entre la militarisation de l’espace, le retour en force de la Russie sur la scène internationale et la montée en puissance de la Chine comme puissance militaire.

Le président Macron avait appelé à la reprise "d’un "dialogue stratégique" sans naïveté avec Moscou, toujours considéré par l’Otan comme un adversaire. Ses déclarations ont jeté le froid.

Parmi les "menaces et défis distincts" auxquels elle est confrontée, l’alliance relève des "actions agressives de la Russie" qui "constituent une menace pour la sécurité euro-atlantique" et "le terrorisme sous toutes ses formes et dans toutes ses manifestations".

"Compte tenu de l’évolution de l’environnement stratégique", les chefs d’Etat et de gouvernement invitent le secrétaire général à présenter une proposition pour que soit mené "un processus de réflexion prospective visant à renforcer encore la dimension politique de l’Otan, y compris la consultation."

Parmi les décisions annoncées, Jens Stoltenberg, le secrétaire général, a indiqué la mise à disposition de  l'OTAN d’un ensemble d’engins militaires dans un délai de 30 jours. Comme prévu, l’espace a été déclaré 5e domaine de l’Alliance en plus de l’eau, des terres, du cyber et de l’air. L’investissement dans la défense devrait augmenter de 400 milliards de dollars américains d’ici 2024.

Et un nouveau plan d’accord a été trouvé pour combattre le terrorisme. En revanche, les alliés ne sont toujours pas tombés d’accord sur la définition à donner à cette menace. L’Otan doit donc plus que jamais apprendre à composer avec ses divergences.

Tensions autour des combattants kurdes

Mardi, les premiers échanges avaient été dominés par les passes d’armes découlant des déclarations d’Emmanuel Macron jugeant l’Otan en état de "mort cérébrale" et l’appelant à revoir sa stratégie. Le président français a maintenu ses propos très critiqués par ses alliés et a exigé des explications de la Turquie sur son intervention contre les forces kurdes du nord de la Syrie. Il a accusé à cette occasion Ankara de travailler avec des extrémistes proches du groupe Etat islamique.

Le président français avait insisté mardi sur l'"ennemi commun" que représente le terrorisme et a déploré le fait que "nous n’avons pas la même définition du terrorisme autour de la table". La critique visait l’exigence du président turc de faire considérer les forces kurdes en Syrie comme des terroristes, ce que refuse Emmanuel Macron.

A couteaux tirés avec l’alliance sur la question des combattants kurdes qu’elle considère comme "terroristes", la Turquie avait menacé de s’opposer à un projet de l’Otan de défense des pays baltes face à la Russie mais a finalement renoncé, selon Jens Stoltenberg.

Une prochaine réunion devrait être organisée à l’horizon 2021.

Les bons comptes font les bons amis

Donald Trump, qui joue habituellement au trublion dans les réunions internationales où il défend son slogan électoral "Keep America Great" après son "Make America Great Again", avait donné le ton dès ses premières rencontres bilatérales mardi à Londres. En réponse aux critiques répétées du président américain qui réclame un "meilleur partage du fardeau" financier, les alliés réaffirment leur engagement à consacrer d’ici 2024 au moins 2% de son PIB à leur budget défense.

La Belgique, représentée à Watford par sa nouvelle Première ministre, Sophie Wilmès, fait piètre figure dans ce domaine, avec des dépenses de défense – une notion recouvrant, selon l’Otan, à la fois le budget de la Défense, les pensions des militaires et les coûts engendrés par le stationnement de troupes étrangères – qui devraient atteindre 0,95% du PIB cette année, 1,01% en 2020 et 1,19% en 2023 et 2024. Une telle augmentation, qui doit encore être confirmée par le prochain gouvernement fédéral, maintiendrait toutefois la Belgique en avant-dernière position du classement de l’Otan à l’échéance de 2024.

Journal télévisé 03/12/2019

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