Pour la Première ministre écossaise, les élections du 12 décembre sont "les plus importantes de toute notre vie"

Les drapeaux écossais flottent sur George Square, au cœur de Glasgow. Par centaines. Nombreux sont aussi ceux qui ne flottent pas au bout d’une hampe mais servent de cape, histoire d’accentuer un peu plus encore le caractère écossais de ce nouveau rassemblement. Plus rares, quelques drapeaux blancs sur lesquels figure un grand " Yes ", le " oui " à un nouveau référendum. Car c’est bien ce qui rassemble, sur la plus grande place de Glasgow, ces milliers (20 mille selon les organisateurs) de partisans d’un nouveau référendum sur l’indépendance de l’Ecosse. Debout, face à la scène où vont se succéder dix orateurs, il y a des femmes, des hommes, des jeunes, des moins jeunes. Certains sont venus en famille. Ils sont certes moins nombreux qu’à Edimbourg, le 5 octobre dernier, lors cette marche qui a rassemblé près de deux cent mille personnes au centre de la capitale écossaise, mais ils espèrent qu’à force de manifestations de ce genre, leur message, à défaut d’être écouté, sera entendu à Londres.

« Nous voulons l’indépendance parce que l’indépendance est normale »

La phrase est signée Maggie Chapman, élue écossaise née en Afrique du Sud, ce qu’elle n’a évidemment pas manqué de rappeler en arrivant sur scène (l’Afrique du Sud a remporté ce matin la finale du championnat du monde rugby face aux… Anglais), de quoi lui faire dire aussi que ce samedi 2 novembre 2019 est décidément une très belle journée pour elle. A l’instar de Patrick Harvie, qui s’exprime lui aussi au micro quelques minutes plus tard, Maggie Chapman est l’une des six membres du parti des Verts écossais élus au parlement écossais. Très loin des 62 sièges détenus par le parti national écossais – le SNP -, qui est le premier parti d’Ecosse dont est issue la Première ministre Nicola Sturgeon, mais c’est un allié non négligeable dans ce combat politique.

En 2014, les Ecossais avaient dit « non », mais le Brexit a tout changé

Les Écossais ont déjà eu l’occasion de s’exprimer à propos de leur indépendance lors d’un référendum en 2014 : à l’époque, 55% des votants l’ont refusée. Mais le Brexit, en 2016, a littéralement revitalisé le processus : de façon plus majoritaire encore (62%), les Écossais souhaitaient en effet rester au sein de l’Union européenne. L’actuel ministre écossais des Affaires gouvernementales et des Relations constitutionnelles Michael Russel l’a clairement exprimé alors que les premières gouttes de pluie se mettaient à tomber sur le public qui n’en avait cure : "On ne peut pas sauver l’Angleterre d’elle-même. A présent, il est temps pour l’Ecosse de penser à elle-même. Le Brexit n’est pas ce que nous voulions". Le Brexit sert donc bel et bien d’argument de campagne en vue des élections du 12 décembre prochain : "Ce jour-là, nous pouvons envoyer un message à l’Europe et au monde pour leur dire que nous voulons avancer avec eux et non pas nous tourner vers le passé" a conclu le ministre Russel.

La Première ministre écossaise annonce qu’elle va demander un nouveau referendum

La dernière oratrice du jour était sans aucun doute la plus attendue : depuis qu’elle est devenue Première ministre en novembre 2014, Nicola Sturgeon ne s’était plus manifestée à un tel événement, même si elle affichait évidemment tout son soutien, notamment via les réseaux sociaux. Mais désormais, le contexte est différent. Celle qui reste la cheffe du parti national écossais voudrait faire des élections législatives anticipées de décembre prochain un véritable tremplin vers l’indépendance.

"Nous sommes réunis ici pour demander le droit d’organiser un referendum d’indépendance" a-t-elle déclaré, avant d’insister sur l’importance du vote :"Ne nous trompons pas : les élections du 12 décembre sont les plus importantes de notre vie. Le futur de l’Ecosse est en jeu. Le vote est la réponse au chaos provoqué par le Brexit. Ma demande, alors que je m’apprête à vous mener vers un referendum l’année prochaine, je sais qu’il fait plus froid, plus humide, mais nous devons tous, dans les prochaines semaines, persuader tous ceux que nous connaissons d’aller voter le 12 décembre pour envoyer un message clair à Westminster". La Première ministre a aussi demandé à Boris Johnson et Jeremy Corbyn d’accepter enfin un débat avec elle, "quelle que soit la forme" a-t-elle précisé, "de façon séparée ou pourquoi pas l’un et l’autre en même temps". La Première ministre s’est ensuite affichée avec le fameux drapeau " Yes " tendu devant elle. Le train de l’indépendance de l’Ecosse n’est peut-être pas encore à grande vitesse, mais il est incontestablement en mouvement…

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