Pologne: le climat de haine responsable de la mort du maire de Gdansk?

La mort du maire de Gdansk
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La mort du maire de Gdansk, Pawel Adamowicz, blessé au couteau dimanche soir par un agresseur lors d'un événement caritatif public, fait l'objet d'une condamnation unanime.

Personnalité libérale très populaire, maire de Gdansk depuis 1998, Pawel Adamowicz a été frappé de plusieurs coups de couteau par un agresseur de 27 ans, sorti il y quelques semaines de prison où il avait purgé plus de cinq ans de détention pour des attaques à main armée contre des banques et présenté comme déséquilibré.

L'agression a provoqué un choc en Pologne, pays qui n'a pratiquement pas connu d'incident violent de ce genre depuis la chute du communisme il y a trente ans, hormis l'assassinat par balle à Lodz en 2010 d'un membre du PiS (Droit et Justice, conservateur) par un homme jugé responsable de ses actes, qui avait invoqué sa "haine" de ce parti, alors dans l'opposition, qu'il l'accuse de l'avoir torturé.

Climat délétère

Pour Jean-Michel Dewaele, professeur de sciences politiques à l'ULB, la condamnation est unanime en Pologne, tant du côté de l'opposition que du PiS. Le président Andrzej Duda, a ainsi rendu hommage à Adamowicz: "Un grand homme politique".

"Pawel Adamowicz s'est distingué par son ouverture d'esprit, sa défense des valeurs européennes, son ouverture aux minorités sexuelles, sa résistance aux ukazes de l'Eglise, ses projets vis-à-vis des réfugiés en font l'antithèse du gouvernement ultra-conservateur polonais", commente le professeur. Pawel Adamowiz avait fait l'objet de plus de 100 reportages critiques, parfois violents, sur la télévision publique.

D'où la question : l'attaque de Gdansk a-t-elle été favorisée par la violence du débat politique entre le PiS aujourd'hui au pouvoir et l'opposition centriste? L'agresseur s'en est pris au principal parti d'opposition, la Plateforme civique (PO) qui peut être caractérisée de centre droit libéral et où Pawel Adamowicz représentait le courant le plus ouvert, du libéralisme social, précise Jean-Michel Dewaele.

Pour Jean-Michel Dewaele, le PiS n'est en rien un parti "nazi" comme certains ont pu lui reprocher, mais il rappelle que l'extrême droite existe en Pologne et qu'elle se nourrit aussi du discours de la droite du PiS en libérant une parole antisémite et très nationaliste. "Le PiS ne condamne pas ces écarts, ces manifestations très spectaculaires organisées par l'extrême droite et ne prend pas les mesures. C'est évident. C'est comme aux Etats-Unis avec M. Trump. (...) Le PiS a une responsabilité non pas directe dans l'assassinat mais dans le climat totalement irrespirable de la Pologne".

"La montée en puissance d'une extrême droite dure en Pologne crée un climat de haine et de détestation" qui peut expliquer le passage à l'acte d'un déséquilibré. "

Une société civile vigoureuse

Le professeur Dewaele explique l'émotion suscitée par la mort du maire de Gdansk par la tension politique, la polarisation qui règne en Pologne.

Jean-Michel Dewaele souligne l'importance de la société civile en Pologne, ce qui explique aussi la vigueur de la réaction à la mort du maire de Gdansk. Dans une Pologne très divisée entre l'ouest, libéral et européen, et l'est, conservateur, qui vote pour le PiS et sa politique sociale, et en l'absence de sociaux-démocrates au parlement polonais, c'est cette société civile qui devrait porter les revendications sociales délaissées par les libéraux, estime Jean-Michel Dewaele.

Archives : Journal télévisé 14/01/2019

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