Plus d'un tiers des Vénézuéliens survivent grâce à l'argent de leurs proches à l'étranger

"Ana, la femme de Carlito, vit des quelques dollars envoyés chaque mois par sa fille. Celle-ci a quitté le pays il y a trois ans pour aller travailler aux Etats-Unis."
"Ana, la femme de Carlito, vit des quelques dollars envoyés chaque mois par sa fille. Celle-ci a quitté le pays il y a trois ans pour aller travailler aux Etats-Unis." - © RTBF

Le Venezuela est encore et toujours miné par la crise économique. Le FMI prévoit une inflation de 10.000.000 % pour l’année 2019. Une situation qui pousse de nombreux Vénézuéliens à l’exil.

Plus de 2,3 millions d’entre eux ont quitté le pays depuis 2015 selon l’ONU et cet exode ne faiblit pas. C’est aussi grâce à eux que beaucoup de Vénézuéliens restés au pays survivent. Huit Vénézuéliens sur dix touchent le salaire minimum, inférieur à une dizaine d’euros, et les quelques dollars envoyés par leurs proches sont souvent leur principale source de revenu.

Direction Caracas. De la farine, du sucre, de l’huile et des pâtes. Voici ce que la famille de Carlito devrait recevoir tous les mois grâce à la Caja Clap, un carton de nourriture distribué par le gouvernement aux ménages les plus modestes.

Comment survivre? Grâce aux "remesas"

Mais leur résidence, trois grandes barres d’immeubles au milieu du quartier populaire de La Vega, est réputée d’opposition, et les aides sociales n’arrivent plus systématiquement. "Le salaire minimum pour une personne au Venezuela permet d’acheter une boîte d’œufs et un demi-kilo de fromage. Qui peut survivre avec ça pendant un mois ?", s'interroge Carlito. 

L'homme a les joues creuses et les bras maigres, mais ce retraité arrive à s’offrir au moins deux repas par jour avec sa femme et son petit-fils. "Moi je survis grâce à ce que m’envoie ma fille aux Etats-Unis. Elle y est depuis trois ans et c’est elle nous fait de temps en temps des virements."

Ces virements s’appellent ici des "remesas". Depuis la nationalisation des grandes banques, ils sont devenus quasiment impossibles. Les comptes vénézuéliens des personnes qui ont émigré ont été fermés, et l’opération depuis un compte étranger est devenue impossible. Selon le gouvernement, cela permet de limiter l’inflation. La fille de Carlito a dû trouver une autre méthode.

"Elle doit trouver un intermédiaire pour pouvoir nous envoyer l’argent. Ensuite elle vire les dollars vers un compte américain, et quelqu’un d’autre ici nous donne des bolivars. Ça coûte cher parce que c’est rare de trouver une personne avec un compte là-bas et un autre compte ici au Venezuela."

"Un problème d’insécurité pour les familles"

Selon Carlito, la grande majorité du quartier vit de ces "remesas". À l’échelle nationale, ils étaient moins de 10% en 2015. Ils sont plus d’un tiers aujourd’hui. Une augmentation qui s’explique facilement selon le prêtre du quartier Alfredo Infante. "Cette zone est très touchée par l’émigration, mais c’est grâce à cela que les familles survivent." 

Mais cette arrivée de dollars pose plusieurs problèmes. L’enrichissement des intermédiaires évidemment, mais pas seulement.

"Cela génère un problème d’insécurité pour les familles. Ici la mafia est proche du gouvernement et fait ce qu’elle veut. Elle identifie les familles qui vivent grâce à cet argent envoyé de l’extérieur et les fait vivre dans la peur de l’enlèvement et de l’extorsion. C’est un problème très sérieux", précise Alfredo Infante. 

Et le phénomène ne devrait pas s’arrêter. Selon le cabinet Ecoanalitica, trois milliards de dollars ont été envoyés par la diaspora en 2017. Une diaspora qui pourrait dépasser les cinq millions de personnes fin 2019 à en croire l’ONU. C’est-à-dire un sixième de la population du Venezuela.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK