Plus de 2 millions de fidèles se préparent au pèlerinage à La Mecque

Prière près de la Grande Mosquée de La Mecque le lundi 31 octobre 2011
Prière près de la Grande Mosquée de La Mecque le lundi 31 octobre 2011 - © FAYEZ NURELDINE (AFP)

Plus de deux millions de musulmans entament vendredi les rites du pèlerinage annuel de la Mecque, le plus grand rassemblement humain au monde qui pose aux autorités saoudiennes un formidable défi logistique.

"Nous mobilisons tous les moyens pour prévenir toute atteinte (à la sécurité) d'un quelconque pèlerin ou d'un groupe de pèlerins", a assuré mardi le nouveau prince héritier Nayef ben Abdel Aziz à La Mecque, la première ville sainte de l'islam située dans l'Ouest du royaume saoudien.

Le prince Nayef, ministre de l'Intérieur et président de la haute commission du pèlerinage, a assisté à un défilé des forces de sécurité et de la défense civile, qui mobilisent jusqu'à 100.000 hommes pour assurer le bon déroulement du hadj.

Des unités des forces spéciales, dont des forces anti-émeutes et de lutte contre le terrorisme, soutenues par des hélicoptères, ont simulé des interventions de secours.

Le moment fort du pèlerinage interviendra samedi lorsque les fidèles convergeront vers le Mont Arafat près de La Mecque. L'Aïd Al-Adha, la fête du sacrifice marquant la fin du hadj, sera célébré dimanche.

La sécurité est le souci majeur des Saoudiens qui, se voulant les gardiens des premiers Lieux saints de l'islam, La Mecque et Médine, veillent à éviter tout incident pouvant affecter l'immense rassemblement.

D'autant que le hadj de cette année coïncide avec le Printemps arabe, qui a emporté les dirigeants de Tunisie, d'Egypte et de Libye.

"Ma joie est sans limites, c'est la première fois que j'accomplis le pèlerinage après la libération de mon pays", a affirmé Adel Abou Kasseh, un pèlerin libyen.

"Ce qui se passe dans certains pays arabes frères est une affaire interne", a déclaré le prince Nayef, avertissant cependant que Ryad agirait avec détermination face à tout risque de troubles. "Le royaume est prêt à affronter toutes les situations quelles qu'elles soient".

L'affaire d'un complot iranien présumé contre l'ambassadeur saoudien à Washington, révélée par les Etats-Unis, est présente aussi dans les esprits.

"Les Iraniens ont toujours affirmé leur respect pour le hadj", a dit le prince Nayef.

Les 97.000 pèlerins iraniens vont "se concentrer sur l'unité islamique", a assuré le représentant du Guide suprême iranien Ali Khamenei pour le pèlerinage, l'hodjatoleslam Ali Ghazi Asghar, en souhaitant un hadj "dans le calme et la spiritualité".

Le message semble avoir été bien entendu. "Nous ne cherchons pas de problèmes durant le hadj", a déclaré Khadija, une Iranienne de 35 ans.

Un rassemblement parfois malmené

Des violences ont régulièrement opposé, depuis la révolution islamique de 1979, les forces saoudiennes aux pèlerins iraniens accusés de transformer le pèlerinage en tribune politique anti-israélienne, anti-américaine et hostile au régime saoudien.

Les plus graves affrontements avaient fait 402 morts, dont 275 Iraniens, en 1987, provoquant une rupture de plusieurs années des relations entre Ryad et Téhéran.

Le mufti du royaume, cheikh Abdel Aziz al-Cheikh, a qualifié de "péché" toute tentative de perturber le hadj pour "des raisons politiques".

Les défis sont aussi d'ordre logistique; les autorités, mettant à profit leur manne pétrolière, ne cessent d'améliorer au fil des ans l'infrastructure dans les lieux saints.

Une nouvelle extension de la Grande mosquée de La Mecque, d'un coût de 10,6 milliards de dollars, a été lancée il y a quelques mois pour permettre au site d'accueillir en même temps jusqu'à deux millions de fidèles.

Un métro mis en service en 2010 entre Mina, Mouzdalifa et le mont Arafat "tourne désormais à pleine capacité", a affirmé le ministre des Affaires municipales, le prince Mansour Ben Mitaab, pariant sur ce moyen de transport moderne pour contribuer à décongestionner la circulation, un casse-tête permanent durant le hadj.

Le pèlerinage est une aubaine pour les habitants de La Mecque

Les habitants de La Mecque s'installent dans des logis de fortune et louent à prix d'or leurs appartements aux pèlerins.

"Les Mecquois profitent du pèlerinage pour gagner en un mois assez d'argent pour une année", affirme Fawzi Fatani, 45 ans, qui possède plusieurs maisons dans la Ville sainte.

"La plupart des habitants de La Mecque s'installent dans des chambres de fortune sur le toit de leur maison ou dans des annexes, afin de louer leur habitation", explique-t-il.

Un flot de pèlerins venus des quatre coins du monde musulman a déjà envahi la Ville sainte, située dans une cuvette entourée de collines arides, à l'approche du hadj.

Plus de 1,8 million de musulmans sont arrivés en Arabie saoudite pour le pèlerinage annuel, dont le principal rite, le stationnement sur le mont Arafat, est prévu samedi.

A ces fidèles de l'étranger devraient s'ajouter 700.000 à 800.000 Saoudiens et ressortissants étrangers vivant dans le royaume, selon le ministère du Pèlerinage.

Une partie des fidèles choisissent de loger dans des hôtels dans la ville voisine de Jeddah, sur la mer Rouge, et de passer uniquement quelques jours à La Mecque lors des rites du pèlerinage.

Mais d'autres, qui ont économisé pendant des années pour faire ce voyage que tout musulman est tenu d'accomplir au moins une fois dans sa vie s'il en a les moyens, préfèrent s'installer bien avant le pèlerinage dans la Ville sainte, afin d'effectuer à loisir leurs dévotions.

Par le passé, les habitants de La Mecque accueillaient les pèlerins chez eux et leur offraient à boire et à manger. Mais c'était du temps où le nombre total de pèlerins ne dépassait pas quelques dizaines de milliers, jusqu'aux années 1920.

Aujourd'hui, même si certains oulémas estiment qu'il ne faut pas tirer un profit matériel des Lieux saints, la plupart des familles mecquoises n'hésitent pas à louer leur maison.

"Chaque année, lors du pèlerinage, nous évacuons nos maisons pour nous installer ailleurs, parfois hors de La Mecque, afin de pouvoir louer nos habitations aux pèlerins", affirme Amal Ismaïl, une Mecquoise de 23 ans.

Les prix varient selon la situation par rapport à la Grande Mosquée

Les prix dépendent de la proximité de la Grande mosquée. Un bâtiment de trois étages situé tout près de la Kaaba, le saint des saints, peut ainsi être loué à 300.000 riyals (environ 80.000 dollars, 58.000 euros) pour un mois et demi.

Les appartements plus éloignés coûtent la moitié de cette somme, et les moins nantis prennent des chambres chez l'habitant, dont les moins chères peuvent leur revenir à 400 dollars le mois (environ 290 euros).

Pour Wajdi al-Qurchi, un Mecquois de 35 ans qui a l'habitude de louer sa maison, la saison est mauvaise cette année. Selon lui, la responsabilité en incombe en partie au "Printemps arabe", qui "a fait baisser le nombre de pèlerins".

Ainsi, quelque 22.500 Syriens sont attendus cette année,  contre 25.000 l'an dernier, selon un responsable d'une agence de voyage à Damas, où le régime est confronté depuis mars à un mouvement de contestation violemment réprimé.

Mais le moindre intérêt pour les habitations des Mecquois est surtout dû à la prolifération des hôtels et des appartements meublés dans la Ville sainte. Il y en a pour tous les budgets, des plus modestes aux cinq étoiles, dont certains viennent de pousser à la lisière immédiate de la Grande mosquée.

Et les privilégiés qui y logent peuvent effectuer leurs prières depuis leur terrasse privée surplombant la Kaaba.

AFP

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