Pour Pascal Boniface, le Printemps arabe est "un processus irréversible"

Pascal Boniface: le Printemps arabe est "un processus irréversible"
Pascal Boniface: le Printemps arabe est "un processus irréversible" - © Tous droits réservés

Le 17 décembre 2010, à Sidi Bouzid en Tunisie, Mohamed Bouazizi s’immole par le feu déclenchant une révolution sans précédent dans les pays arabes. Plus de deux ans après, ce Printemps arabe semble loin d'être terminé. Que ce soit en Egypte ou en Tunisie, le peuple continue de se révolter. Un processus tout à fait logique pour Pascal Boniface géopolitologue français et directeur de l'IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques).

"Ce n'est pas un dîner de gala", "ce n'est pas quelque chose de simple, immédiat et rapide", "ce n'est pas un produit instantané, il faudra encore du temps mais sur le moyen terme, je crois que ce processus est irréversible", déclare Pascal Boniface, invité de Matin Première, quand on l'interroge sur l'état de cette révolution.

"Quand on traite l'actualité, on voit l'évolution au jour le jour", explique-t-il, "mais une révolution est un processus long". On ne peut pas demander à ces sociétés d'établir un système tout à fait stabilisé que nous-mêmes en Europe nous avons mis des décennies, voire des siècles, à mettre en place".

Des partis islamistes qui s'effritent

Contrairement à ce qu'imaginaient certains, "il n'y a pas d'hiver islamiste", poursuit-il, "parce que ces partis islamistes ne parviennent pas à instaurer leur ordre, ne parviennent pas à faire taire la société civile". Cette dernière continue de résister et ne se laisse pas faire.

"Il y a peut-être des tentatives autoritaires dans ces partis (islamistes, ndlr), mais dans les deux cas, aussi bien en Egypte qu'en Tunisie, la population, le peuple, la société civile s'organise, résiste de manière extrêmement vive et forte et ne se laisse pas faire. Donc le pouvoir qui a été conquis lors de révolution n'a pas été perdu. C'est juste le processus qui est un peu long", mais il répète, "les révolutions ne se terminent pas en quelques mois".

La pratique du pouvoir a un peu effrité le soutien de la population à ces partis islamistes. Une pratique qui se heurte à la réalité de la vie où "la demande sociale est extrêmement forte". D'ailleurs, pour Pascal Boniface, s'il y avait des élections aujourd'hui en Tunisie et en Egypte, ces partis islamistes les perdraient. 

Le jeu démocratique est-il toujours possible ?

Que ce soit en Egypte ou en Tunisie, de nouvelles élections démocratiques sont-elles possibles ? Les islamistes au pouvoir ne tenteront-ils pas de s'y opposer ?

"Il faut avoir confiance", répond le géopolitologue français, "je ne crois pas qu'il soit possible, notamment en Tunisie, que ces partis ne permettent pas de nouvelles élections. La société civile est trop forte et l'armée ne laisserait pas faire".

La situation est "un petit peu plus compliquée" en Egypte, dit-il, "parce qu'il y a le risque d'une tentation autoritaire, peut-être de l'armée pour revenir à un ordre pour se poser en arbitre entre les Frères musulmans et la population. Le pays n'est pas le même d'un point de vue stratégique, mais là encore, sur le long terme, il n'y  a pas d'alternative à la démocratie car les populations ont conquis des pouvoirs qu'elles ne se laisseront pas reprendre".

"Le Mali n'est pas un nouvel Afghanistan"

Interrogé également sur un risque d'enlisement au Mali, Pascal Boniface répond : "Il ne faut pas rêver que tout soit réglé en trois semaines, personne ne le pensait. Il ne faut pas non plus verser dans le catastrophisme en disant qu'il y a un nouvel enlisement stratégique tel que celui auquel on a assisté en Afghanistan". Ici, dit-il, les islamistes n'ont pas le soutien de la population.

 

C. Biourge

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