Pour chasser les SDF, une ville américaine diffuse en boucle de la musique pour enfant pendant la nuit

Cette initiative n’a pas tardé à attirer l’attention et les associations d’aide aux sans-abri dénoncent les méthodes utilisées par la ville
Cette initiative n’a pas tardé à attirer l’attention et les associations d’aide aux sans-abri dénoncent les méthodes utilisées par la ville - © SPENCER PLATT - AFP

Les autorités de la côte West Palm Beach, en Floride, ont instauré une méthode atypique pour chasser les sans-abri qui occupent la côte durant la nuit. Jusqu’au lever du jour, ils diffusent en boucle et à un volume élevé, de la musique pour enfant. Le but ? Déranger les SDF et les dissuader de vouloir passer la nuit dans la ville.

Si à Verviers, en province de Liège, un vigile a été engagé pour faire décamper les SDF du centre commercial Crescend’eau, de l’autre côté de l’Atlantique, des méthodes plus radicales voient le jour. Toute la nuit durant, les autorités diffusent les chansons pour enfant "Baby Shark" et "Raining Tacos". Au-delà de leurs paroles entêtantes, ces deux comptines des temps modernes sont dotées d’une mélodie où les basses sont importantes. Difficile de croire que quiconque pourrait dormir avec ces chansons dans les oreilles.

Cette mesure est temporaire et vise principalement à écarter les personnes qui dorment dans la rue du front de mer, selon Keith James, le maire de cette localité de plus de 110.000 habitants interviewé par la BBC. Selon les analyses, la ville ne rassemble que près de 354 personnes qui vivent en situation de pauvreté.

Et les dirigeants de cette localité du sud-est des Etats-Unis assument vouloir en finir avec les personnes précarisées qui dorment dans les rues : ils qualifient la nouvelle ambiance musicale nocturne de "dissuasive". Mais c'est principalement le "Lake Pavilion" qu'il faut "nettoyer" de ses locataires indésirables. Cet endroit est une surface de verre en bordure de mer qui accueille chaque année de nombreux événements, 164 en 2018. D'après le maire, de nombreux sans domicile fixe dorment aux alentours de l'entrée de l'infrastructure.

Les associations dénoncent un traitement "inhumain"

Cette initiative n’a pas tardé à attirer l’attention et les associations d’aide aux sans-abri dénoncent les méthodes utilisées par la ville. Elles évoquent une "punition cruelle" envers des personnes qui sont déjà dans le besoin. Les défenseurs et SDF évoquent même des méthodes qui participent à rendre "plus misérable" la vie de gens "déjà désespérés".


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"Quelle horreur de prendre quelque chose qui caractérise l’innocence et l’utiliser d’une manière si méchante et vraiment perverse", a confié à la BBC une juriste américaine, spécialiste des droits des personnes dans la précarité. Selon elle, l’utilisation de chansons destinées aux enfants aggrave encore les choses.

Les personnes soutenant les SDF invitent la ville à "mettre en place de réelles initiatives" plutôt que de participer à rendre la vie de ces gens "encore plus triste".

Pour autant la ville de West Palm Beach n’en est pas à son coup d’essai. En 2016, elle avait déjà tenté de faire fuir les personnes précarisées en diffusant de la musique classique. Un coup dans l’eau puisque les principaux intéressés avaient finalement déclaré que ces morceaux leur plaisaient plutôt bien.

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