Portrait de Pierre Péan, l'un des plus grands journalistes d'enquête français décédé ce jeudi soir

Mort de l'un des plus grands journalistes d'enquête français, Pierre Péan avait 81 ans
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Mort de l'un des plus grands journalistes d'enquête français, Pierre Péan avait 81 ans - © FRANK PERRY - AFP

Sa mort a été annoncée hier soir. Pierre Péan s’en est allé à l’âge de 81 ans. Il est considéré comme l’un des plus grands journalistes d’enquête français. Il refusait d’ailleurs l’appellation "journaliste d’investigation" qu’il jugeait trop accusatoire. Sa spécialité ? Ses longues enquêtes avec pour sujets de prédilection l’Afrique, les médias et la face cachée des personnalités politiques. Originaire de la Sarthe, dans l’ouest de la France, c’est en 1979 qu’il publie sa première grande enquête. Après avoir travaillé à l’AFP, à l’hebdomadaire L’Express, c’est dans les colonnes du Canard enchaîné qu’il fait parler de lui. L’affaire est celle des diamants que l’empereur Bokassa de Centrafrique aurait offerts au président français Valéry Giscard d’Estaing. Le scandale aura un grand retentissement à deux ans de l’élection présidentielle. Mais c’est en 1994 qu’il réalise un coup de maître.

Son coup de maître

En 1994, dans son livre "Une jeunesse française. François Mitterrand, 1934-1947", le président socialiste s’explique pour la première fois sur son appartenance à la droite pétainiste qui allait engager la France dans la collaboration avec l’occupant nazi, avant son action en résistance. C’est le plus gros succès de librairie de Pierre Péan, c’est aussi cet ouvrage qui le fait connaître du grand public. Par la suite, il s’intéressera également à d’autres personnalités : Jacques Chirac, Bernard Kouchner, ou encore Jean-Marie Lepen.

 

Pierre Péan ne craint pas la polémique et l’affronte notamment lors de la sortie de ce livre "Le Pen, une histoire française". A ceux qui l’accusent de vouloir réhabiliter le président du Front National, il parle de "tentative de comprendre" et laisse le choix aux lecteurs de tirer leurs propres conclusions. Pierre Péan avait l’habitude de dire qu’il fallait toujours "s’attacher à comprendre les trajectoires des personnalités, sans les juger, sans les salir, tout en assumant la révélation des faits".

 

Enquêtes africaines

Pierre Péan était aussi passionné par l’Afrique. Dans "Affaires africaines", il s’intéresse aux relations entre la France et le Gabon. En 2005, il publie "Noires fureurs, blancs menteurs" consacrés au génocide rwandais. Une fois de plus, il fait parler de lui. En prenant la défense du gouvernement français dans le génocide rwandais, certains de ses propos sur les Tutsis passent très mal. C’est l’un de ses ouvrages les plus controversés.

Le journalisme

En 2003, Pierre Péan mènera également une longue enquête sur le fonctionnement du quotidien "Le Monde" dirigé à l’époque par Edwy Plenel, l’actuel patron de Médiapart. Avec Philippe Cohen, dans le livre "La Face cachée du Monde : du contre-pouvoir aux abus de pouvoir", il dénonce un pouvoir d’intimidation ou encore une connivence avec des policiers et des juges afin d’obtenir des informations. Un livre qui précipitera la fin de carrière d’Edwy Plenel au "Monde".

Pierre Péan était inquiet de l’évolution du monde des médias. Lui, qui affirmait "ma méthode est exclusivement fondée sur le temps", dénonçait ce qu’il appelait "le pilori de l’instantané".

Archives Sonuma: Pierre Péan invité par Nathalie Maleux pour son livre "Le monde selon K." (JT- 15/02/2009)

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