Pologne: l'Europe doit-elle sanctionner ou convaincre?

La Première ministre polonaise Beata Szydlo
La Première ministre polonaise Beata Szydlo - © AURORE BELOT - AFP

L'état de droit est menacé en Pologne et cela inquiète le Parlement européen. Depuis son arrivée au pouvoir en 2015, le parti conservateur polonais a pris le contrôle des médias publics et de la justice. Certains dénoncent une dérive autoritaire qui menace la démocratie. Les députés européens ont voté une nouvelle résolution pour faire pression sur Varsovie. Mais cela suffira-t-il ? Pierre-Yves Meugens en débattait dans Soir Première avec deux journalistes, Nicolas Gros-Verheyde, spécialiste de questions européennes et Christophe Leclercq, membre de Stand Up for Europe.

Pour Nicolas Gros-Verheyde, ce n’est pas l’Europe qui a un problème avec la Pologne, c’est la Pologne qui a un problème avec l’Union européenne et avec elle-même. " Ses dirigeants se fâchent avec tout le monde. On assiste à un nationalisme rampant à la limite de la bêtise. Le gouvernement polonais trompe son peuple. Il y avait peu d’extrême-droite en Pologne : elle est en train de naître. "

Christophe Leclercq partage ce constat mais le tempère. " Tout populisme, tout nationalisme a ses limites. On ne parle pas de Pol-xit. La Pologne ne quittera pas l’Union. La grande menace pour la Pologne, ce n’est pas Bruxelles, c’est Moscou. Je pense aussi que l’Europe peut jouer un rôle dans le rétablissement de l’état de droit. Pas forcément au niveau du Conseil. Mais les messages de l’opinion publique occidentale et du Parlement sont très importants pour la population polonaise. Je rappelle qu’en mars, à l’occasion de l’anniversaire de l’Union européenne, les deux plus grandes manifestations ont eu lieu à Londres et à Varsovie. L’Europe, on l’aime quand on est au bord du précipice ! "

Agir sur la société civile

Pour faire rentrer la Pologne dans le rang, on pourrait utiliser l’Article 7. Il permet de sanctionner un pays et de le priver de droit de vote au Conseil. Mais c‘est une arme dure à engager et Christophe Leclercq ne croit pas qu’elle sera utilisée. " Par contre, il y a l’arme alimentaire : mettre la pression sur les budgets communautaires qui vont vers la Pologne. Ca a déjà été fait. Mais plus important encore, il faut retourner vers le peuple. Dans 18 mois, nous aurons des élections au Parlement européen. Et je sens un frémissement démocratique. En Hongrie, avec le mouvement Momentum, et en Slovaquie, avec le mouvement progressive Slovaquia. Ce sont des signes d’espoir. "

" L’Union européenne doit agir sur la société civile," estime Christophe Leclercq. "Il ne faut pas mettre le gouvernement à genoux mais plutôt provoquer un mouvement d’opinion. Il y a un an, on redoutait l’arrivée Marine Le Pen à l’Elysée et on se retrouve avec une France plus européenne que jamais. Ce sera peut-être la même chose en Europe dans 18 mois. … "

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