"Pour l'EIIL, le drapeau islamiste doit flotter sur la Maison Blanche"

Samuel Laurent "Des milliers de jihadistes fanatisés se battent dans une logique de conquête en vue d’instaurer un califat islamique."
Samuel Laurent "Des milliers de jihadistes fanatisés se battent dans une logique de conquête en vue d’instaurer un califat islamique." - © BELGAIMAGE

Jusqu’où iront les troupes de L’'EIIL (Etat islamique en Irak et au Levant)? La guerre civile s'étend de la Syrie à l'Irak, tandis que se crée un "jiadistan" aux frontières des deux pays. Pour Samuel Laurent, consultant international et spécialiste des djihadistes, un nouveau conflit mondial a commencé, avec un front qui s'est ouvert en occident. "Nous sommes en guerre sans le savoir."

Tandis que l'Irak est en proie à la violence et que les djihadistes sunnites maîtrisent une bonne partie du nord du pays, des images terrifiantes publiées ce WE montrent ce qui pourrait être une exécution massive de soldats irakiens. Pour Samuel Laurent, tous les ingrédients sont réunis pour une guerre confessionnelle basée sur l’antagonisme entre sunnites et chiites auquel s’ajoute le problème irakien à majorité chiite.

Pour le spécialiste de cette zone du monde, on assiste à la progression de l’Etat islamique d’Irak qui utilise ses bases arrière en Syrie pour mener des attaques en Irak et ses bases arrière en Irak pour mener ses attaques en Syrie. Ce à quoi il faut ajouter l’alliance de l'Etat islamique d’Irak (EIIL) avec les anciens responsables du parti Baas de Saddam Hussein. "C’est une alliance purement de circonstance contre le gouvernement actuel. Et cela a exacerbé les tensions entre chiites et sunnites, ces derniers se sentant de plus en plus marginalisés. C’est ce qui a provoqué le regain de soutient pour l’EIIL."

Ne faisant plus partie d’Al Qaida, l’EIIL est une espèce d’enfant perdu, analyse Samuel Laurent. Une marginalisation que le mouvement islamiste compense par un renfort de cruauté.

L’EIIL fanatisé et bien financé face à une armée démobilisée

L’EIIL est opposée à une armée irakienne démobilisée et non professionnelle, constate Samuel Laurent. "C’est pourquoi on recourt aux groupes de volontaires pour résister à l’EIIL." S'y ajoute une dimension financière qui vient des anciens cadres de Sadam Husssen. "Ces cadres disposent de milliards pour nourrir ce conflit via des armes souvent en provenance de Russie". La motivation est aussi différente, "avec d’un côté des milliers de jihadistes fanatisés qui se battent dans une logique de conquête en vue d’instaurer un califat islamique, et de l’autre des soldats qui se battent pour un simple salaire."

La prise de Bagdad n’est pas tenable

Samuel Laurent estime la prise de Bagdad envisageable, mais de manière limitée dans le temps. "L’EIIL ne pourra pas tenir la ville. Bagdad ne fait pas partie de ce califat imaginaire que veut créer l'EILL. La stratégie est ici de nuisance: faire des attentats et instaurer un climat de terreur. De la à prendre Bagdad, c’est irréaliste."

Vers la création d’un Jihadistan

Pour l’analyste, la création d’un Jihadistan entre la Syrie et l’Irak comme base arrière d’un jihad international est déjà une réalité. "Leur idéologie est salafiste et préconise le Jihad non pas national comme c’est aujourd’hui le cas, mais international grâce aux recrues, belges, anglaises ou françaises. Pour l’EIIL, le drapeau islamiste doit flotter sur la Maison Blanche et l’Élysée. Cela faisait rire lors du 11 septembre, mais maintenant la menace devient réelle. On a largement combattu Al Qaida, mais ce mouvement a gagné un terrain colossal depuis 2000 en s’imposant au Sahel, dans la corne de l’Afrique, au Yémen, en Syrie et en Irak."

Un front ouvert en occident

Samuel Laurent met l'accent sur la seconde menace qui concerne désormais l'occident: "Un autre front s’est ouvert en Europe où Al Qaida a établi des réseaux dormants qui réimplantent les combattants européens revenant du Moyen-Orient. Des dizaines d’individus comme Medhi Nemmouche rentrent de Syrie actuellement et ils peuvent commettre des attentats isolés. C’est une menace majeure. L’occident est une anomalie à leurs yeux. Tout cela n’obéit pas au schéma classique du conflit. Nous sommes en guerre sans le savoir."

L’Iran pour remplacer les USA

Les menaces qui pèsent sur les lieux saints du chiisme pourraient-ils pousser l’Iran à intervenir sur le sol irakien? "L’Iran regarderait avec inquiétude et convoitise ce qui se passe en Irak. L’Amérique a dit se dégager de l’affaire et l’Iran va apparaître comme une alternative pour pacifier la région. Entrer en Irak est une opportunité pour ce pays. Le gouvernement irakien est d’ailleurs très proche de l’Iran qui veut créer une grande zone d’influence chiite".

Quant à la possibilité d’une partition des territoires sunnites et chiites, Samuel Laurent y verrait plutôt une partition de facto qui n’aura rien d’officiel. "Le pays est trop stratégique. Le plus probable est que, dans cette région de cauchemar dans laquelle la guerre civile Syrienne va s’étendre à l’Irak, il y aura de la part de Bagdad une politique d’endiguement pour préserver des zones chiites. "

Jean-Claude Verset

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