Rétro internationale 2014: Poutine et Daesh perdent, Inde et Chine gagnent

L’avenir de l’Etat Islamique est compromis par la coalition militaire.
L’avenir de l’Etat Islamique est compromis par la coalition militaire. - © ABDELHAK SENNA - BELGAIMAGE

Géopoliticien spécialiste des conflits armés et auteur de " Vers un nouvel ordre du Monde ", Gérard Chaliand revient sur une année de politique internationale chargée. L’avenir de Daesh est peut-être derrière lui, la Russie finit mal l’année et l’Asie s’éveille à l’économie de marché.

Pour le spécialiste des conflits, l’image marquante de l’année aura été la prise de Mossoul en Irak par IE (" l’Etat Islamiste.") Mais cela remonte à juin 2014. Depuis, explique Gérard Chaliand, les rapports de forces ne sont plus en faveur de Daesh. "Les frappes aériennes ont freiné leur liberté de mouvement, limité les offensives massives et affaibli les revenus financiers en réduisant la production de pétrole. EI a dû se montrer plus discrète et subit des pertes importantes."

EI n’en a pas pour autant perdu la guerre. Gérard Chaliand prédit un conflit durable mais l’apparent triomphe de IE " qui a fait un appel d’air vers les candidats jihadistes a connu des revers. "

Etrange attitude de la Turquie

Le stratège souligne l’attitude ambigüe de la Turquie dont l’agenda politique est de plus en plus différent de ceux des USA et de l’Europe. " Les Turcs sont d’abord préoccupés par le problème kurde et préfèrent largement Daesh par rapport aux Kurdes de Syrie qui combattent de manière déterminée. J’ai pu rencontrer ces combattants. La structure politique qui s’occupe de faire la fusion entre éléments d’origines chrétienne et arabe est assez remarquable. " Il salue la capacité qu’ont eu les USA à discerner que le danger le plus grand aujourd’hui n’est plus le pouvoir de Bashar el Assad mais bien celui de Daesh. " Daesh bénéficie encore de riches donateurs. Ce fut l’Arabie Saoudite jusqu’en 2013 et d’autres pays du golfe aujourd’hui. " Gérard Chaliand y voit la conséquence de la politique menée par les pays du golfe: "L’ensemble de ce phénomène a pour origine la politique d’islamisation militante et conservatrice menée par l’Arabie saoudite depuis la première crise pétrolière en 1973. Les prix multipliés par quatre lui ont permis d’avoir des moyens considérables pour financer le mouvement islamique de l’Afrique à l’Indonésie. Depuis 1979 le mouvement s’est accéléré par la révolution khomeyniste en Iran dans un pays non arable, persan chiite qui a rallumé de vieilles querelles dans le monde musulman. "

Le politologue distingue, d’un côté, le camp iranien, le régime de Bashar el Asad, le Hezbollah et la famille Assad qui représente une branche particulière du chiisme. De l’autre côté figurent les sunnites, avec l’Arabie saoudite et les wahhabites. " C’est aujourd’hui un jeu de billard à plusieurs boules qui devient difficile de suivre. Ce qui paraît clair est que les islamistes aujourd’hui ne proposent rien d’autre que la terreur, le retour à la pureté supposée de l’islam des premiers siècles. Mais il n’existe aucun programme économique. On les a d’ailleurs vu à plusieurs reprises au pouvoir. Au soudan, avec le mollah Omar, le chef des talibans afghans, et avec les Frères Musulmans en Égypte. C’est voué à l’échec. C’est une menace considérable dont nous aurons à supporter les conséquences en Europe. Mais les choses sérieuses se passent ailleurs : en Chine, en Inde, en Asie du Sud et dans des Etats qui ont décidé de s’atteler au développement économique et à l’éducation."

2014 : pas l’année de la Russie

La Russie a joué un rôle dans la gestion du conflit en Syrie puis en Crimée, reconnaît Gérard Chaliand. Mais Poutine termine l’année avec un rouble en chute libre, notamment à cause de la baisse du prix du pétrole… entretenu par l’Arabie Saoudite.

Dans le même temps, la propagande américaine a diabolisé Poutine. Depuis la chute de de l’union soviétique, on n’a pas cessé de repousser les frontières de l’URSS à celle de la Russie. " D’une façon générale, l’agresseur n’est pas Vladimir Poutine. Il est sur la défensive. Ce sont les Etats-Unis qui ont gagné. En perdant l’Ukraine, la Russie a repris la Crimée qui n’a jamais vraiment fait partie de l’Ukraine. Dans la pratique Poutine a perdu. 25% de la population slave de l’ex-ère d’influence russe passe du côté européen et son union eurasiatique ne sera composée que des 7 à 8 millions de Biélorusses et le reste de musulmans. "

Jean-Claude Verset

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK