Policiers armés à bord des bateaux des ONG: MSF ne comprend pas cette demande de l'Italie

Le gouvernement italien a demandé aux ONG engagées dans les secours aux migrants au large de la Libye de signer un code de conduite. Ce code, qui a reçu l'aval de la Commission européenne, les oblige à accepter un policier à bord et leur interdit, sauf consigne contraire des garde-côtes, de transférer sur un autre navire les migrants qu'ils auront secourus.

Interrogé par la RTBF, Brice de le Vingne, directeur des opérations pour Médecins Sans Frontières (MSF), ne comprend pas ce dernier point: "Cette clause dit que toute ONG qui prend des migrants doit rentrer tout de suite en Sicile sans faire de transfert. Cela fait perdre du temps et de l'efficacité, il faut plus d'un jour pour aller en Sicile".

Actuellement le MRCC (Maritime Rescue Coordination Centre, Centre de coordination du sauvetage en mer) italien coordonne l'acheminement vers la Sicile des migrants repêchés en organisant les transferts entre les bateaux des ONG, les navires marchands ou militaires. "Personne ne peut nous expliquer l'objectif de cette clause".

Policiers armés à bords

"Nous ne voyons pas la raison pour laquelle il faut mettre des policiers armés à bord. Ces policiers n'ont aucune expérience de la mer, c'est un milieu très spécial. Au moment où nous faisons un sauvetage, la situation est très tendue: c'est très difficile lorsque nous prenons plusieurs centaines de personnes à bord. Ces personnes ont très peur et nos équipes n'ont aucune envie d'avoir des gens, non professionnels de la mer, et armés, à bord. Cela va faire paniquer les migrants et je ne connais pas la réaction de ces policiers dans un environnement qu'ils ne connaissent pas. Une présence permanente de la police doit avoir une raison: c'est pour contrôler quoi? Quel est le but? On ne peut pas nous l'expliquer", poursuit Brice de le Vingne.

"Tortures, kidnapping, atrocités"

"L'Italie doit résoudre toute seule les problèmes liés à l'arrivée des migrants. Et le problème n'est pas seulement en mer, mais aussi en Libye. Et c'est l'Union européenne qui doit apporter des solutions. La Libye est très instable, avec beaucoup de violences et d'insécurité. Dans certains centres en Libye les conditions sont vraiment très difficiles, il y a une violence très forte. On a des témoignages de tortures, de kidnapping et autres atrocités. Quand bien même l'Italie arriverait à diminuer le nombre de départs par la mer, ce ne serait qu'un report du problème à la Libye où le contexte est très grave", dit-il.

"On n'a jamais rien fait d'illégal"

"Le contexte politique a changé depuis plusieurs mois: au lieu de se concentrer sur des solutions à apporter, des responsables politiques de plusieurs pays européens (dont la Belgique) accusent les ONG de favoriser le départ des migrants de leur pays d'origine parce qu'ils savent que des ONG vont sauver les gens en mer. Donc ce seraient nous qui les attirons et qui provoquons cette dynamique. Aujourd'hui l'Italie nous demande de signer un code de conduite. Notre première réaction est qu'on n'a jamais rien fait d'illégal", ajoute le responsable de MSF.

MSF a-t-elle des contacts avec des trafiquants d'êtres humains? "Il faut se rendre compte que nous pouvons avoir des contacts avec des personnes qui se présentent comme des migrants, mais qui sont peut-être des trafiquants. On ne peut pas garantir à tout moment le statut légal de tous nos interlocuteurs" indique Brice de le Vingne. Tous les bateaux sont munis de transpondeurs et n'importe quel passeur ou trafiquant peut connaître sur internet en temps réel les positions de tous les bateaux des ONG, conclut Brice de le Vingne.

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