Pour ou contre l'entrée de Rimbaud et Verlaine au Panthéon ? Le débat fait rage dans le monde littéraire français

Arthur Rimbaud et Paul Verlaine vont-ils être réunis au Panthéon ? Arthur Rimbaud repose pour l’instant à Charleville-Mézières, dans le nord de la France, au cœur du caveau familial. Paul Verlaine est enterré à Paris, au cimetière des Batignolles.

L’idée de transférer leurs cendres au Panthéon a germé dans le cerveau de quelques intellectuels et journalistes français, qui ont aussitôt fait circuler une pétition, destinée à convaincre le président Macron, seul détenteur des clés du Panthéon, où reposent les plus hauts serviteurs de la République. Et où les écrivains ne sont pas légion : Rousseau, Voltaire, Victor Hugo, Emile Zola, André Malraux et Alexandre Dumas.

La pétition, initiée par Jean-Luc Barré, éditeur d’une biographie de Rimbaud, Frédéric Martel, journaliste, et l’écrivain Nicolas Idier (par ailleurs plume du Premier ministre Jean Castex) circule depuis trois jours.

La nouvelle ministre de la Culture Roselyne Bachelot l’a signée avec enthousiasme. Dans le magazine français Le Point, elle s’exclame : "Le fait de faire entrer ces deux poètes qui étaient amants, ensemble, au Panthéon, aurait une portée qui n’est pas seulement historique ou littéraire, mais profondément actuelle !"

Le Panthéon, lieu d’inclusion ?

L’idée choque la famille de Rimbaud. Son arrière-petite-nièce, Jacqueline Teissier-Rimbaud estime ainsi que "si les deux poètes font leur entrée au panthéon, tout le monde va penser 'homosexuels', mais ce n’est pas vrai, Rimbaud n’a pas commencé sa vie avec Verlaine et ne l’a pas terminée avec lui, ce sont juste quelques années de sa jeunesse."

Deux rebelles

Pour Olivier Bivort, spécialiste des deux poètes et professeur de littérature à l’université de Venise : "Rimbaud, c’est un révolté contre tout ce qui représente l’institution d’un point de vue politique, social culturel ou scientifique. Si Rimbaud part en Orient c’est qu’il fuit la France. Il ne supporte plus l’Europe. Il rejette la morale, la religion. Rimbaud et Verlaine se sont engagés au début de leur vie contre le second Empire, ils sont favorables à la Commune tous les deux, dans les écrits de Rimbaud on trouve de nombreux exemples de rejet des institutions françaises, de tout point de vue."

Verlaine quant à lui développe des textes d’une violence inouïe contre l’institution républicaine. "Il est légitimiste, anti démocrate, anti parlementaire, favorable à la Restauration, explique Olivier Bivort. Il veut le retour d’une Monarchie de droit divin. Donc ces deux personnages, chacun dans leur singularité, sont tous les deux en porte-à-faux avec les institutions républicaines, et qui voudraient aujourd’hui éventuellement les célébrer !"

Un drapeau arc-en-ciel au Panthéon

Pour Olivier Bivort, ni Verlaine ni Rimbaud ne sont les porte-drapeaux d’une identité homosexuelle : "Même s’ils ont eu une liaison brève – moins de deux ans – ils n’ont jamais défendu cette orientation, ce ne sont pas des militants homosexuels. A part le fait qu’on ne voit pas pourquoi l’homosexualité devrait être représentée en tant que telle au Panthéon, on ne voit pas pourquoi ces deux poètes y devraient être admis en fonction de leur seule homosexualité. Ce ne sont pas des militants homosexuels. Ils ont chacun eu une vie 'pansexuelle'. Verlaine était marié, et avait un fils, il a vécu la fin de sa vie en concubinage avec l’une ou l’autre prostituée, et Rimbaud a vécu en Afrique avec une Abyssinienne et aurait voulu avoir des enfants. L’homosexualité (et la sexualité en général), bien présente au demeurant dans leurs œuvres respectives, n’en est pas le fondement. Ils sont malgré eux des porte-drapeaux de combats qu’ils n’ont pas menés".

Alain Borer, grand spécialiste de Rimbaud, ne dit pas autre chose dans le journal La Croix : "L’idée de mettre la relation homosexuelle au-dessus de la poésie et surtout de la faire signifier dans la société comme une revendication communautaire est contraire à l’esprit républicain."

Des "Oscar Wilde" français ?

Certains comparent Verlaine et Rimbaud au poète maudit Oscar Wilde, dont le monument funéraire au Père Lachaise est vandalisé, en raison de son homosexualité. Pour Olivier Bivort cette comparaison n’a pas lieu d’être.

"Ni Rimbaud ni Verlaine n’ont été poursuivis en justice pour leurs préférences sexuelles. En revanche, Oscar Wilde a été dénoncé et mis aux travaux forcés pour ses relations avec Lord Douglas. Ce n’est pas le cas de Rimbaud, et même si Verlaine a été soumis à des examens corporels pour constater sa 'pédérastie', il a été jugé pour avoir tiré sur Rimbaud". Cependant, sa relation homosexuelle avec Rimbaud a sans doute influencé la lourdeur de sa peine (deux ans de prison, soit le maximum) .

Aucune comparaison possible avec d’autres artistes qui ont revendiqué leur homosexualité au 20e siècle comme Marcel Proust, André Gide, Jean Genet ou Jean Cocteau. Rien de tel dans le duo sulfureux "Verlaine-Rimbaud".

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